Oser la part du rêve

Un tweet du journaliste Bruno Roger-Petit a attisé m’a curiosité :

Sans savoir si la formulation de BRP était ironique (moquer un langage convenu, formaté, attendu) ou au contraire élogieuse (enfin quelqu’un qui ose ses vraies valeurs), je me suis demander : comment ça parle un député socialiste ? Quel est l’implicite sous-entendu dans ce tweet ? Finalement, chacun peut-y mettre ce qu’il y veut.

Alors, je me suis laissé guider par la curiosité et ai cliqué sur le lien du tweet. Il mène sur le site de Pascal Terrasse (effectivement député PS de l’Ardèche, et en outre président du conseil général de ce département), précisément sur un billet intitulé : « Nous ne devons pas décevoir les oubliés de la mondialisation »

Jusqu’alors, c’est assez consensuel : qui pourrait vouloir décevoir « les oubliés de la mondialisation » ? Personne, député socialiste ou pas. Qu’est-ce donc dans l’article qui nous révéle le caractère typiquement socialiste de son auteur ? Probablement le choix de M. Terrasse d’affirmer clairement que selon lui le PS ne doit pas se couper des couches populaires, comme le suggérait ces temps derniers un rapport de Terra Nova, un think tank proche du PS. En filigrane, ce rapport laissait entendre que les couches populaires étaient perdues pour le PS, et que tant qu’à les avoir perdues, plutôt que chercher à les reconquérir, le PS devait se transformer et adapter son discours à une nouvelle cible. Bon, c’est un peu résumé, mais globalement c’est ça.

M. Terrasse prétend tout au contraire que l’essence même du PS, de ses origines à aujourd’hui, est de travailler pour ces couches populaires, et que ce sont elles « les oubliés de la mondialisation » C’est donc un choix de positionnement à faire dans le cadre des échéances électorales à venir. J’en déduis que BRP est satisfait de voir un positionnement clairement populaire du PS, et non vaguement libéral comme chez d’autres députés socialistes.

Voilà, j’ai compris le tweet de BRP. Je suis satisfait. Retour à la suite de ma TL…

Et puis, va savoir pourquoi, ça me trotte dans la tête, et encore, et encore… alors je me décide à relire l’article, non plus pour comprendre quel serait le langage d’un député PS, mais pour m’attacher au fond. Et je comprends alors que c’est l’accumulation de lieux communs égrenés par M. Terrasse qui m’a laissé un goût amer… Extraits :

Faut-il alors renoncer, alors même que notre héritage politique et nos valeurs, constitués d’égalité des chances et de l’accès au service public, à la santé, à l’emploi, de justice sociale, de progrès, d’une foi inébranlable en un avenir meilleur, de cohésion sociale, de solidarité entre riches et pauvres, entre jeunes et vieux… sont celles qui paraissent le mieux à même d’apporter des réponses à ceux que la politique menée depuis des années a déçus, qui sont en attente de protection (de leur emploi, de leur mode de vie…), de sécurité et de justice, et qui se sentent vulnérables face à une mondialisation qu’ils ne comprennent pas ?

Apporter des réponses ? On serait donc dans le discours, pas dans l’action ? « Réponses » : pas « solutions ».  Sont-ce donc juste de beaux mots, des belles postures, à l’intention des déçus… de la politique ? Tiens, pas de la mondialisation finalement ? Mondialisation « qu’il ne comprennent pas », mais on va pas expliquer, on va juste surfer sur cette insatisfaction et découler sur l’éloge d’une forme de démondialisation (sans jamais la citer), la défense du protectionnisme (qualifié de « non régressif » – ?), la mise en avant des relocalisations…

A qui s’adresse le Parti socialiste, lorsqu’il s’engage à augmenter les droits de douane sur les produits provenant de pays ne respectant pas les normes internationales en matière sociale, sanitaire, et environnementale, sinon à ceux à qui l’on demande de se battre contre une concurrence internationale acharnée, alors que les règles du jeu sont truquées, et qu’ils ne peuvent lutter à armes égales ?

Nous voilà avec un ennemi bien identifié : ces pays qui font du dumping social et qui auraient truqué les règles à leur avantage. Mais la réalité c’est que les pays riches, du Nord, dominants, ont édicté lesdites règles, et qu’ils ont simplement peur de perdre leur suprématie sur le Sud (le G8 et Davos en sont les illustrations les plus évidentes). Quand les règles nous convenaient pour dominer, elles étaient bonnes ; maintenant que les pays du Sud arrivent à tirer leur épingle du jeu, elles sont truquées ? Pourquoi ne pas expliquer non plus que si les pays incriminés ne respectent pas les normes sociales, sanitaires ou environnementales, c’est souvent qu’ils y sont contraints par la simple nécessité d’exister, pour pouvoir jouer dans l’arène économique mondiale… ça n’excuse pas, mais ça explique !

A qui s’adresse-t-il [le PS] lorsqu’il propose une relocalisation de l’agriculture, visant non pas à « fermer les frontières » et sombrer dans un protectionisme régressif, mais encourager et privilégier une agriculture locale de qualité, respectueuse de l’environnement et de la santé des populations, et permettre aux agriculteurs de vivre dignement de leur travail ?

C’est du pur sophisme : en quoi la relocalisation serait gage de qualité ? Qu’elle soit plus équitable (respect du producteur avec moins d’intermédiaires) ou plus écologique (réduction du transport, moindre nécessité d’utiliser des conservateurs), certes ! Mais l’agriculture est déjà fortement locale et néanmoins (sur)intensive, industrielle, polluante… la relocalisation n’est pas un remède à ces maux…

Qui osera dire que si la mondialisation est encore imparfaite, parce qu’elle a trop servi les intérêts financiers mais pas assez les citoyens du monde, elle n’en demeure pas moins l’espoir de l’humanité ? De même qu’en Europe nous ne connaissons plus la guerre grâce au courage de l’Union, de même dans le monde la paix a progressé. Oh, certes, ce n’est pas encore suffisant, mais cela doit être aussi mis en avant si l’on veut dresser un bilan objectif de la mondialisation.

On est loin de ces explications positives. Certes, on récolte mieux sur le négatif, à ne parler que de ce qui ne va pas. On adopte un positionnement purement dialectique.

Oui, un tel discours peut porter, car il se place sur le terrain du populisme, dans le sens de céder à la facilité avec un message qui peut être reçu 5 sur 5. Juste pour gagner ? Gagner. Ne pas perdre. Aujourd’hui, cela tourne à l’obsession.

Mais nous faire rêver ; nous proposer un projet de société pour nous et nos enfants ; nous faire espérer un futur meilleur ; nous tracer le chemin pour y parvenir, avec sa part d’effort, mais aussi son ambitieuse part d’espoirs : qui osera cela ? Et si c’était la voie pour gagner ?

P.S. : bien entendu, ma réaction n’est pas directement adressée à M. Terrasse. Son billet n’est qu’un prétexte pour me permettre de donner un point de vue sur un discours très répandu au PS… et ailleurs.

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Simple citoyen du monde

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