La démondialisation n’est ni une idée, ni un rêve

La démondialisation va être un thème majeur de la campagne présidentiel de 2012. Pourtant, peut-on dire qu’on est contre cette vision populiste et simpliste qui consisterait à vouloir défaire une chose parce qu’elle comporte des défauts, fussent-ils majeurs ? Autrement dit, faut-il réellement jeter le bébé avec l’eau du bain ?

Un thème récurrent et porteur

C’est fou ce que la démondialisation est omniprésente.

Pas plus tard qu’hier, vendredi 17 juin 2011, deux quotidiens nationaux, La Tribune et La Croix, titraient leur Une sur la démondialisation (source Arrêt sur images) :

        

Des sondages sur les effets de la mondialisation montrent que les français sont contre… de là à conclurer qu’ils seraient pour la démondialisation, il y a un fossé que franchissent sans hésiter certains partis politiques, qui y trouvent des échos à leur vision nationaliste (préférence nationale du FN) ou souveraino-protectionniste (PC, PG, MDC, DLR, MPF… l’ensemble hétéroclite du non au référendum de 2005 sur le traité établissant une Constitution pour l’Europe).

Le concept gagne, et dépasse les clivages politiques habituels, c’est indéniable. Et s’il ne dit pas toujours son nom, on le retrouve ci-et-là sous différentes appellations approchantes, notamment protectionnisme et relocalisation.

Tant et si bien que certains, qui criaient autrefois au loup quand le FN brandissait l’étendard de la préférence nationale, ne sont pour autant pas gêner de trouver des (prétendues) solutions très nationalistes aux maux de la mondialisation.

Arnaud Montebourg, chantre de la démondialisation

En tête du cortège des partisans de la démondialisation, on trouve Arnaud Montebourg.

Bien qu’ayant écrit un livre-programme intitulé « Des idées et des rêves », dans lequel il développe des thèmes intéressants, Arnaud Montebourg ne semble bâtir sa campagne pour les primaires du PS qu’autour de ce seul projet : la démondialisation ! Certes, ce positionnement est probablement marketing, pour ce différencier de ses compétiteurs. Mais tout de même ! Dans un récent billet, je regrettais déjà qu’il occulte son projet à travers cet unique prisme.

Aujourd’hui, sur Le Plus, il publie un billet intitulé « La démondialisation, c’est l’internationalisme du XXIe siècle ! » Et là, je dois dire que les bras m’en tombe. Extraits :

Pour ceux qui n’ont que leur travail pour vivre, la mondialisation libérale et financière est devenue un problème commun.

D’emblée, il dit donc clairement que ce n’est pas LA mondialisation LE problème, mais sa facette libérale et financière. On pourrait donc s’attendre à des propositions (ou des idées, pour se référer à son livre) pour résorber ces aspects négatifs de la mondialisation. Mais non, il est bien plus simple (et même, j’ose le dire, simpliste) de prôner la démondialisation.

Repli sur soi ? Vous voulez rire ! La démondialisation, c’est l’inverse, c’est un projet qui unit les travailleurs du monde entier pour un autre modèle. La démondialisation, c’est l’internationalisme du XXIe siècle !

Venez, ouvriers, employés, cadres, petits patrons, managers, artisans, paysans vous unir dans la démondialisation, c’est-à-dire la reconstruction des économies locales. Par un protectionnisme européen, nous allons pouvoir relocaliser la production, lui redonner un sens dans des territoires maltraités par une mondialisation qui déplace les usines comme des pions et jette les travailleurs comme des kleenex.

Venez, citoyens et consommateurs de tous pays, vous unir dans un système de commerce équitable, qui laisse entrer les produits respectant des normes environnementales, sociales et sanitaires, et qui taxe ceux qui les respectent pas.

On dit tout et son contraire ! On loue le protectionnisme, les relocalisations, on plaint les territoires maltraités… en affirmant que la démondialisation n’est pas un repli sur soi. Et à une forme de fracture sociale causée par la mondialisation, on oppose un retour à la lutte des classes, au 20è siècle. On désigne des boucs émissaires, ceux qui ne respectent pas les normes environnementales, sociales et sanitaires, sans chercher à identifier notre part de responsabilités dans ces déséquilibres, ni imaginer comment on pourrait les aider à progresser. Car finalement, Montebourg ne semble pas gêné par les effets dévastateurs sur l’environnement, la santé ou les humains. Il ne veut pas les résorber. Il veut protéger et relocaliser pour ne pas que nous en subissions les contrecoups, mais le spectacle peut continuer !

Démondialiser, ce n’est pas se retirer du monde, c’est brider les flux financiers et de marchandises qui régentent la planète, attaquent le travail, les ressources naturelles et mettent en concurrence les hommes et les femmes.

Finalement, il ne cherche pas à s’opposer aux puissances untra-libérales et financières : il cherche à se soustraire de leur sphère d’influence. En réalité, la démondialisation est un leurre qui porte mal son nom : il ne s’agit pas de démondialiser. La mondialisation continuera, mais nous n’y jouerons plus.

Peut-on encore dire qu’on est pour la mondialisation ?

En soi le concept de démondialisation est intéressant : il considère que ce ne sont pas les conséquences négatives d’un système qu’il faut résorber, mais le système lui-même. On voit qu’on est très proche des mouvances anticapitalistes, qui considèrent que le capitalisme ne peut pas être amélioré, et qu’il doit donc disparaître.

Et pourquoi pas, me direz-vous ? Quand il s’agit d’un système économique, on peut après tout y être totalement opposé et souhaiter sa disparition. Mais la question est de savoir si la mondialisation se résume à un système économique.

