Et l’école 2.0, c’est pour quand ?

J’ai reçu hier un sympathique tweet de @sebdamiens qui me recommandait sur Twitter :

Recommandation Tweeter de @sebdamiens

Bien entendu, cela est toujours agréable d’être recommandé de la sorte. J’étais donc touché par sa recommandation autant que par son éloge. Merci Sébastien !

Pourtant, je restais quelque peu tracassé par un « je ne sais quoi » qui me titillait quelque part en arrière-plan. Et ce matin, j’ai fini par comprendre (à croire que la nuit porte vraiment conseil).

C’est sa mise en avant de mon prétendu « indéfectible soutien aux agents du service public d’éducation » qui m’a dérangé.

Sébastien exerce ce dur mais si beau métier d’enseignant. Nos échanges portent parfois sur l’éducation, et les difficultés auxquelles Sébastien et ses collègues doivent faire face. Oui, je suis admiratif de leur engagement, de leur persévérance. Je suis également très conscient qu’ils ont un rôle majeur dans nos sociétés : ils préparent nos jeunes, et donc notre futur.

Je suis souvent en colère face à des décisions absurdes prises par nos gouvernants, souvent dictées par de strictes considérations budgétaires dans le cadre d’une logique purement comptable. Je considère que doivent être protégées (certains disent « sanctuarisées ») certaines missions prioritaires de l’État : l’Éducation ; la Santé ; la Justice ; la Sécurité civile au sens large (police, pompiers…) ; … autant de domaines qui sont le ciment d’une société et la garantie de la démocratie pérenne.

Sébastien a dû déceler au cours de nos échanges toute cette part de ma personnalité et en a ainsi déduit mon « indéfectible soutien aux agents du service public d’éducation ».

Oui, je suis d’un côté très respectueux des « agents d’éducation », comme Sébastien les nomme. Mais je dois aussi à la vérité de préciser deux choses qui ne peuvent se faire en 140 caractères.

La première est que je soutiens tous les « agents d’éducation », pas seulement ceux du service public. À titre personnel, je considère que l’Éducation doit être un Service d’État, parce qu’elle doit écarter la logique de rentabilité qui n’a pas sa place dans ce domaine (en passant, les mesures récentes prouvent que cela ne suffit pas, hélas).

Je ne souhaite pour autant pas faire de distinction entre les personnels publics et privés d’Éducation. J’en connais de nombreux dévoués et impliqués, indépendamment de leur statut. Et nous en connaissons tous dont le statut d’agent public ne suffit pas à garantir le niveau de compétence ou de qualité.

La seconde est que je suis tout autant admiratif que critique vis-à-vis des enseignants, et notamment dans la manière de remplir leur mission. Sans même parler d’un corporatisme exacerbé qui nuit à la mission d’Éducation (on craint parfois que l’enseignant soit davantage au coeur du système que l’élève), il me semble tout de même que les méthodes évoluent peu, contrairement aux élèves (la génération Y), et qu’elles ne sont plus du tout adaptées à la situation d’aujourd’hui.

Pour tout dire, quand j’entends les enseignants se réclamer de Jules Ferry, je suis pris d’un frisson d’archaïsme. On peut certes admirer cet homme qui a moderniser l’Éducation en son temps (pour rappel : 1881-1882), mais est-il toujours moderne aujourd’hui ? J’en doute.

Sans attendre qu’arrive un Jules Ferry d’aujourd’hui, pourquoi sommes-nous toujours dans un rapport de transmission de savoir aussi unilatéral et triste ? Pourquoi ne se pose-t-on pas davantage la question de susciter l’intérêt des élèves comme un prérequis ? D’ailleurs, la transmission du savoir doit-elle toujours être la priorité dans un monde où c’est davantage exercer l’esprit critique sur un savoir largement disponible et aisément accessible qui est utile ?

