Chacun sa route, chacun son chemin

Sur le modèle de @gcastevert qui a raconté sur son blog son parcours pour mieux éclairer ses choix, avec @ginfis et @pierrelhoste, nous avons pris le parti de faire un billet pour raconter chacun le sien.

Nos parcours sont banals, ordinaires. Ils n’ont pas la prétention d’être exemplaires. Ils ne sont que la suite d’une succession de choix. Mais ils peuvent inspirer ou trouver des échos.

Point de départ

Je ne suis jamais « tombé de l’armoire ». Certains si. Il se produit dans leur vie un événement qui déclenche chez eux une prise soudaine de conscience. Quelque chose arrive qui les fait passer de l’ignorance ou du déni à la conscience d’une certaine urgence.

Jeune, j’ai lu deux livres qui m’ont mon extrêmement influencé : « Germinal » d’Émile Zola et « 1984 » de Georges Orwell. Ils ont forgé chez moi une forme d’attachement viscéral à la devise de notre République : Liberté, Égalité, Fraternité. Au cinéma, deux films de ma jeunesse m’ont également marqués profondément : « Elephant man » de David Lynch et « Gandhi » de Richard Attenborough. Ils ont fait (et font encore) résonner en moi l’humanisme le plus sobre.

Pour autant qu’ils ont pu me marquer, ces livres et films ne m’ont pas fait « tomber de l’armoire ». Leur effet a été chez moi durable et s’est distillé au fur et à mesure de ma construction. Pour ce qui me concerne, mon parcours est un cheminement long et progressif. Je n’ai pas eu de prise de conscience soudaine. Je n’ai eu que des évolutions tardives (parfois tortueuses) vis-à-vis de situations auxquelles je me suis trouvé confronté.

Cheminement politique

J’ai longtemps voté pour le PS. Probablement par tradition familiale d’abord, mais aussi parce que les lectures citées plus haut ont parachevé mon attachement à une vision avant-tout sociale de la République.

Peu à peu néanmoins, ce parti m’apparaissait fait dans le même moule que son alter-ego de droite (le RPR d’abord, l’UMP ensuite). Il ne proposait rien de vraiment bouleversant, et s’inscrivait dans une tradition de soumission à l’économie financière, avec une certaine impuissance à proposer un nouveau modèle (cf. ce billet qui montre que j’en suis toujours là).

Je m’en détachais alors peu à peu. J’étais choqué par certaines mesures que le PS promouvait. Je me rappelle ainsi combien je fus ulcéré quand Jack Lang instaura un crédit d’impôt par enfants scolarisés : ainsi ceux qui payaient des impôts étaient favorisés plus que ceux qui en étaient exonérés ! Quelle ironie ! On nous disait que ceux-ci avaient la prime de rentrée pour compenser. Mais compenser quoi ?!

La gauche plurielle de Jospin m’avait plu, et pourtant en 2002 j’envisageai de voter pour Noël Mamère au second tour. Par une intuition dont elle a le secret, ma femme me prévint le matin de ce (désormais fameux) 21 avril que je devais voter PS pour éviter la présence de Le Pen au second tour. J’obtempérai, convaincu par sa détermination et certitude. J’obtins le succès que l’on sait😦

Encore aujourd’hui, je reste convaincu que c’est l’absence de propositions crédibles et enthousiasmantes qui ont été fatales pour le PS, et non la dispersion des voix sur les multiples candidatures à gauche. Cette excuse ne leur a (hélas!) servi qu’à s’exonérer de leur propres responsabilités, et ils ont continué sur leur voie, sans remise en cause. J’ai rêvé d’une mort du PS, seul espoir qu’il renaisse sous une autre forme : cela ne s’est jamais produit, et il est resté un parti sclérosé et incapable de proposer plus qu’une alternance, là où nous attendons une alternative !

A partir de là, j’ai systématiquement abhorré les appels au vote utile, cette culpabilisation odieuse des gens qui ne suivent pas la ligne du parti. Mon esprit indépendant est revêche à tout partisanisme absolutiste. Je n’y peux rien, c’est ainsi. De mon point de vue, PS et UMP considère que le pouvoir doit in fine leur échoir, qu’il leur est dû. C’est une abomination anti-démoratique, sur laquelle ils sont alliés de circonstance. Il faudrait qu’ils se souviennent que la démocratie représentative ne consiste qu’à leur confier mandat d’exercer le pouvoir en notre nom, nous, le Peuple !