Il y a encore peu, la mouvance altermondialiste proposait de faire une autre mondialisation, ou la mondialisation autrement. Aujourd’hui, là voilà dépassée par la démondialisation, qu’elle dénonce : « un concept superficiel et simpliste » selon ATTAC ; « dégénérescence de l’altermondialisme » selon le politologue Eddy Fougier. On voit combien il s’agit là de deux visions totalement antagonistes.

J’ai résumé dans un récent billet ce qui me gênait dans la démondialisation :

Qui osera dire que si la mondialisation est encore imparfaite, parce qu’elle a trop servi les intérêts financiers mais pas assez les citoyens du monde, elle n’en demeure pas moins l’espoir de l’humanité ? De même qu’en Europe nous ne connaissons plus la guerre grâce au courage de l’Union, de même dans le monde la paix a progressé. Oh, certes, ce n’est pas encore suffisant, mais cela doit être aussi mis en avant si l’on veut dresser un bilan objectif de la mondialisation.

Démondialiser, relocaliser, établir des barrières protectionnistes… c’est être aveugle face aux jeunes générations qui voient le monde comme un tout. La mondialisation, pour eux, ce n’est pas un avenir noir et sombre, ni même un système parmi d’autres ; ce n’est pas un concept, une idée. La mondialisation, pour eux, c’est une réalité. Parce que la communication, les transports, les médias… ont rapproché les être humains au point de considérer que cet autre au bout du monde, avec sa culture, sa religion, son histoire est autant mon voisin que celui qui habite sur mon palier.

M. Montebourg, en paraphrasant le titre de votre livre, je veux vous dire : la démondialisation serait un cauchemar, pas un rêve ; une négation de la réalité, pas une idée.

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29 responses to “La démondialisation n’est ni une idée, ni un rêve”

  1. Bertrand Colin says :

    Très cher Jeff, vous vous rangez dans la lignée de la critique de 5 membres du Conseil scientifique d’ATTAC (sur un peu plus d’une centaine) et sur le fonds, comme eux, vous avez tort.

    La démondialisation n’est pas un amalgame politique qui s’étire sur la plus grande largesse du spectre politique. Le Nationalisme suicidaire du Front National est bien différent et le projet résumé dans le concept. Le mot est un outil de communication politique qu’il faut lire dans les pages programmatiques et scientifiques.

    D’ailleurs les citations de l’intervention d’Arnaud Montebourg le supposent et le livre de Jacques Sapir le précise avec autorité.

    Les deux constatent les méfaits de la mondialisation néolibérale. La démondialition est plus que la sortie de la mondialisation. Elle est un projet de coopération économique internationale qui remet l’organisation économique au service du progrès social des peuples. Comme cela était prévu par la Charte de La Havanne, décrit dans l’Esprit de Philadelphie » écrit par Alain Supiot.

    Un exemple très concret. Entre 1951 et 1957, pour redresser les économies européennes: Le plan Marshall certes, la reconstruction certes mais aussi, et on l’a oublié, l’inscription des économies européennes dans une coopération raisonnée, qui respecter l’autonomie des politiques économiques nationales. C’était l’Union européenne des paiements, inspirée par la Banque des Règlements tant souhaitée par Keynes en son temps.

    Résultat de cette coopération économique régionale, les Nations qui ont participé on vu croître leur richesse nationale comme jamais. Le Royaume-Uni qui n’a pas souhaité y participé à longtemps vécu une période de faible croissance (richesse, redistribution, création d’emplois, mécanismes de solidarité) et une désindustrialisation massive.

    La démondialisation est un mot simple. Le concept ne l’est pas, le programme politique non plus. Il faut dépasser la sémantique médiatique pour parler politique.
    Je serai heureux de poursuivre avec vous.

    • JeffRenault says :

      Cher Bertrand,

      Tout d’abord, merci de votre contribution à ce débat, et je suis heureux de poursuivre avec vous comme vous m’y invitez.

      En premier lieu, vous vous placez sur le seul plan économique, comme Montebourg, alors que je cherchais à ouvrir au-delà de ce seul aspect de la mondialisation. Si la mondialisation s’arrêtait uniquement à l’économie, pour en régler les problèmes, on pourrait alors peut-être chercher à « démondialiser ».

      Seulement voilà, j’ai un problème profond à résumer la mondialisation à cette seule face de la médaille. Vous proposez d’aller au-delà de la sémantique, mais je suis désolé : les mots ont un sens, et « démondialisation » ne peut pas être considéré comme un terme anodin.

      Si comme vous le dites (et comme Montebourg cherche probablement à l’exprimer en accolant d’une étrange façon « démondialisation » et « internationalisme ») la « démondialisation » passait par la coopération des Nations du Monde, reconnaissez que le mot est mal trouvé.

      Encore une fois, si nous voulons trouver des solutions pour améliorer la mondialisation, notamment sur ce que la finance et l’économie mondialisées ont de néfaste, et sur ce point il me semble que nous sommes nombreux à nous rejoindre, alors il n’est pas besoin de recourir à un tel manichéisme.

      Vous placez l’organisation économique comme un chemin d’accès au progrès social des peuples. D’une certaine manière, je vous rejoins, à ceci près qu’il faut selon moi préalablement fixer les objectifs humanistes, puis organiser la société sur un modèle différent, qui ne présuppose pas que la croissance est la seule voie possible, comme si les ressources disponibles étaient inépuisables ou sans prendre en compte les conséquences et l’impact sur le futur.