Pourquoi continue-t-on dans un système de notation qui ne permet qu’une évaluation quantitative du savoir transmis, mais qui ne permet pas à l’élève de savoir comment progresser, et qui ne reconnaît pas à parts égales toutes les qualités d’un individu ? Pourquoi n’encourage-t-on pas au moins autant l’élève qu’on le dévalue, à un âge où il se construit ? Quand cesseront les "travail insuffisant" ou "peut mieux faire" des bulletins, pour être remplacés par des remarques plus utiles, plus constructives ?

Pourquoi persister dans les devoirs à la maison, vecteur principal de l’inégalité entre les élèves, puisque selon son environnement familial, social, culurel, et dorénavant technologique, on sera avantagé ou défavorisé ? De cette manière l’École, dont une vertu devrait être de réduire les inégalités, les creuse : n’est-ce pas révélateur d’une inadaptation à notre époque ?

Va-t-on continuer longtemps à accepter l’idée (perverse) que l’échec scolaire est l’échec des seuls élèves, alors qu’il est (et qu’il n’est que) celui de l’École ? Doit-on féliciter l’École de réussir à créer nos élites quand elle ne traite pas avec la même qualité, la même équité, la même considération et le même dévouement les « autres » élèves ? Ne seront-ils pas tous demain des citoyens à part entière ?

Le débat est vaste, et il y aurait beaucoup à dire. Bien sûr, les enseignants sont souvent les premiers à constater ces errements, à les déplorer, et finalement à être dégoûtés jusqu’à renoncer, voire changer de métier (cela est de plus en plus fréquent).

Pourtant, ce sont avec les enseignants que nous pourrons moderniser l’Éducation et relever le défi de l’avenir. C’est avec eux qu’il nous faut bâtir le nouveau service d’Éducation qui reconnaîtra la valeur de tous les enfants, pas seulement de ceux qui réussissent « naturellement » à l’École.

Mais pour cela, il faut que les enseignants fassent leur propre révolution : il faut qu’ils acceptent de se départir du costume rigide et trop réducteur de « dispensateur du savoir », comme si leur mission se résumait à remplir des récipients vides. Ils sont plus que cela.

Les jeunes aujourd’hui ont accès à des sources multiples et innombrables d’informations et de savoirs. Le problème est de leur apprendre à maîtriser ce flot, à le décrypter, et finalement à le trier. C’est là que les enseignants peuvent avoir un rôle essentiel à jouer :

  • apprendre à apprendre ;
  • apprendre à exercer son esprit critique ;
  • apprendre à penser par soi-même ;
  • et, finalement, intéresser les élèves en les rendant acteur de l’Éducation.

Tu vois, Sébastien, je ne sais pas si tu considèreras toujours que je suis un « indéfectible soutien aux agents du service public d’éducation », mais je te devais cette précision, et elle ne tient pas en 140 caractères.

À ce moment du billet, une question s’impose : pourquoi ce titre « Et l’école 2.0, c’est pour quand ? »

Finalement, je trouve que c’est le meilleur titre pour ce que je viens de déclarer, puisque d’une certaine manière, c’est un appel à ce que l’école vive sa révolution du 21ème siècle, donc forcément numérique…

Quelques (res)sources relatives au sujet avec lesquelles je suis très en phase, et que je recommande :

Bien entendu, vos commentaires permettront de compléter cette liste totalement non exhaustive de (res)sources, autant que de critiquer.

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13 responses to “Et l’école 2.0, c’est pour quand ?”

  1. sébastien says :

    Cher Jeff,

    Etant le « Sébastien » qui a suscité chez toi ce billet et cette « mise au point », je me permets d’y répondre afin de faire part des réflexions et remarques qu’il a, à son tour, provoquées chez moi.