En 2007, c’est à mon sens l’appel au vote utile qui a fait perdre le PS (en plus d’avoir lâché Ségolène Royal). Le seul vote utile en 2007 aurait été de voter pour Bayrou, seul en mesure de battre Sarkozy au second tour, ce que je fis. Pour cette raison, mais aussi parce que la démarche de Bayrou et de son Modem m’avait intéressée. Il proposait une voie différente en politique, loin des clivages traditionnels droite/gauche (qui appartiennent selon moi au XXè siècle), avec une approche pragmatique et non dogmatique des problèmes, et une vision républicaine fidèle à la devise républicaine.

Même si le Modem continue de titiller mon attention, notamment avec le discours de Bayrou en cloture du congrès de décembre 2010, il m’a d’un autre côté semblé déconné pas mal, et a surtout la capacité à faire le vide autour de lui. A un moment donné, il faut convaincre, et ne pas s’installer dans la posture de celui qui a raison seul face à tout le monde. OK, Sarkozy lui a syphonné ses troupes (comme d’autres). Mais j’ai vu Bayrou dans un débat sur France 2 avec Cohn-Bendit complètement à l’Ouest, et il m’a calmé le jour là !

Les Verts m’ont toujours intéressé. En parallèle de mon chemin politique, je m’éveillais à l’urgence écologique (cf. plus bas). En 2002, je le disais, mon coeur allait voter Mamère. Mais c’est surtout l’initiative Europe Écologie qui a retenu toute mon attention. Cette ouverture réelle d’un parti politique m’est apparue inédite et géniale. A mon avis cette méthode est la bonne. Malheureusement, Les Verts ne l’ont sans doute pas entendu de cette oreille, et le partisanisme, voire le sectarisme, ont repris le dessus en cette année.

Cohn-Bendit a sans doute essayer d’endiguer cette vague à l’occasion du dernier congrés, mais le moment et la méthode ont probablement renforcé le mouvement qu’il essayait de contrer. Et puis, le rejet massif de Nicolas Hulot à la primaire de l’écologie a achevé cette reprise en main par le canal historique. La chance a passé. Elle a même en réalité été écartée (assez violemment) par des écologistes qui considèrent peut-être que l’écologie est leur propriété.

Certes, Eva Joly est tout à fait honorable et respectable, comme je l’ai toujours dit à l’occasion de mes votes du 1er et 2nd tour. Et dans le fond rien ne me gêne. Mais dans la forme, alors même qu’Eva avait elle-même été suspectée à son arrivée sur son engagement écologique (rapprochement préalable avec le Modem, une novice en écologie…), elle a ironiquement bénéficié des voix des dispensateurs de brevet en écologie « pure ». Triste ironie.

Je ne sais toujours pas ce que je ferai en 2012. L’épisode des primaires de l’écologie me perturbe profondément. Je suis à l’occasion devenu coopérateur. J’ai hésité pour la première fois de ma vie à adhérer à un parti. Je suis satisfait aujourd’hui de ne pas l’avoir fait. Non que je tourne le dos à EELV. Il y a des gens bien et qui m’inspire confiance et respect : Eva Joly, Cécile Duflot, Yves Cochet, Denis Baupin… Mais décidément j’ai du mal avec le partisanisme, et j’hésite même à me rendre aux réunions des coopérateurs dont le calendrier m’a été communiqué.

Aujourd’hui, je pense plus que jamais que c’est par l’action et les initiatives que nous pourrons faire bouger les choses. Je ne crois que très peu à la démocratie représentative. C’est presque antonymique selon mon point de vue, puisque nous sommes dépossédé du pouvoir par les élections. Après-tout nous sommes assez matures pour juger nos pairs : pourquoi ne le serions-nous pas pour les gouverner ? Oui, je pense qu’au moins une dose de tirage au sort et une participation directe du peuple dans les instances de gouvernement sur les trois pouvoirs seraient un grand progrès. Mais je sens bien que les partis n’y sont guère ouverts…

Cheminement écologique

Comme Nicolas Hulot aime à le répéter : « je ne suis pas né écologiste, je le suis devenu ». Et encore, j’ai souvent des doutes à me qualifier écologiste. Je dirais plutôt que je suis aujourd’hui conscient de l’urgence écologique, mais je ne peux aucunement prétendre aujourd’hui (pas encore) avoir adapté mon mode de vie de façon suffisante (loin s’en faut).

