Quels enfants allons-nous laisser au monde ?

De même qu’on évoque trop souvent la question de savoir comment nous allons sauver la planète, alors qu’en définitive la planète s’en sortira fort bien sans nous (voire mieux au regard du risque d’explosions nucléaires multiples), de même il me paraît très vain de se demander quel monde nous allons laisser à nos enfants.

Je profite de cette vidéo de Bridget Kyoto pour nous interroger non pas sur quel monde nous allons laisser à nos enfants, mais bien de nous demander quels enfants nous allons laisser au monde :

Quel monde allons-nous laisser à nos enfants ?

On sait que le pétrole déclinera peu après 2015 (selon l’avis même d’un ancien expert de l’Agence internationale à l’énergie) et que depuis le rapport du club de Rome il y a 40 ans la croissance est un leurre. Pourtant, on ne nous propose comme solution que les mêmes recettes qui nous ont amené à cette situation. Einstein nous l’a pourtant dit :

On ne résout pas un problème avec les modes de pensée qui l’ont engendré.

Puisque répéter les mêmes actions en espérant un résultat différent est l’apanage des fous ou des idiots, il faut bien admettre une bonne fois pour toute que les fous et les idiots que nous sommes, confortablement installés dans le déni pour ne pas céder à la panique, ne vont rien faire (ou arrêter de faire) pour éviter l’inévitable.

On peut donc craindre que le monde que nous allons laisser à nos enfants ne soit pas super agréable à vivre, et on va tout juste espérer qu’ils puissent au minimum bénéficier de la même chance que nous avons eu de ne pas connaître (de ce côté-ci de la planète en tout cas) des situations de guerres ou de famines. C’est pas gagné.

Bref, il ne faut donc pas compter sur notre génération ou celle de nos parents qui se sont gavées grave à crédit sur le futur. C’est la nouvelle génération qui va morfler !

Quels enfants allons-nous laisser au monde ?

Non content d’hypothéquer l’avenir de nos enfants, on se paie de surcroît le luxe de critiquer leur génération en la qualifiant de confort. Une manière détournée de ne pas évoquer nos responsabilités ? En tout cas, il est totalement affligeant d’oser regretter que les générations à venir se sauront pas s’adapter au moule défectueux qu’on leur lègue. J’ai envie de dire : bien joué les jeunes !

Franchement, qu’espérons-nous ? Notre système éducatif est à la ramasse, la plupart des enseignants désespèrent de leur métier et les autres des élèves. On semble ne vouloir assigner à l’éducation que la seule mission de préparer au monde du travail ! On se trompe lourdement. Chaque fois que j’entends certains vouloir rapprocher le monde de l’école et celui de l’entreprise, mon sang se glace : ne serions-nous que de la chair à entreprise ?

Le monde dans lequel nous vivons est complexe. Nous pouvons disposer d’informations sur tous les sujets que nous voulons, mais notre difficulté est de trier, de filtrer, et finalement de se faire sa propre opinion. Pourtant, on cherche à nous formater, à nous faire « rentrer dans le moule ». Or, ce n’est plus tant la transmission du savoir qui est primordiale, car le savoir est disponible plus que nécessaire. Ce qu’il nous faut, c’est développer notre esprit-critique, et exercer notre libre-arbitre.

C’est là que nos efforts doivent porter, car nous, notre génération et celle qui nous a précédée, nous ne sauverons pas le monde. L’avenir appartient aux générations à venir. Elle devront avoir confiance en elles. La seule façon de les aider à avoir un avenir, ce n’est pas de leur trouver du boulot, mais de les former du mieux que nous pourrons.

La seule question qui vaille est  : quels enfants laisserons-nous au monde ?

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Simple citoyen du monde

13 responses to “Quels enfants allons-nous laisser au monde ?”