    Tout d’abord, il est vrai que j’ai utilisé l’expression « agent du service public d’éducation » ; il s’agissait en fait pour moi d’user d’une périphrase… Je n’ai pas du tout pensé à exclure les profs de l’enseignement privé ! Mais, en même temps, il s’agit certainement d’un acte manqué de ma part, d’un « automatisme », car je suis partisan et militant d’un service d’éducation qui soit vraiment et entièrement public… Il est bien sûr évident que, comme tu le dis, il y a de « bons profs », dévoués et investis dans leur métier, dans les établissements privés (j’en ai moi-même connus vu que j’ai été formé, en « bon breton », dans des établissements catholiques jusqu’au lycée !) et loin de moi l’intention de relancer la « guerre scolaire ». Cependant, je n’arrive pas à me départir d’une gêne « éthique » à accepter que la nation finance les écoles privées en rémunérant leurs personnels qui y travaillent. Dans ces établissements en effet, la sélection qui y est opérée rend impossible que tout élève puisse être admis. Sans parler des stratégies que certains d’entre eux mettent en œuvre pour ne présenter aux examens que de « bons élèves », j’ai du mal à accepter que la nation, et la République laïque, participent au financement d’écoles aptes à « discriminer » (oui, je sais, le mot est fort) dans leur recrutement. C’est un vrai problème à mes yeux, même si j’entends bien que l’enseignement privé sous contrat est né d’un compromis historique et national qui a permis de mettre fin aux guerres scolaires. Il n’empêche qu’à mes yeux (la dimension religieuse dans le choix de l’inscription dans ces établissements passant sûrement de plus en plus au second plan) l’école privée devient un espace de l’entre-soi social et par conséquent un obstacle à la mixité sociale, ce qui pose un problème et pour l’école, et pour notre société qui est de plus en plus fragmentée…

    J’en viens maintenant au titre de ton billet qui appelle à la naissance de l’« Ecole 2.0 ». J’adhère complètement aux ambitions que tu exposes concernant les missions des enseignants et de l’école, et je pense pouvoir affirmer que l’immense majorité de mes collègues (sinon tous) a aussi à cœur ces mêmes objectifs. L’école doit pouvoir faire réussir TOUS les élèves, doit pouvoir aider TOUS les élèves à exprimer leur(s) talent(s), doit pouvoir surtout et avant tout en faire des citoyens. A tes yeux, une révolution du système éducatif est indispensable pour renouer avec ses ambitions vu que notre école actuelle ne permet plus guère, et c’est malheureusement trop vrai, de gommer les origines et inégalités sociales entre nos élèves pour leur réussite. Il est vrai que des expériences et expérimentations, que tu mets en liens, semblent indiquer qu’une approche différente de l’enseignement pourrait y parvenir. S’appuyer sur l’outil informatique pour ces nouvelles générations « biberonnées » à l’ordinateur semblent une voie à suivre. J’y adhère… et, à notre humble niveau, nous tous professeurs avons désormais intégré les TICE (Technologies de l’Information et de la Communication pour l’Enseignement, dans notre jargon) dans nos séquences d’enseignement. Le hic pour la naissance d’une véritable Ecole 2.0, que tu appelles de tes vœux, c’est un problème de moyens, humais et matériels. Eh oui, les sempiternels moyens que nous profs réclamons toujours plus ! Mais je suis vraiment las d’entendre, depuis une décennie, que les moyens ne sont pas tout pour l’enseignement, qu’il faut faire mieux avec autant (ou moins plutôt en ce moment)… Eh bien non !! L’école, c’est d’abord et avant tout un problème de moyens. Comment faire une Ecole 2.0 avec des classes de 35 élèves quand nos salles informatiques sont dotées de 12 postes ? Comment faire l’Ecole 2.0 lorsqu‘un établissement de 800 élèves n’a en tout et pour tout que 75 ordinateurs ? Comment faire lorsque les personnels techniques indispensables à la maintenance des matériels sont tout simplement inexistants ou ont des contrats précaires qui empêchent toute continuité quant à leur présence dans nos établissements ? Comment faire, plus simplement, de l’enseignement « individualisé », où l’élève serait vraiment au centre, avec des classes surchargées (une trentaine d’élèves dès l’école primaire, et les 36 élèves par classe deviennent la norme au lycée), avec des heures de cours qui en outre se réduisent comme peau de chagrin ? L’école, comme tout investissement, a un coût. On ne peut pas le nier. Et c’est un choix politique que de l’augmenter ou le réduire. Un choix politique qu’il faut assumer. Et ne pas culpabiliser les enseignants en leur disant qu’il faut qu’ils se débrouillent pour faire mieux avec moins. Je sais bien, Jeff, que ce n’est pas ta position puisque tu considères que l’école devrait être « sanctuarisée » d’un point de vue budgétaire. Mais nos gouvernants actuels tiennent le discours du « faire mieux avec moins » et mettent en œuvre une politique de réduction drastique et systématique des moyens pour des visées exclusivement comptables (toutes les réformes actuelles n’ont, j’en suis persuadé, absolument aucune autre motivation). L’Ecole 2.0 que tu espères n’est pas prête de naître vu le contexte de cure d’amaigrissement du « mammouth » qui est imposé en ce moment… Et il est certain que cette politique est pour beaucoup dans la démobilisation des profs pour leur métier actuellement, moi le premier…