Dans ma jeunesse, j’ai été sensibilisé comme beaucoup d’enfants de ma génération par les documentaires de Cousteau. Ce fut indéniablement le premier éveil. J’en ai gardé depuis un rapport avec la nature qui m’apporte un émerveillement sans cesse renouvelé devant les spectacles les plus simples qu’elle nous offre : coucher de soleil ; arc-en-ciel ; vols d’oiseaux migrateurs ; beauté d’une rose qui s’ouvre ; plaisir de cueillir une tomate dans le jardin ; ou ce brin d’herbe qui arrive à percer à travers le béton…

Peu à peu, j’étais choqué par des détails qui me posaient des problèmes. Insignifiants de prime abord, ils devenaient inquiétants une fois assemblés.

Je suis breton, bien que je n’y vive pas toute l’année. En Bretagne, il y a des lustres que l’eau n’est pas toujours propre à la consommation. Trop de nitrates dans les eaux. Trop pour être efficacement traitées. Jusqu’à des interdictions provisoires par période de consommer de l’eau dans les écoles. Alors, perversement, on conseille l’eau en bouteille. En plastique. Ce plastique qui sous des conditions de températures extrêmes (après une congélation ou au contraire un séjour prolongé dans une voiture sous un soleil de plomb) peut libérer dans l’eau des substances cancérigènes. Ces même bouteilles en plastiques qui sont jetés négligeamment par des gens qui ne savent pas quoi en faire, et qui notamment en mer tuent des animaux leurrés par ces déchets flottants.

En Bretagne, il y a aussi les algues vertes, qui ne cessent de proliférer. Un cheval est mort en 2010. Les algues trop concentrées forment des poches de fermentation qui emmagasinent un gaz toxique et même mortel. Quand ces poches sont ouvertes, le gaz est libéré, et advienne que pourra ! Cette année, il y a 2 fois plus d’algues vertes qu’en 2010. 2 fois plus ! Sarkozy est venu en Bretagne. Il a déclaré que ce n’était pas un problème, surtout pas de la faute de l’agriculture intensive et de ses engrais et pesticides, et il a même traité d’intégristes (sic!) les écolos qui nous font peur (pour rien, forcément).

La question du nucléaire pour ma génération est évidemment très présente. J’ai longtemps considéré le nucléaire comme une énergie parfaite. Je l’avoue, et ainsi ne suis donc pas un écolo parfait, pur : pour l’être il faut avoir été TOUJOURS antinucléaire. Une énergie propre, sûre, nous rendant indépendant. Bref, très docile au discours officiel. Bien entendu, il y avait les déchets : mais nos scientifiques trouveraient la solution avant que cela constitue réellement un problème. Sauf que…

Des solutions aux déchets : il n’y en a pas. L’indépendance : une blague totale, puisque tout le combustible est importé. Et la sécurité ! J’allais sur mes 20 ans quand Tchernobyl est arrivé, mais ce n’est que bien plus tard que nous avons réellement perçu l’ampleur des dégâts, à travers l’augmentation des cancers de la thyroïde (dont des amis), ou des reportages sur la zone brûlée, sur les enfants de Tchernobyl… et puis aujourd’hui Fukushima, et la surprise ne vient pas de l’incident, mais du déni du gouvernement à admettre la dangerosité de cette technologie. Et de confirmer l’EPR, avant qu’on nous apprenne que la facture va doubler ! Quelle gabegie ! Quelle bêtise !

Mes grands-parents maternels étaient paysans, d’avant l’agriculture intensive. Ils vivaient de la terre et l’entretenaient en retour, conscients qu’elle était leur source de vie. L’agriculture intensive a changé cela. Les paysages bretons ont été ravagé par le démembrement. D’une culture de bocages respectueuse des ressources, nous avons basculé dans d’immenses openspaces sans respect de la ressource disponible et de la capacité de la terre à se revitaliser, à coup d’engrais, de pesticides et d’insecticides. Les abeilles meurent de ces traitements excessifs.

Le bocage n’est plus là pour capter l’eau des pluies, qui ruissèlent, vont trop vite à la rivière, se chargeant plus vite des nitrates en excès que des minéraux lentement absorbés. Le bocage n’est pas plus là quand il s’agit de freiner les vents en provenance du large, qui désormais peuvent pénétrer plus fort et plus à l’intérieur des terres.