  1. Bertrand says :

    Point de vue que je partage sur la perception de la jeunesse, et le rôle de l’éducation, mais confortablement pessimiste voire défaitiste sur la faculté des vieux (nous) à assumer leurs responsabilités, quand bien même ce pessimisme serait ancré dans la réalité. Il manque par exemple un lien avec le billet sur la Démocratie. La nouvelle génération doit prendre le temps de se former, donc n’aura pas le pouvoir de faire quoique ce soit avant longtemps. Nous ne pouvons pas nous affranchir de nos responsabilités. « Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait ». Marc Twain (?) Il faut travailler sur tous les fronts à la fois, et nous sommes assez nombreux pour le faire. Merci Jeff.

    • JeffRenault says :

      Merci Bertrand.

      Pessimiste ? Ce n’est pourtant pas dans ma nature :)

      Je te rejoins, il faut travailler sur tous les fronts. Mais il faut bien aussi constater que nos efforts sont dérisoires face au déni ambiant, comme je l’exprimais par exemple à l’occasion de ce billet sur la présidentielle.

      Maintenant, dire cela n’est pas baisser les bras, au contraire :) Même dérisoires, nos efforts ne sont pas vains. Laissons à Gandhi les mots de la fin :

      Tout ce que tu feras sera dérisoire, mais il est essentiel que tu le fasses

      Soyons le changement que nous voulons voir dans le monde

  2. Ploum says :

    Je pense qu’il ne faut pas avoir peur du rapprochement entreprise/école tout comme il ne faut pas avoir peur d’enseigner le respect de l’autorité.

    La raison en est fort simple: on ne peut critiquer des règles que si on les comprend et si on est capable de les respecter.

    Les élèves actuellement sont, en majorité, complètement déresponsabilisés. Ce n’est jamais de leur faute. Ils sont toujours des pauvres martyrs, ils réclament la démocratie dans la classe et exigent que le prof trouve des points dans des torchons.

    Or, pour moi, les réclamations, les revendications ne peuvent venir qu’après avoir montré qu’on est capable de vivre avec le système.

    L’esprit critique naît de la connaissance, le libre arbitre de l’intelligence.

    Vouloir enseigner l’esprit critique et le libre arbitre sans, auparavant, enseigner l’intelligence et la connaissance, c’est vouloir apprendre à voler sans ailes.

    Les entreprises veulent des gens intelligents, autonomes, créatifs. Et bien, formons ces gens là pour les entreprises, ils seront automatiquement ceux qui comprendront le mieux les défauts du système et tenterons de l’améliorer.

    Les jésuites, dans leur volonté de former des catholiques intelligents et hyper éduqués ont, sans le vouloir, créer une génération ultra-laïque. Laissons l’entreprise faire de même ;-)

    • JeffRenault says :

      Ce n’est pas par peur que j’invite à rejeter le rapprochement école/entreprise (mais je comprends que l’expression « mon sans se glace » ait pu te le faire penser). C’est par philosophie, par principe. Quand tu parles du respect de l’autorité ou des règles, je peux être d’accord avec toi, mais ce ne sont pour moi absolument pas celles de l’entreprise. L’entreprise n’est pas la société. Le rapprochement entreprise/école vise à répondre aux besoins des entreprises : ça ne doit ni ne peut être une fin en soi. L’entreprise (comme l’économie) doit être un moyen, pas un objectif.

      Quand tu dis que les entreprises veulent des gens intelligents, autonomes, créatifs… ben dans un petit nombre de cas, comme c’est le mien (ou comme je crois le deviner le tien), oui, sans doute : mais c’est une situation rare de privilégiés, et pour tout dire une vision déformée. La grande majorité des citoyens travaillent dans des contraintes difficilement soutenables, tout en espérant chaque jour qui passe de ne pas perdre ce qui les fait souffrir. On est dans la réalité de la majorité des personnes bien loin des promesses d’épanouissement !

      Je n’ai jamais prétendu (évidemment pas) que l’enseignement de l’esprit-critique et du libre-arbitre devrait se faire sans reposer sur du contenu. Comment serait-ce même possible ? Serait-ce donc qu’en dehors d’un rapprochement entreprise/école il ne resterait que du vide sur lequel s’appuyer pour l’école ? Non, bien entendu !