    Mais ton appel à une Ecole 2.0 m’a, sur le fond, posé aussi quelques problèmes vu certains arguments que tu as mis en avant. Tu as en effet explicitement posé la question de la légitimité de la transmission des savoirs de l’enseignant à l’élève. Et tu en appelles du coup à une révolution des profs dans leur « être professionnel » même, d’une certaine manière. Voilà une affirmation pour le moins provocante, sinon provocatrice ! Ceci dit, je comprends parfaitement ton point de vue, et peux même en être séduit. Et il est vrai que l’institution exige de nous que le cours « frontal » d’un prof délivrant la « bonne parole » soit aujourd’hui banni. Certes, les élèves sont encore le plus souvent face à nous, mais le temps de leur passivité d’élèves-simples réceptacles est largement révolu. Oh bien sûr, beaucoup reste à faire pour que les élèves soient vraiment actifs et acteurs de leur éducation scolaire. Et, crois-moi, nous sommes dans l’ensemble tous et toujours à la recherche de situations pédagogiques qui éveillent l’intérêt des élèves pour apprendre… Mais nous sommes confrontés à plusieurs problèmes. Tout d’abord, j’y reviens à nouveau, au problème des effectifs des classes : les classes surchargées font souvent en sorte que l’instauration d’un climat propice au travail de la classe passe parfois et d’abord par la passivité des élèves. Ensuite, nous sommes soumis en tant qu’enseignants et agents de l’Etats à l’application d’un programme qui, rédigé dans les hautes sphères de l’administration, est parfois difficile à faire apprécier et aimer des élèves, car s’il n’est pas complètement déconnecté des centres d’intérêts de nos chères têtes blondes, il est souvent trop ambitieux au vu des moyens horaires qui nous sont affectés. Enfin, et je crois que nous divergeons vraiment sur ce point, je ne crois pas du tout que les élèves soient capables de se passer de l’étape de la transmission du savoir délivré par leurs profs. Tu évoques à juste raison que l’une des missions essentielles de l’école est de former à l’esprit critique. C’est on ne peut plus vrai et indispensable dans la construction de la citoyenneté. Mais l’esprit critique n’est pas inné. Et il ne peut s’acquérir par la simple manipulation de différentes sources d’information. Il exige certes une méthode de confrontation des sources, mais il exige avant tout DES CONNAISSANCES ! Elles sont le pré-requis indispensables pour pouvoir forger et aiguiser son esprit critique. Un minimum de culture et de savoir, qui s’acquiert par le travail, par l’effort de mémorisation, par une forme de « douleur » dans une certaine mesure, est donc nécessaire pour pouvoir naviguer dans le flot des informations et connaissances, il est vrai facilement accessibles aujourd’hui, afin d’identifier celles qui sont pertinentes de celles qui le sont moins ou qui sont carrément fausses, voire mensongères, à dessein ou pas.