Certes, il faut nourrir une quantité impressionnante d’humains. Mais en quoi appauvrir la terre sans raison garder est une solution ? Une solution à court-terme, sans doute. Mais sur le long terme ? Le jour où j’ai appris qu’on cultivait les tomates sous serre pour s’affranchir des saisons, et hors-sol sans qu’elles soient jamais plantées en terre, j’ai été convaincu qu’on marchait sur la tête et me suis presque trouvé réconforté que mes grands-parents fussent morts.

Du sommet de Rio à celui de Copenhague, de tsunamis en ouragans, de la Thaïlande à la Nouvelle Orléans, d’incendies géants à inondations monstres, de la Russie en Australie, le climat change et nous restons dans le déni qu’il nous faut agir, nous adapter, et changer nos modes de vie. C’est toujours de la faute de l’autre, et même ça n’arrive qu’aux autres. Mais que diront nos enfants ? De quel crime seront-nous juger pour n’avoir pas agi ? Il me revient cette chanson de Mickey 3D, « Respire » :

Approche-toi petit, écoute-moi gamin,
Je vais te raconter l’histoire de l’être humain
Au début y avait rien au début c’était bien
La nature avançait y avait pas de chemin
Puis l’homme a débarqué avec ses gros souliers
Des coups d’pieds dans la gueule pour se faire respecter
Des routes à sens unique il s’est mis à tracer
Les flèches dans la plaine se sont multipliées
Et tous les éléments se sont vus maîtrisés
En 2 temps 3 mouvements l’histoire était pliée
C’est pas demain la veille qu’on f’ra marche arrière
On a même commencé à polluer le désert

Il faut que tu respires, et ça c’est rien de le dire
Tu vas pas mourir de rire, et c’est pas rien de le dire

D’ici quelques années on aura bouffé la feuille
Et tes petits-enfants ils n’auront plus qu’un oeil
En plein milieu du front ils te demanderont
Pourquoi toi t’en as 2 tu pass’ras pour un con
Ils te diront comment t’as pu laisser faire ça
T’auras beau te défendre leur expliquer tout bas
C’est pas ma faute à moi, c’est la faute aux anciens
Mais y aura plus personne pour te laver les mains
Tu leur raconteras l’époque où tu pouvais
Manger des fruits dans l’herbe allongé dans les prés
Y avait des animaux partout dans la forêt,
Au début du printemps, les oiseaux revenaient

Il faut que tu respires, et ça c’est rien de le dire
Tu vas pas mourir de rire, et c’est pas rien de le dire
Il faut que tu respires, c’est demain que tout empire
Tu vas pas mourir de rire, et c’est pas rien de le dire

Le pire dans cette histoire c’est qu’on est des esclaves
Quelque part assassin, ici bien incapable
De regarder les arbres sans se sentir coupable
A moitié défroqués, 100% misérables
Alors voilà petit, l’histoire de l’être humain
C’est pas joli joli, et j’connais pas la fin
T’es pas né dans un chou mais plutôt dans un trou
Qu’on remplit tous les jours comme une fosse à purin

Il faut que tu respires, et ça c’est rien de le dire
Tu vas pas mourir de rire, et c’est pas rien de le dire
Il faut que tu respires, c’est demain que tout empire
Tu vas pas mourir de rire et ça c’est rien de le dire

Il faut que tu respires (x4)

Voilà les quelques éléments qui ont contribué (et contribuent) de jour en jour à ma prise de conscience de l’urgence écologique. Je n’ai pas de solution. Je n’ai que des questions. Comment en sommes-nous arrivés là ? Pourquoi s’entête-t-on à poursuivre sur la même route ? Est-il encore temps pour inverser le processus, et comment ?

Face à ses question, j’ai commencé à m’informer, me documenter, lire. J’ai notamment été très sensible au livre de Nicolat Hulot « Le syndrome du Titanic », et ma sympathie pour lui vient sans doute de là. Aujourd’hui, je ressens le besoin de ne plus être seulement contemplatif, passif, mais de passer en une phase active, sans savoir de quelle manière en réalité.

Cheminement social

Au fond du fond, il y a l’humain et le lien humain. Et pourtant… j’ai eu l’occasion de constater au fil des ans que les gens se recroquevillent sur eux-mêmes, qu’ils ont du mal à aller vers l’autre, qui est souvent perçu comme un problème (alors qu’il est la solution comme c’est très joliment dit ici).