      Si l’école des jésuites a produit des détracteurs, ça ne valide pas pour autant son modèle. Ce n’est pas parce qu’un système, à force de coercition, suscite un rejet que ce système est bon. Ce raisonnement ne tient pas. Une école ouverte qui forme des esprits plutôt que les formater, n’a pas besoin de se fonder sur la coercition, la compétition, le rejet, l’humiliation, l’évaluation, la sanction… bien au contraire ! Donner confiance aux élèves, à tous les élèves (et pas seulement les « méritants »), voilà une belle recette pour nous préparer les citoyens de demain.

      Pour te donner un aperçu de ce que pourrais être une école qui prépare à la vie plutôt qu’à l’entreprise, je t’invite à visionner cette video : l’école au service de la vie.

  3. Pepito Well says :

    Et des ateliers d’autodéfense intellectuelle ? C’est un peu ce que font Chomsky ou Normand Baillatgeon voire Franck Lepage d’une certaine façon ou encore Etienne Chouard.

    De l’éducation populaire ! C’est lent, pas gratifiant, mais on ne peut s’en passer si l’on souhaite que les choses avances.

    Sinon je suis assez d’accord avec toi et je rajouterai juste une petite phrase dont j’ai oublié l’auteur : « Papa, papa, tu crois que les grandes personnes auront réparé le monde quand elles nous le laisseront ? »

    A bientôt

    • JeffRenault says :

      Jolie formule (La phrase du gamin) :)

      Oui, en mode rattrapage, on peut se désintoxiquer auprès des lanceurs d’alertes et des éveilleurs de l’esprit :)

      Merci

  4. Florian B. (@nabellaleen) says :

    Clap clap clap, superbe ! Merci Jeff !

    J’ai eu la chance d’avoir des parents qui ont pu m’apprendre à m’ouvrir sur le monde, à exercer mon libre-arbitre, et ça me permet aujourd’hui de changer de prisme pour observer le monde, observer mon prochain. Et je crois que c’est une grande chance que j’ai.

    Mais … j’aurais préféré que ça soit l’école qui m’apporte ça, car elle l’aurait alors apporté à tous et tous auraient eu « ma » chance.

    • JeffRenault says :

      Oui, c’est exactement ce que j’appelle de mes vœux : que l’école forme les futurs citoyens, et non les futurs soldats de l’économie (les officiers et les troufions) :) Merci

  5. Nessy says :

    c’est clair, faut se retrousser les manches, agir sur tous les fronts, aider autant qu’on peut, mais également : faire confiance aux jeunes générations, elles produisent aussi des cerveaux et des gens biens :)

  6. Marie Labat says :

    Pas un mot de cet article que je puisse contredire : bravo !

  7. Sylvain says :

    Très bel article qui rappelle la responsabilité des générations adultes vis à vis des jeunes générations.
    Il est évident que la vision du monde des éducateurs constitue la première référence pour les enfants. Or, tant que nous transmettrons à nos enfants l’idée que la compétition est LE moteur de l’évolution humaine, le système ressemblera à ce que nous connaissons (grandes inégalités/injustices, prioritisation des intérêts privés sur l’intérêt général, domination du prisme économique sur toute autre considération, etc.). Pourtant il existe pléthore d’arguments laiques et rationnels susceptibles de nous faire évoluer vers un monde plus solidaire pour peu que nous fassions collectivement l’effort de les prendre en considération (voir par exemple le projet http://www.ultime-utopie.fr qui tente de montrer les limites du capitalisme et l’intérêt de l’entraide pour l’évolution humaine).
    Donc à la question « quels enfants allons-nous laisser au monde? » je dirais : « cela dépend de notre vision du monde et des valeurs que nous transmettons ; à nous de réfléchir collectivement et rationnellement aux valeurs qui permettraient aux futurs générations d’imaginer des règles sociales mieux adaptées à la nature humaine et, ainsi, les aider à construire une société plus juste et moins cynique »…

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