      Finalement, la démondialisation que vous défendez n’est qu’un nouveau modèle économique qui se suffirait en soi, qui se pare d’un manteau prétendument social, mais qui finalement ne tend qu’à produire de la richesse et de la croissance, considérant que ce sont des maux nécessairement incontournables. On pourrait tout au plus espérer une meilleure distribution de la richesse (ce qui serait déjà un progrès, je vous le concède), en tous cas pour les français.

      Car les vrais oubliés de la mondialisation restent les oubliés de la démondialisation. Pour moi, ce sont les peuples des pays pauvres et émergents, qui sont désignés comme les méchants de la mondialisation financière (alors que notre dette envers eux est immense), en ne respectant pas les normes que nous leur imposons sans leur donner ni les moyens ni le temps d’être en mesure de les appliquer, et que l’on punirait par la démondialisation.

      Et c’est là que la face humaniste de la mondialisation revient sur le devant. La démondialisation ne répond pas à cette aspiration forte et progressiste. Les seuls qui ont su profiter de la mondialisation sont effectivement les financiers et les multinationales. Mais il ne tient qu’à nous de faire en sorte que la mondialisation soit aussi l’affaire des Peuples. Et que nous ne retrouvions pas des raisons de faire la guerre car nous ne souhaiterions pas partager notre part du gâteau.

      D’une certaine manière, la démondialisation c’est choisir une forme incomplète de redistribution des richesses, comme si on trouvait normal de chercher à redistribuer entre les personnes d’un même pays (la France) ou continent (l’Europe), mais qu’étonnamment on n’est plus tout à fait d’accord de partager entre le Nord et le Sud. Ce positionnement à géométrie variable est ce qui me gêne profondément dans la démondialisation.

      Les jeunes générations sont de facto mondialisées. On ne peut pas les faire adhérer à un modèle protectionniste. Think global, act local! Pour eux, le monde entier est à portée d’un clic.

  2. Bertrand Colin says :

    Sur le plan sémantique: oui il s’agit de communication politique. Et dans le contexte sociologique et médiatique d’aujourd’hui, on ne peut pas en 10 minutes du Grand Journal de Canal + préciser un programme. Je le regrette. Par conséquent, le mot simplifie mais il a eu la vertu au moins, d’imposer le débat.

    Quand on s’intéresse au Politique maintenant, on va lire par exemple le bouquin de Sapir, une note ici si vous voulez :
    http://blogs.mediapart.fr/blog/bertrandcolin/070611/emplois-salaires-justice-sociale-l-imperative-demondialisation-en-201

    http://blogs.mediapart.fr/blog/bertrandcolin/080611/la-globalisation-un-monde-de-mensonges

    Et on y lira, une analyse des conséquences néfastes de la mondialisation sur les pays du Sud.
    On y lira que le commerce international qui respecte les structures de production économiques locales (Nord comme Sud) est bien meilleur que la mondialisation libérale (ajustement structurels, privatisations, spécialisation des productions). Et derrière ces mots, c’est pauvreté, casse des solidarités.

    La démondialisation de Sapir (Directeur d’études à l’EHESS) et de Montebourg, ce n’est pas le mépris des pays du Sud.

    la démondialisation ce n’est pas le primat de l’économique sur le politique dans l’analyse. Mauss, Polanyi montrent bien que les deux (et trois avec le social) sont imbriqués. que ce sont des décisions politiques qui ont structuré organisé la mondialisation libérale.

    Les choix politiques et sociaux à la faveur des peuples ont été fait il y a longtemps. La Charte de La Havane, 1941. ils ont été ensuite supprimés. La Charte de l’OMC, du GATT, supprime la notion de progrès social, pour ne la remplacer que par le seul objectif de libre échange (moyen, fin…)

    Par conséquent, la démondialisation, est une resocialisation des décisions de politiques économiques internationales. Sapir, Montebourg entendent par resocialisation (démocratisation, intérêt premier du progrès social pour les peuples).

    Bien sûr, avec vous je serai décroissant. Mais le modèle culturel de cette ampleur ne se change pas comme cela. Que la relocalisation de l’économie et la promotion de l’économie sociale et solidaire, du capitalisme coopératif est une première étape. Qui se gagnera avec Montebourg dans l’Europe, enfin sociale, populaire, démocratique. Avec nos partenaires avec lesquels on continuera à échanger.
    Mais, je l’espère, plus de voiture Peugeot, produite ailleurs parce que moins cheres, puis revendu en France, alors que les emplois ont été supprimés.
    Bilan net de l’emploi industriel grace à la mondialisation (selon Sapir): moins 3,5%.

    Et puis vous dites, les jeunes sont mondialisés, un clic et le monde et à eux. C’est une représentation un peu naïve d’une mondialisation heureuse pour être juste. Quelques Twitts sur la révolution Syrienne ne suffisent pas à créer une solidarité de village – mondial. La montée de la xénophobie, même si elle est insupportable, fait sens. Et pas celui de l’amour du bonheur du monde.
    Les jeunes générations collées au fB ou au NYT, ne rejettent pas la régulation politique internationale. Bien sûr. Mais ils voient les délocalisations, le chômage et ses conséquences sociales.

    Je retrouve un texte de Montebourg sur la solidarité internationale. La démondialisation est bien pour eux, déjà.🙂 mais il va plus loin.

    A moins de préférer une mondialisation qui fait de l’Union €, la subventionnaire de l’agriculture d’exportation vers les pays du sud, cassant les productions locales.

    Je vous invite à lire Sapir, c’est vraiment intéressant.