Dans le monde professionnel, la souffrance est un fait. Il y a les événements tragiques que l’on connait dans des grandes sociétés où des suicides en nombre important sont advenus, du seul fait de la souffrance vécu dans son travail,soit parce qu’il est difficile, pénible, soit qu’il est mal vécu dans les relations avec la hiérarchie, avec des méthodes managériales et des processus supposés améliorer la qualité, mais qui en réalité on conduit à la déshumanisation la plus complète.

En dehors du monde professionnel, les gens privés de travail ne souffrent pas moins. Ils sont désignés comme « les exclus ». On s’est habitué à ce terme odieux. Il ne faut pas. Il faut le rejeter. Il faut retrouver le sens de la Fraternité, comme je l’indiquais dans ce billet sur les enfants de chômeurs privés de cantine. Pourtant, aujourd’hui au contraire, on voit un mouvement fort faire de ces-dits exclus, non pas les victimes de notre système, mais la cause. Et de les désigner comme bouc-émissaires, comme cancer de la société (sic!). La double peine en somme : les voilà exclus 2 fois !

Entreprises privées ou publique, administrations, services publics, grande distribution, banques, assurances… nous ne sommes plus que des rouages du système, qui devient plus important que l’humain qu’il devrait pourtant servir. Nous sommes des consommateurs, pas des citoyens. Nous sommes priés de posséder, d’avoir, et il devient secondaire d’être, de s’éduquer. Il m’arrive de penser à certains livres de SF que j’aimais tant adolescent, et de mieux comprendre alors le terme anticipation : ils étaient à la société ce que Jules Verne a été à la science.

Et pourtant, comme Alain Souchon le dit si bien dans sa formidable chanson « Foule Sentimentale » :

…on nous propose
D’avoir des quantités d’choses
Qui donnent envie d’autre chose

…on nous fait croire
Que le bonheur c’est d’avoir
De l’avoir plein nos armoires…

Foule sentimentale
On a soif d’idéal
Attirée par les étoiles, les voiles
Que des choses pas commerciales

Du ciel dévale
Un désir qui nous emballe
Pour demain nos enfants pâles
Un mieux, un rêve, un cheval

Ou encore JJ Goldman dans la chanson « Les choses » :

C’est plus « je pense »
C’est « j’ai donc je suis »

La quête du sens me semble être la réponse au mal-être de notre époque. Il faut donner du sens alors qu’on nous a éduqué à être des bons petits consommateurs n’ayant pour rôle que d’acheter des biens et souscrire des crédits, deux actes essentiels au bon fonctionnement de la machine économique… enfin, pour quelques-uns, une infime minorité en réalité.

L’homme doit être au coeur de la société. L’économie peut éventuellement être un moyen, en aucun cas une fin. Il faut remettre du sens dans nos projets de société. Il faut passer un nouveau contrat social. Et changer de modèle. Combien de temps encore allons-nous être dans le déni, et considérer que la croissance est la vérité, et le plein-emploi à portée de main ? Une croissance qui est une spirale infernale qui impose de toujours plus exploiter des ressources qui se raréfient, s’amenuisent, et finalement disparaissent.

À la croisée des chemins

Bien entendu, ces cheminements s’entrecroisent et se recoupent parfois, et de plus en plus en réalité. Comme la rencontre avec le projet EELV et Nicolas Hulot, qui représentait pour moi un espoir sur tous les points : politique, écologique, social.

Je crois que la politique nous est confisquée par la voie électorale. Je pense que les élections n’apporteront pas de solution, car elles sont devenues elles aussi très marchande, notamment par l’intermédiaire des sondages (autre sujet intéressant). Il faut reprendre en main la politique par le terrain. Peut-être localement, dans les communes. Sans doute par la voie associative. Probablement par des actions civiques et citoyennes.

Je crois pourtant que l’urgence écologique et sociale nous pousse vers une nouvelle société, dont la valeur de base ne sera ni le travail, ni l’argent. Les crises actuelles, dont on ne sort que par des mesures qui en réalité ne nous font que reculer pour mieux sauter, vont nous y contraindre. Soit parce que le modèle s’effondrera, soit parce que nous aurons anticiper et éviter l’explosion.

Les seules questions sont donc : quand, et par quelle voie ?