    L’école doit bien sûr être un lieu qui éveille la curiosité et l’intérêt des élèves, mais l’école ne peut également être autre chose que le lieu où les élèves apprennent l’effort. Ils doivent comprendre qu’apprendre n’est pas toujours aisé, que le savoir n’est pas toujours facile à assimiler, qu’il ne s’obtient pas uniquement d’un clic, mais qu’il exige attention, persévérance et effort ; mais le prix de cet effort est justement la construction de leur maturité et de leur liberté de futurs citoyens éclairés. Le professeur est donc là avant tout, à mes yeux, pour leur transmettre ces connaissances, ces savoirs, et aussi bien évidemment pour les guider et accompagner dans la maîtrise des savoir-faire qui vont leur permettre tout au long de leur existence, de consolider leur liberté citoyenne, d’apprendre à apprendre…

    Voilà, cher Jeff, ce que ton billet m’a inspiré. J’aurais d’autres réflexions à exposer peut être, mais je ne doute pas que nos échanges se poursuivront, dans la cordialité et de manière constructive !

    • JeffRenault says :

      Cher Sébastien,

      Merci pour ta réponse très circonstanciée et argumentée. Elle est très enrichissante. Je te rejoins sur pratiquement tous les arguments que tu as développé.

      Sur les moyens, tu as tout à fait raison : il faut les moyens de ses ambitions, et ce point est essentiel et incontournable. Maintenant, il faut aussi se poser la question de savoir s’il n’y en a pas assez, ou s’ils sont réellement efficacement répartis. Rappelons que l’Education Nationale est parmi les premiers employeur au monde (par le nombre de personne qu’elle emploie – plus d’1 million), les autres étant des entrises chinoises, indiennes (chemins de fer indiens), ou des multinationales ayant des effectifs sur plusieurs pays. Pour comparaison, Carrefour emploie moins de 500 milles personnes dans le monde. Or, d’évidence, il ne s’agit pas d’1 million d’agents d’éducation (enseignants, mais aussi adultes d’accompagnement éducatif) présents sur le terrain ! Il serait sage de convertir certains postes probablement peu (voire pas) utiles des officines minitérielles ou académiques… en postes de terrain (convertir l’équivalent budgetaire, pas les gens).

      La surcharge des classes est en effet une réelle difficulté : elle vous pénalise pour être efficaces, et particulièrement pour vous permettre d’individualiser au maximum l’enseignement. Tu as raison de dire qu’elle est aussi insurmontable du fait d’« un programme qui, rédigé dans les hautes sphères de l’administration, est parfois difficile à faire apprécier et aimer des élèves, car s’il n’est pas complètement déconnecté des centres d’intérêts de nos chères têtes blondes, il est souvent trop ambitieux au vu des moyens horaires qui nous sont affectés » On ne saurait mieux dire…

      C’est probablement sur la nécessité de conserver la transmission de la connaissance par l’enseignant que nous divergeons, même si nous partageons l’objectif : développer l’esprit critique des élèves. Bien entendu, il ne faut pas être binaire, et je ne prétends pas que nous passerons du « tout transmettre » au « rien transmettre ». Il restera une part de transmission dans le rôle de l’enseignant.

      Cependant, l’élève dispose aujourd’hui d’un savoir et d’un savoir-faire qui le met, parfois et dans une certaine mesure, sur un pied d’égalité avec son enseignant. Il faut le prendre en compte et reconnaître l’élève dans ce qu’il a de « non-vide » Il fût sans doute un temps où l’élève arrivait tel un réceptacle de savoir vide qu’il fallait combler. Ce n’est plus le cas. En outre, l’élève en sait sur certains points plus que l’enseignant, ce qui n’est jamais arrivé auparavant. Ce point est déterminant pour agir sur la passivité des élèves : si l’élève est reconnu aussi pour ce qu’il sait et qu’il est, il s’implique plus naturellement.

      Ce que l’élève ne sait pas faire si on ne le lui apprend pas, c’est de douter de l’information (du savoir, de la connaissance) à laquelle il accède, de la vérifier, de consulter d’autres points de vue… bref de développer son esprit critique. Aujourd’hui, la dispensation de la connaissance par l’enseignant ne garantit pas cela. Elle a même parfois été opposée à cela (ex : pas de mention de la guerre d’Algérie dans les manuels d’histoire). En revanche, un enseignant qui serait celui qui empêche l’élève de gober tout ce qu’il lit ou voit, de ne pas s’en satisfaire sans une réflexion qui le détermine sur sa véracité (même relative), qui n’affirmerait plus mais interrogerait sans cesse pour finalement leur forger des cerveaux capables de penser par eux-même : quelle noblesse retrouvée dans le plaisir et la fierté d’enseigner !