    Bien à vous

    • JeffRenault says :

      Cher Bertrand,

      Naïf ? Oui, et je le revendique, comme quand j’appelle de mes voeux les politiques à oser la part du rêve. Ne faudrait-il pas une part d’utopie pour soulever l’enthousiasme et entraîner les citoyens ? Je crois, contrairement à vous, que, notamment dans le contexte des révolutions arabes, à travers la blogosphère, Twitter ou FB, on a pu assister à une concrétisation de la solidarité du village mondial. Les textes, témoignages, photos et vidéos pouvaient passer et être diffusés aux yeux du monde entier. D’ailleurs, l’empressement des dirigeants (y compris français – cf LOPPSI 2) à vouloir contrôler, censurer, voire couper Internet, en est la démonstration. Pourquoi les chinois voudraient-ils empêcher des recherches les mots « jasmin » ou « Egypte », sinon par peur de cet espace sans frontière ?

      Alors j’insite, et je persiste. La mondialisation, c’est aussi cela. Et ce n’est pas parce que ce serait naïf que ce n’est pas pour autant une aspiration noble et légitime. Je ne peux ni ne veux m’affranchir de cette facette non-économique, pas tout à fait sociale, plutôt sociétale, éminemment humaine, de la mondialisation. Le problème n’est pas LA mondialisation. Le problème est l’accaparement de la mondialisation par les seules puissances financières et économiques.

      De votre côté, vous raisonnez et rationnalisez. Je ne vous le reproche pas. Bien au contraire, tant il est nécessaire de définir des modèles, comme ceux des organisations d’économie sociale et solidaire (OESS). C’est nécessaire… mais ce n’est pas suffisant.

      Je sais que la mondialisation a eu (et a encore) des conséquences néfastes sur les pays du Sud. J’évoquais d’ailleurs à ce titre notre dette immense envers eux. Mais la démondialisation en aurait-elle moins ? Je vous cite :

      Mais, je l’espère, plus de voiture Peugeot, produite ailleurs parce que moins cheres, puis revendu en France, alors que les emplois ont été supprimés.

      Vous mettez donc en avant l’espoir que Peugeot ne fabrique plus ses véhicules hors de France, ce qui aurait probablement, je ne le discute pas, un effet positif sur l’emploi en France. Je ne m’attarde pas sur l’incertitude de l’acceptation triviale par Peugeot d’une telle mesure, ni sur le fait que vous présupposez que les voitures sont revendues en France. Je préfère mettre l’accent sur les conséquences pour les pays du Sud.

      Il se trouve, pour rester dans le domaine de votre exemple, que j’étais au Maroc quelques jours après que le PDG de Renault est venu annoncer l’ouverture d’une usine à Tanger. Vous n’imaginez quelle bonne nouvelle c’était pour les marocains (et encore ! je me trouvais à Casablanca !) Or votre relocalisation industrielle, pour eux, cela signifie une conséquence néfaste directe. Bien sûr, je sais que ni Peugeot ni Renault n’ouvrent des usines pour des raisons humanistes. Ils ne le font que pour des raisons financières, entre le coût du travail moindre et les aides des gouvernements locaux. Mais il n’empêche : par un effet collatéral presque amusant, leurs décisions purement capitalistes recevaient un accueil chaleureux des populations.

      Alors, je pose la question : en quoi la relocalisation industrielle en France, et plus globalement la démondialisation, est meilleure pour les pays du Sud ? Je ne trouve nulle part des mesures qui prévoiraient de traiter nos amis d’égal à égal. Je n’entends que des notions de relocalisation, de protectionnisme, de barrières douanières… mais pas des mesures qui envisagent que nous réglions notre dette envers eux. Or, si nous ne le faisons ni d’une manière ni d’une autre, nous allons au devant de graves conflits, où le Sud exigerait, avec raisons, et par la manière forte s’il le fallait, que nous tenions notre rang et partagions nos richesses, souvent acquises sur leurs dos. La démondialisation semble sur ce point n’être qu’une forme inachevée de redistribution des richesses, entre les riches et pauvres d’un même espace partagé (pays, continent), mais pas entre le Nord et le Sud. Cesser d’exploiter le Sud, ce n’est ni les aider, ni reconnaître notre dette envers eux. C’est les abandonner au lieu de les exploiter : j’ai du mal à considérer plus noble l’un que l’autre.

      Je ne voudrais pas que vous me prêtiez des intentions ou des convictions que je n’ai pas. Je souhaite tout autant que vous un changement de modèle économique. S’il y a des des effets rares et mesurés collatéraux positifs, ils sont sporadiques et accidentels, non souhaités. Ils sont une conséquence, et non un objectif. Ils n’anoblissent pas le capitalisme financier et libéral. Aussi, je vous rejoins pleinement sur les notions d’économie locale versus le modèle productiviste libéral. De même que sur la resocialisation de l’économie, que je souhaite autant que vous.

      Il n’en demeure pas moins que la démondialisation est trop binaire à mon sens, et qu’elle balaie trop vite et trop fort la réalité mondialisée des citoyens de notre temps (mon blog se nomme Mon pays c’est la Terre, et je me sens citoyen du monde). La démondialisation fricote avec un vocabulaire trop simpliste, parfois complaisant avec le patriotisme économique, qui trouvent des échos favorables auprès des médias, qui veulent du « condensé prêt à diffuser », et des citoyens, qui subissent une crise sociale très intense…

      Il y a beaucoup de points où nous pouvons nous retrouver : sur la resocialisation de l’économie, le développement des économies sociales et solidaires, la sanctuarisation des grandes fonctions étatiques (éducation, santé, justice, sécurité civile…) Je continue néanmoins à considérer que le terme « démondialisation » est choquant, anachronique et même, pour tout dire, trop marketing, trop accrocheur.