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Simple citoyen du monde

12 responses to “Chacun sa route, chacun son chemin”

  1. Guillaume Castevert says :

    Salut Jeff,

    Merci pour ce long retour en arrière et cette introspection très intéressante. Nos parcours et constats se recoupent par endroits, même si effectivement, chacun son chemin. Sur le constat et la façon d’agir, je suis un peu comme toi, j’avais fondé un gros espoir sur Nicolas Hulot qui justement faisait de la politique autrement. Bien déçu, je voterai pour Eva Joly (à condition que j’arrive à trouver quelque part sa position en faveur de la taxe carbone…), car pour des raisons différentes des tiennes, j’en ai aussi soupé du « vote utile »…

    J’ai voté Mamère en 2002 et je m’en suis mordu les doigts le 21 avril. J’ai voté Royal aux 2 tours en 2007 et je m’en mords encore les doigts… Comme je tiens quand même à mes doigts, je vais éviter de plus les mordre et je voterai donc selon mes convictions😉

    Par ailleurs, je pense qu’il faut continuer à faire oeuvre de pédagogie, se renseigner sur l’état du monde (et pour ça Twitter est un outil formidable, qui permet d’aller à la source des infos) et diffuser l’info, du plus possible, montrer les solutions concrètes qui sont bonnes pour le climat, le moral et le portefeuille…

    J’ai plein d’idées de billets sur, en vrac :
    – autopartage,
    – vélos en libre-service,
    – isolation de maison,
    – Enercoop.fr pour sortir du nucléaire en 5 min et pas en 40 ans
    – …

    Faut juste trouver le temps de pondre des billets sympas et cohérents, je suppose que tu as passé tout ton samedi sur celui ci-dessus :D…

  2. Guillaume Castevert says :

    Ah, j’ai oublié de mentionner un super hors-série d’Alternatives Economiques, le n°49 d’avril 2011, intitulé « Et si on changeât tout… », qui justement ouvre plein de perspectives pour montrer que OUI, il y a des alternatives à ce système qui va dans le mur.

    Et par ailleurs, si vous ne connaissez pas déjà, voici une dissection de la société de consommation, en 20 minutes, vous ne verrez plus jamais les objets de la même manière…
    http://www.storyofstuff.com/international/

  3. TerraSalus says :

    « Je crois que la politique nous est confisquée par la voie électorale. ». Voilà exactement le sentiment que j’ai depuis des années, et une nouvelle fois confirmé avec cette mascarade de primaire EELV.

    Et pourtant notre système sociétal est fait de telle sorte qu’on ne peut pas se passer de la voie électorale pour mener à bien de grands projets. Le militantisme associatif, aussi utile qu’il soit, a malheureusement ses limites et n’est pas adapté aux changements qui nous tombent dessus.

    Que ton parcours me rappelle des souvenirs semblables, mais si pour ma part, je suis bien « tombé de l’armoire » en 1986 avec Tchernobyl. Mais malheureusement, ça ne m’a pas permis d’aller bien loin, car une fois de plus, nous vivons dans une société où le militantisme associatif à ses limites, des limites fixées par nos politiques (et l’économie qu’ils défendent) en grande parties. La boucle est ainsi bouclée au grand dam de tous ceux qui comme nous ne sont plus dans le déni… Alors que faire de plus ? La candidature de Nicolas était justement ce plus, cette porte qui nous ouvrait de nouvelles possibilités, de vraies possibilités de changements constructifs et en phase avec les problèmes à résoudre pour notre avenir. J’ai donc envie de dire aujourd’hui « No future » comme disait les punks, plus que jamais. Même si je garde au fond de moi un faible espoir de voir émerger un courant de gens sensés à travers le monde (Allemagne, Australie, Japon j’ose espérer…) qui ouvre enfin les yeux à tous ceux qui sont encore dans le déni (par ignorance, forcée la plupart du temps, ou par intérêt…) de la catastrophe entrain de nous submerger.

    Quel temps perdu en attendant…

  4. JeffRenault says :

    Merci pour vos commentaires

    @Guillaume> Merci pour le lien : c’est génial ! Je comprends pourquoi tu l’as mis. Ça rejoint plusieurs points que j’évoque, mais ça a le mérite immense d’être structuré. A diffuser largement… Je suis d’accord avec toi : la pédagogie reste le vecteur le plus à notre portée, alors continuons🙂

    @TerraSalus> Oui, c’est frustrant, bien sûr, mais inévitablement. Faire de la pédagogie, convaincre… sont des choses lentes qui requièrent patience et temps, alors que nous sommes face à une urgence. Cherchez l’erreur ! C’est pourquoi nous avions mis beaucoup d’espoir dans Hulot, qui pouvait avoir un effet levier important. Courage ! Comme il est dit ici, une fois le point de basculement atteint, les choses se décoincent… d’un coup !