      On pourra me dire que cette utopie tout droit sortie du « Cercle des poètes disparus » est totalement fantaisiste et irréalisable. Vraiment ? J’ai conscience de la part d’utopie, d’autant qu’elle devra se confronter à une administration parfois peu encline à évoluer (et je pense ouvertement que les enseignants seront davantage moteurs et acteurs que leur administration). Mais je crois aussi que nous n’avons jamais été autant en mesure de permettre l’avènement de cette philosophie (finalement très rabelaisio-voltairienne). J’imagine que cela passera par des écoles expérimentales qui ouvriront la voie avant que d’autres s’en inspirent et à leur tour… etc.

      Mais, vois-tu Sébastien, et je crois en réalité que nous sommes très proches sur cette vision de l’Education, je pense que si l’on se place du point de vue de l’élève, de ce citoyen en devenir à qui appartient le futur de notre société et du monde, il me paraît fondamental que nous puissions avancer dans cette École 2.0 où en effet l’élève sera acteur de son éducation.

      Bien à toi

  2. laurettec says :

    Je considère que doivent être protégées (certains disent « sanctuarisées ») certaines missions prioritaires de l’État : l’Éducation ; la Santé ; la Justice ; la Sécurité civile au sens large (police, pompiers…) ; Que je suis d’accord avec toi!

    Je trouve cette discussion très intèressante. Effectivement l’élève n’est pas au coeur du systême car s’il l’étais ça ferait longtemps déjà que l’école serait adaptée. En tant qu’éducatrice Montessori (mais je ne travail plus depuis longtemps dans cette profession) nous ne voyons jamais comme "dispensateur de savoir" -quelle idée de tant limiter les enfants à seuls nos propres connaissances!. Pour Montessori nous sommes des "directrices" dans le seule sense que nous dirigeons/guideons les enfants. Nous suivons l’enfant qui est lui-même guidé par sa prpore motivation. Nous mettons sur son chemin tout ce qu’il lui faut pour avancer. Ce sont eux qui cherchent les informations/réponses à leurs propres questions au moment ou ils se les posent, donc pas tous en même temps.

    Oui, les devoirs creusent les inégalités. Un enfant absorbe tout le temps si on ne lui bloque pas le chemin, qu’on ne le réprime pas. Pour moi, le métier d’enseignant doit tenir en un mot. En tant que moité Anglaise pardonne-moi mais j’invente. Nous devons être des "enthousiameurs" et le reste suit. Soutenir les diffèrentes passions, encourager la curiosité… La révolution scolaire est bien en retard en France.

    @Sébastien pourquoi "travail" "effort de mémorisation" "forme de douleur", "apprendre l’effort". Quelle drôle d’idée! Je suis d’accord qu’il faut confronter diffèrentes ressources mais pas par la transmission de savoir (par personnes forcément subjéctifs) mais en donnant les outils pour découvrir soi-même. Les enfants sont naturellement travailleurs et actifs quand ils sont intèressé, c’est l’école qui les rends inactifs et spéctateurs.
    Apprendre est toujours sans effort quand l’envie viens de l’intèrieur de soi-même.

  3. JeffRenault says :

    Chère Laure,

    Merci pour ta contribution à cette discussion. Je savoure tes mots et me délecte de la vision qu’ils esquissent, d’autant que cela repose sur ton expérience concrète.

    J’aime particulièrement l’idée de l’enseignant "guide" qui aiguille l’élève sur son chemin d’apprentissage, qui s’appuie sur sa curiosité (qui devient alors un moteur, et non un défaut) pour l’aider à progresser.