      Je n’ai pas lu Sapir. Je vais essayer de suivre votre recommandation et le lire. Peut-être serai-je alors plus convaincu que par nos échanges rapides. Peut-être aurai-je des arguments plus rationnels à vous opposer. Car je reconnais dans tous les cas que mon plaidoyer est purement intuitif, et c’est peut-être en cela qu’il est naïf.

      Cher Bertrand, je vous remercie sincèrement de ces échanges très enrichissants. Il ne tient qu’à vous de prolonger le débat.

  3. Tassin says :

    Très intéressant cet échange suivant le billet.
    Comme Bertrand je recommanderai la lecture du dernier Sapir. Même s’il faut quelques solides bases pour l’appréhender, surtout la 2ème partie, ça reste une démonstration claire que la mondialisation ne joue plus (si tant est qu’elle l’ait joué un jour) son rôle de tirage des pauvres vers le haut.

    • JeffRenault says :

      Je suis d’accord avec toi et Bertrand sur ce point. La mondialisation économique et financière ne sert absolument pas les citoyens du monde.

      Pour autant je doute que la démondialisation serve mieux cet objectif.

      En réalité, tant qu’on restera sur une priorité à l’économie et ses indicateurs, on se trompera et on sera déçu.

  4. Bertrand Colin says :

    En quelle langue va t il falloir écrire que la démondialisation est un mot de communication politique qui signifie « déglobalisation financière », coopération économique internationale raisonnée (intégrant le respect de la dignité humaine et de la protection de l’environnement).

    Avec AM, il y aura toujours des échanges commerciaux entre les pays.
    Il y aura toujours des échanges culturels.
    Il y aura toujours twitter, toujours facebook, toujours des petits sénégalais qui parlent en webcam avec des petits azerbaïdjanais.

    Mais je confirme le propos de Tassin, la seconde partie sur la régulation monétaire est un peu plus ardue. Ben oui, ça pense sérieux et dur les démondialistes. D’ailleurs je la relirai!🙂
    Vive la mondialisation culturelle.
    Vive le programme Arnaud Montebourg,
    maintenant officiellement candidat des primaires.

    • JeffRenault says :

      C’est dommage que tu finisses toujours par t’emporter quand tes arguments ne suffisent pas à nous convaincre.

      Ne sous pas méprisant à considérer que je suis un mal-comprenant et que c’est un problème de langage.

      Je respecte ton point de vue, différent du mien. Pourquoi ne peux-tu pas simplement admettre que nous puissions avoir des nuances ?

      Et puis, pour notre sempiternelle ritournelle sémantique sur le mot démondialisation (dont tu dis toi même qu’il n’est pas le plus porteur pour votre programme), définanciarisation n’eut pas été trop mal.

      So long🙂

      • Tassin says :

        Relocalisation est plus positif. Cela va au delà des flux financiers et concerne également les flux de marchandises physiques.

  5. Tassin says :

    « En réalité, tant qu’on restera sur une priorité à l’économie et ses indicateurs, on se trompera et on sera déçu. »

    Ça c’est clair. Et le libre échange empêche justement tout changement sur ce point puisque la moindre initiative plombera la compétitivité de celui qui le prend.
    La protectionnisme n’est pas une solution. Il est un préalable à toute mesure progressiste.

    • JeffRenault says :

      Je préfère grandement décréter la fin de la compétitivité (parmi les indicateurs dont je parlais, justement).

      D’une certaine manière, adopter le protectionnisme pour amortir ou éluder la compétitivité, tel que tu l’évoques, c’est tout de même s’inscrire dans la logique capitaliste et avaliser de facto la compétitivité.

      Encore une fois, adapter le modèle ne suffit plus. Il faudra bien en changer, par choix ou par obligation.

      • Tassin says :

        On ne peut pas décréter la fin de la recherche de la compétitivité de manière unilatérale dans un monde ouvert.
        Logique : le capital est mobile alors que le travail ne l’est pas. Donc si on décide de sacrifier notre compétitivité par exemple en instaurer des mesures sociales (sécu, retraites, temps de travail réduit…), le capital s’en va vers d’autres contrées moins regardante et votre pays se désindustrialise.

      • JeffRenault says :

        En fait, c’est la fin des « on ne peut pas » qu’il faudrait décréter🙂

        Il me revient cette phrase de Mark Twain : ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait.

  6. Tassin says :

    Au passage je rappelle que les relations et échanges internationaux ainsi que le commerce mondial existe depuis des siècles. Le libre-échange (donc la casse des droits de douane) est arrivé avec la vague néo-libérale de Tatcher et Reagan, immédiatement imitée par Jacques Delors et Mitterand à partir de 1983.
    Avant la période libre-échange, on commerçait mondialement sur des produits typiques ou de luxe, comme le thé, des meubles, le vin ou les épices. Il n’y a pas ou très très peu de concurrence sur les spécialités régionales.
    Depuis l’instauration du libre-échange, on commerce sur des biens de base, auparavant produits et consommés localement, mettant donc de facto en concurrence les économies entre-elles.

  7. JeffRenault says :

    Merci â tous pour ces échanges instructifs et passionnants.

  8. Bertrand Colin says :

    Non, vraiment, je ne m’emporte pas. Et pas non plus à cause de restrictions argumentaires. Je laisse bien volontiers Sapir et Keynes et Boltanski et qui sais je d’autres le faire au besoin.

    Juste qu’au delà de la question de la sémantique, au delà de l’aspiration hautement légitime à l’échange culturel et économique. Je ne vois pas de nouveaux arguments de ton côté.
    Et ceux-là ce me semble, ne sont pas légitimes parce que pour les promoteurs (politiques -AM- ou scientifiques), la démondialisation n’est pas l’ignorance des pays étrangers, l’absence de coopération avec eux. Bien au contraire.

    Déglobalisation définanciarisation, tout cela ok. Sauf que pour faire comprendre au peuple, par le prisme de médias qui ne nous sont pas favorables, il est préférable de faire passer l’idée par un mot-vecteurs plus percutant.
    Pour moi, je lis les ouvrages de précisions. Et je tâche de faire la différence.

    Du coup pour faire avancer un peu, si tu me fait un qotting de Sapir ou Montebourg disant en substance « On abandonne les peuples sous développés, tant pis si on les sucer jusqu’au bout, le plus important c’est nous. » Et bien je le veux bien.

    Et encore une fois je ne te prends pas pour un benêt.
    C’est l’évidence.

    Salutations tout à fait aimables

    • JeffRenault says :

      Ça ne me semblait pas si évident lorsque tu doutais de mes facultés à comprendre ton langage, mais me voilà rassuré.

      Tu as raison. Je ne t’ai pas présenté de nouveaux arguments. C’est parce que je ne cherche pas absolument à te convaincre. Je respecte tes convictions, sans nécessairement les partager (même si nous avons beaucoup de points de convergence), et sans vouloir à tout prix te rallier à ma façon différente de voir.

      J’ai écouté Montebourg dimanche matin sur Europe 1. Je suis désolé, mais je demeure dubitatif (je l’ai twitté). Pour autant je n’ai JAMAIS ne serait-ce que sous-entendu que tes inspirateurs étaient favorables à l’exploitation des pays du Sud.

      Comme je te l’expliquais déjà dans la réponse à ton tout premier commentaire, mon seul propos est d’ouvrir les débats au-delà au seul prisme économique, qui me semble ne pas devoir être LA priorité.

      Il faut selon mon intuition changer le modèle, ne pas essayer de l’adapter et juste faire « moins pire ». En réalité, je suis davantage inspirée par la démarche de Hulot que celle de Montebourg.

      Voilà, cher Bertrand. Je ne saurais trop te remercier de tout le temps que tu as consacré et de toutes les informations que tu m’as procurées (dont la note de Sapir, que j’ai lue, mais que je dois relire, et dont je n’oublie pas ma promesse de te faire un retour).

      Et j’espère que nous aurons l’occasion de continuer à échanger souvent et longtemps, car c’est toujours instructif pour moi.

  9. Pierre Lhoste says :

    Sur ce thème j’ai trouvé le débat entre Lordon, Coutrot sur le site d’arrêts sur images assez instructif.

    Reference : « NE LAISSONS PAS LE PEN POLLUER LE DÉBAT SUR LA DÉMONDIALISATION »
    Lordon, Coutrot : deux économistes critiques en désaccord

    (@si est un site payant, la video n’est donc pas publique, mais vaut les 3€ qu’ils demandent)

  10. Paul Itique says :

    C’est du sérieux sur le blog de Jeff !!!

    Je ne vous entends pas parler de Bilan Carbone dans l’histoire. Est-ce que ce n’est pas la clé de la démondialisation ? Pécher des crevettes en mer du nord les envoyer au viet Nam pour les ramener en France et finir par les exporter au Brésil.

    Est-ce qu’il y aurait autant de mondialisation si il y avait moins besoin de PIB ?

    Je n’ai pas la réponse définitive mais je me pose la question.

    • JeffRenault says :

      @Paul, ton paragraphe :

      Est-ce qu’il y aurait autant de mondialisation si il y avait moins besoin de PIB ?

      rejoint ce que je disais un peu plus haut :

      En réalité, tant qu’on restera sur une priorité à l’économie et ses indicateurs, on se trompera et on sera déçu.

      Tu as le don de clarifier les pensées diffuses en une formule synthétique. Merci.

  11. Nabella Leen says :

    La lecture de cet article et des commentaires qui s’en suivent m’ont fait penser à un certain nombre de remarques que je vous propose là :

    J’ai constaté plusieurs fronts dans le combat idéologique et rhétorique qui anime cette page. En premier lieu, il y a le terme, « dé-mondialisation ».
    Pour @JeffRenau il n’est pas seulement mal choisit, il est à côté de la plaque.Pour moi, il est carrément choquant, contradictoire, à l’opposé des idées qu’il recouvre.
    Pour @Bertrand Colin, il est certes erroné mais justifié par la communication politique. A cela, j’opposerais l’analyse suivante : une idée, pour passer, doit s’appuyer sur la pertinence sémantique et lexicale du discours la présentant. Derrière ces deux concepts, il y a une question de « sens » des mots et s’affranchir du respect de ces concepts linguistiques, c’est faire dériver l’idée portée.
    Le terme dé-mondialisation s’oppose strictement à la mondialisation et fait penser à une disparition de la mondialisation. De toute la mondialisation. Et c’est ce mot qui va être retenu par la majorité des « spectateurs passifs » du débat. Un mot et donc un sens, qui est à l’opposé des réelles idées originelles.

    En deuxième lieu, il y a les interventions d’Arnaud Montebourg. Là encore, il s’agit de sémantique. Ou plutôt de non respect de la sémantique. Je n’ai pas analysé toutes ses interventions, je sais juste qu’il a exprimé, à une époque, des idées complexes sur le sujet, qui englobaient bien plus de choses que ses récentes allocutions. Peut être veut-il simplifier les choses « vulgariser ». Il a raison dans le fond de vouloir faire cela. Mais je crois qu’il se trompe dans la forme, tout comme le mot dé-mondialisation se trompe. Son discours est trop simplifié et voit disparaître des concepts clés qui, même s’ils ont peu d’impact « démagogique » sur le publique, sont pourtant les clés de voûte d’un changement durable et porteur du système.