    J’ai conscience que la mutation à opérer sur le système éducatif n’est pas anodine. Pourtant, est-ce si difficile à faire ? Il faut changer de paradygme, redéployer les moyens, jeter les programmes, redéfinir la mission des enseignants (qui retrouveraient beaucoup de sens et de fierté), changer les rythmes scolaires… mais ce n’est pas insurmontable !

    Il me revient ces mots de Mark Twain : « Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors il l’ont fait ! »

  4. JeffRenault says :

    En complément du billet, cette initiative tres intéressante d’un enseignant : Vous twittez ? Et bien lisez maintenant !

  5. JeffRenault says :

    Un article très intéressant sur ce thème : Faire cours court

  6. JeffRenault says :

    Un discours de Daniel Quinn lors d’une conférence sur l’enseignement à domicile et la non scolarisation (en 2000) : École, les non-dits

    C’est très dissonant par rapport à la pensée dominante (unique), et ça pourrait heurter, voire susciter le rejet. Pourtant, c’est réellement passionnant, et plusieurs points évoqués devraient nous interpeler…

  7. laurettec says :

    très interessant, et je me sens un peu moins seule ;)

  8. JeffRenault says :

    Et ensemble on peut aller plus loin que tout seul ;) Merci Laure

  9. laurettec says :

    Oui, c’est exactement ça. Mais j’entends encore que les enseignants sont là pour transmettre leur savoir! Le chemin est encore long.. :(

    • JeffRenault says :

      C’est vrai, le chemin sera long. Raison de plus de le faire groupé(e)s.

      Ce n’est pas évident de changer de paradigme. Les habitudes et les réflexes sont installés, et finalement, on pense que c’est bien ainsi puisque ça a toujours été ainsi.

      Il faut sensibiliser et patiemment expliquer et convaincre. Souvent, les personnes sont d’accord, mais l’effort nécessaire au changement les décourage. C’est humain.

      C’est un sujet passionnant et essentiel. Il mérite toute notre attention et notre implication.

      En même temps, je dis ça, mais j’en parle plus que je n’agis. Alors que toi Laure, et aussi Sébastien, avez été acteurs de l’éducation.

  10. JeffRenault says :

    Dans le genre pavé dans la mare (en cette veille de rentrée), le buzz du parisien.fr sur Emilio Bouzamondo, 16 ans, auteur du livre « La suprématie des professeurs est-elle juste ? ».

    Si l’opportunisme (habituel) du Parisien est quelque peu regrettable, il demeure que l’expérience relatée par Emilio est édifiante à plus d’un titre (notamment son exclusion ou les vélléités de censure), et me paraît d’une certaine manière salutaire. Je reproduis ici ma réaction à l’article :

    Il a raison ce jeune homme.

    Puisque le monde enseignant se met collectivement des œillères (alors même qu’individuellement les enseignants sont souvent des personnes motivées et impliquées), quoi de mieux que la provocation, qui plus est par une "victime" de ce système sourd et aveugle, pour remettre en perspective (voire en cause) un système dépassé, qui persiste à ignorer le potentiel que les élèves apportent en classe, et continue de les considérer comme des vases vides qu’il faudrait remplir d’un savoir dont ils seraient les uniques détenteurs. Vision archaïque et fausse, cause de bien des désillusions parmi les enseignants.

    Le 21ème siècle exige de l’enseignant qu’il accompagne l’élève dans son apprentissage, qu’il l’aide à développer son esprit critique, à se poser des questions, à se forger sa propre idée… Les enseignants retrouveraient ainsi un vrai plaisir d’enseigner, et une considération qu’hélas ils ont bien souvent perdu.

    Plus que jamais nous avons besoin des enseignants dans un monde où enfants et adolescents reçoivent un nombre incommensurables d’informations à trier, évaluer, soupeser, et à partir desquelles ils doivent se forger leurs propres opinions, sans jamais succomber à la facilité de la pensée unique.

    J’avais rédigé un billet sur ce sujet qui appelait à l’école 2.0 (http://wp.me/p1peJJ-2H), qui me semble faire écho à l’expérience de ce jeune homme… et de nombreux autres qui en souffrent en silence.

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