    Concernant les domaines « autres » que la finance qui agitent la page, il a été abordé la nouvelle « socialisation mondiale ». Les acteurs de ce sujet on été bien identifié : les « jeunes générations ». Mais leur fonctionnement échappe à certain.
    Comme le dit @JeffRenau, le partage culturel, les échanges entre jeunes que des kilomètres mais aussi des siècles de culture séparent et qui pourtant se trouvent suffisamment de points communs pour voir naître l’amitié ou plus … C’est une réalité omniprésente ! Et je suis bien placé pour le dire, je fais partie de cette génération et j’expérimente ces faits régulièrement.
    Bien sûr, ce n’est pas la majorité de la jeunesse qui profite de cette facette de la « mondialisation » d’une telle manière. C’est une partie encore limité. Mais ce sont des actes qui font rêver à un futur qui amène tout un chacun dans une dimension globale (au sens premier du terme).

    Il n’est donc plus l’heure de parler d’une « dé-globalo-fiscalisation » (oui, je sais, je force le barbarisme dans ses retranchements …), il est l’heure, pour moi, d’envisager des changements beaucoup plus profonds qui abandonnent les racines féodales de notre quotidien pour un fonctionnement beaucoup plus interconnecté, tout en conservant un respect pour les particularités locales.
    Mais, et là nous tombons, je crois, tous d’accord, il est vraiment temps d’abandonner ce système à cheval sur deux époques, adapté ni à l’une ni à l’autre.

    • JeffRenault says :

      Cher NabellaLeen,

      Il n’y a pas une virgule de ton commentaire que je pourrai renier : sur le sens de « dé-mondialisation » (jusqu’à cette façon de l’écrire) ; sur l’evolution dans la simplification du discours de Montebourg (jusqu’à occulter l’essentiel) ; sur la nouvelle socialisation mondiale qui implique(ra) de nouveaux codes et références ; et finalement sur l’envie, la nécessité et l’urgence de changer de modèle.

      Merci pour cette belle synthèse qui reprend l’ensemble des points de vue exprimés.

  12. toto says :

    coucou. Je te passe juste un lien (la démondialisation, le protectionnisme, je crois que c’est vraiment une idée a creuser) :
    http://manifestepourundebatsurlelibreechange.eu/

  13. Vp says :

    Je trouve que la phrase « En réalité, tant qu’on restera sur une priorité à l’économie et ses indicateurs, on se trompera et on sera déçu. » est absurde.

    Pourquoi ?

    Le primat de l’économie ne s’exerce pas parce qu’on le veut, mais parce que l’économie le peut. L’économie ne sera plus un primat quand quelque chose d’autre sera un primat : et cette autre chose la il faut bien l’installer. Sinon, vous allez arranger tout le monde. Les tenants du système économique actuel n’attendent que ca que vous montiez une communauté assise sur d’autres valeurs, qui surtout ne contestent pas les leurs et le champ dominant.

    C’est sur cet aspect que vous vous méprenez sur la puissance du concept de démondialisation. Il est au niveau qui est souhaitable car il conteste véritablement l’hégémonie culturelle, et ne se fond pas dans le changement minoritaire. Les indignés n’inquiètent personne car ils travaillent dans leur marge, qui n’intéressent pas les gens au coeur du système. Le feu que subit la démondialisation montre très bien que tout le monde a appréhendé le danger, c’est un concept de reprise en main du système de valeurs et de pensée.

    La force de la mondialisation et du libre échange c’est de générer des posts comme le votre, qui ne veulent pas y voir autre chose qu’une réalité, un horizon indépassable. La bataille culturelle est gagnée. Ce n’est pas le primat de l’économie qui imposte la mondialisation mais bien la force culturelle.

    L’économie politique n’est pas optionnelle pour discuter de la démondialisation. C’est le coeur de sa réflexion les enjeux de rapport de force. Alors après si vous souhaitez segmenter les champs disciplinaires et discuter dans les mondes utopiques de chacun de ces champs (économie, social, culturel etc avec une pyramide de pouvoir de l’un sur l’autre) libre à vous. Mais c’est passer complètement à travers du coeur de l’analyse : l’enjeu est bien la reconquête culturelle par la démondialisation.

    Bien à vous,

    Vp

  14. JeffRenault says :

    @Vp >

    Je ne partage ni ton point de vue, ni ton analyse, et ce n’est pas pour autant que je qualifierai l’un ou l’autre d’absurde. C’est la première différence entre toi et moi : je te reconnais le droit d’avoir un autre avis, et, parce que je sais que nul ne détient la vérité, je ne me permettrai pas de dénigrer tes propos par des qualificatifs aussi dévalorisants. Maintenant, on a les arguments qu’on peut.

    Je maintiens ma phrase telle quelle. Peut-être aurais-je pu utiliser « système économique actuel » au lieu du terme générique « économie ». Sur ce point tu as raison, il faudra toujours une forme ou une autre d’économie. Ce sont les modalités, les choix qui peuvent varier. Mais je ne crois pas que ce soit le point que tu me reproches.

    Je ne suis pas sûr de saisir complètement ton raisonnement, mais je crois comprendre que je serais complètement prisonnier (volontairement ou non) d’un modèle culturel imposé par es tenants du système économique actuel, et qu’en proposant d’imaginer un autre système je suis complaisant avec eux, sans le vouloir, sans le savoir, mais que c’est bien la preuve qu’ils sont les plus forts, et que donc qu’il faut démondialiser.

    Outre que tu présupposes que le système que je pourrai soutenir est ce qu’attendent les tenants actuels de l’économie (ce qui est loin d’être sûr), je ne vois pas bien en quoi défendre une vision différente de la mondialisation, une altermondialisation, serait complaisant avec la mondialisation néolibérale et financière. Mais il semble qu’en la matière il faille être binaire : soit on est pour la mondialisation dans son entièreté, soit il faut la défaire intégralement, sans exception.

    Maintenant, la phrase que tu qualifies d’absurde visait à mettre deux choses en exergue.

    1) L’économie n’est pas LA priorité parce que c’est l’Homme qui doit l’être. Autrement dit, l’économie n’est pas une fin ; c’est un moyen. Et il serait temps de définir des projets de société qui donnent la primauté au « vivre ensemble ».

    2) Soutenir la croissance, ne regarder la performance que par le prisme du PIB ou l’indice de la Bourse, ce n’est ni une vision correcte du progrès ou de la richesse humaine, ni une vision humaniste des choses.

    Arnaud Montebourg, qui défend la démondialisation dans son projet, reste en réalité dans une logique d’économie capitaliste restant basée sur la croissance. Pour preuve, cet extrait (source @Merome_net) de sa réponse à la lettre que Sarkozy a adressée aux parlementaires, il écrit :

    nous fait courir le grand risque de tuer le retour de la croissance dont nous avons tant besoin

    Il faut bien prendre conscience que l’économie de marché ne se satisfera jamais d’une croissance faible. Son but est de générer le maximum de croissance. Et de la croissance, il en faut de plus en plus pour atteindre la promesse chimérique du plein emploi. Or, plus la croissance est forte, plus la planète est mise en danger, car la croissance se nourrit de la logique productiviste aveugle et court-termiste.

    En réalité, quand bien même la démondialisation apporterait un certain nombre de mieux, ce ne serait que poudre aux yeux, car elle reste calquée sur le même modèle que celui de la mondialisation. Ce n’est pas démondialiser qu’il faut. C’est changer le modèle, dans le respect des citoyens du monde, du vivre-ensemble et de notre planète.

    Je crains que ma réponse te paraisse absurde (puisque c’est apriori ainsi que t’apparaissent les avis différents du tien).

    Bien à toi,

    Jeff

  15. Vp says :

    L’absurdité ne m’apparait pas dans les avis différents du mien mais dans les avis mal argumentés ou en tout cas ‘bancal’. C’est souvent le cas des positions ‘plus royaliste que le roi’, catégorie dans laquelle je classe peut être à tort ta position. A défaut d’être iconoclaste, ton analyse est une analyse connue depuis longtemps mais qui a muté : avant elle venait d’un appel à la révolution pour rompre avec le système, maintenant elle provient d’un appel au retrait du système. Très bien.

    Evidemment tout le monde souhaite un nouveau modèle, même Sarkozy dans ce quinquennat (si si beaucoup de discours); evidemment tout le monde fustige le court terme, même feu le candidat président DSK (par l’intermédiaire de sa plume), encore tout le monde a compris que le capitalisme est vorace. And so what? Par ou, commence -t-on ô grand Jeff Renault?

    L’économie n’est pas une fin mais un moyen, la priorité c’est l’homme etc. me conduisent à te dire qu’à chaque fois que l’on affirme des propositions il convient de se demander qui pourrait être contre. Dans le cas de tes propositions, personne ne dira le contraire.

    Et a coup de ‘il faut prendre conscience’, ca ne propose pas du tout d’autre modèle sinon celui de la bénévolence et de la morale…. strictement l’inverse de tout système qui se voudrait viable. Personnellement, si je veux discuter des meilleures solutions possibles, dans un monde parfait, je lis des livres, fais des posts, vais dans des associations. Pour le reste, j’assume la politique du plus grand nombre. Avoir raison dans son idéologie (au sens noble et non péjoratif du terme) c’est sympa pour discuter entre amis, mais ce n’est pas diriger un pays. Sinon on peut essayer de concilier l’ambition collective et le pragmatisme de mise en place, c’est la démondialisation.

    Je maintiens donc, un article absurde car il répond à une autre question que celle posée par la démondialisation. Mais libre à toi, l’exercice est probablement stimulant.

    • JeffRenault says :

      Je l’avais dit que tu trouverais absurde ma réponse🙂 Dorénavant, tu trouves même mes propos dépassés, voire un brin gentillets, simplistes. C’est ton droit.

      Maintenant, ça ne m’aide pas à mieux comprendre la démondialisation, et donc pas à devenir convaincu. Mais comme tu mesures la pertinence de la démondialisation au nombre de ses opposants, ton but n’est peut-être pas d’être convaincant🙂

      Pourtant, il me semblait avoir évoqué quelques points intéressants à relever dans un vrai échange contradictoire (comme par exemple la position sur la croissance). Ce n’est pas les éléments qui semblent te stimuler, et tu préfères caricaturer ma position. C’est dommage.

      Je ne relancerai évidemment pas le débat, pour ne pas risquer d’entraîner une escalade dans la caricature.

      Je t’inviterais en revanche à feuilleter d’autres articles de ce modeste blog, ou mieux encore, à consulter cet excellent billet de mon ami Guillaume Castevert qui explique la situation actuelle et liste des pistes pour en sortir.

      Je suis en accord intégral avec son billet, et tu y trouveras (peut-être) des éléments moins incantatoires à tes yeux que ceux que tu me reproches.

      Bien à toi

  16. Tassin says :

    @ Jeff Renault :

    Une évocation intelligente de la démondialisation est présente dans cette excellente émission :

    http://www.franceinter.fr/emission-ca-vous-derange-decroissance-ou-demission

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