  5. Nabella Leen says :

    Superbe billet, même s’il est particulièrement douloureux à lire, car il me renvoie à mes propres craintes, mes propres doutes.

    Constatant ton attachement à vouloir que les choses change, et ayant constaté pour ma part que le « Parti Pirate » proposait, sur un certain nombre de sujets, des alternatives que je qualifierais d’intéressantes, je serais très intéressé de savoir quel est ton avis sur eux😉

    Espérons, quoi qu’il en soit, que les gens prennent rapidement conscience de ce que tu dénonces, de ce que de plus en plus de gens dénoncent, et que tout ça finisse par bouger dans le bon sens.

  6. Ginfis says :

    Mon commentaire, un peu tard… mais ça fait du bien de se couper du net un week-end…
    Effectivement, on est pas de la même génération, et donc, notre parcours est différent (rien que dans les références musicales !😉 ), mais y’a des points que je partage à 100%. (1984 et Germinal en font partie d’ailleurs)

    « J’ai rêvé d’une mort du PS, seul espoir qu’il renaisse sous une autre forme »
    oui moi aussi, et quel résultat ! Je pensais réellement qu’on était arrivé (en 2007) à un moment similaire au congrès de Tours, qu’on allait, une fois de plus, opérer un glissement de la gauche vers la droite, et que le PS ou ce qu’il en rester allait passer de l’autre côté… et que quelque chose de nouveau allait prendre le relais, à gauche…
    On en est loin…

    Question (pas polémique) : comment peut-on longtemps « considérer le nucléaire comme une énergie parfaite » et être ensuite convaincu par les arguments anti comme ceux des déchets, de la fausse indépendance etc ?
    Qu’est ce qui fait qu’on change d’avis sur ces sujets particuliers ?
    Parce que, qu’on change d’avis sur le nucléaire suite à une catastrophe, je peux le concevoir : la preuve est faite que c’est dangereux, et pas que en URSS. Mais comment peut-on revenir sur des arguments non catastrophistes comme les déchets ou l’indépendance ? Je pense que c’est important de le savoir pour pouvoir, encore, en convaincre d’autres.

    En tout cas, merci pour ce témoignage, très complet (il ne s’arrête pas à l’écologie et montre très bien comment tout est lié), je m’empresse de le faire circuler !

  7. JeffRenault says :

    Merci pour vos commentaires

    @NabellaLeen> Je ne connais le Parti Pirate que de loin. J’ai vu quelques tweets d’eux retweetés par d’autres et j’ai dû en retweeter certains que je trouvais intéressant. Quand j’aurai creusé plus avant, je te ferai un retour.

    @ginfis> Sur le nucléaire… 1. Même une catastrophe ne suffit pas toujours à déclencher un revirement, à ouvrir les yeux. On peut visiblement continuer de penser que ce n’est dangereux qu’en URSS ou qu’au Japon (cf. l’attitude en France, ou l’adoption du nucléaire en UK). 2. Je n’ai en réalité pas changé d’avis. Je buvais simplement le discours officiel sans y réfléchir plus que cela. Une part de déni, une part de facilité. C’est toute la perfidie des mensonges de masse. C’est très facile à faire avaler. On en est presque demandeur ! Il suffit de voir comme le public prend sa dose de JTs convenus et surfaits. Il nous faut consentir à un effort et exerçer son esprit critique. Et quand tu le fais, tu te rends compte que les prétendues vérités qu’on nous assène ne tiennent pas 2 secondes l’analyse critique. Je n’ai donc pas changé d’avis : je me suis réveillé lentement, pas à pas, et suis sorti de ce grand sommeil si confortable… mais si pervers.

  8. Choain says :

    Il faut reprendre en main la politique par le terrain. Peut-être localement, dans les communes. Sans doute par la voie associative. Probablement par des actions civiques et citoyennes.

    Et moi qui quitte la Société de Saint Vincent de paul! Mais j’ai l’intention de continuer à apporter mon petit grain de sable à l’édifice autrement dans quelques mois une fois bien installée en Bretagne.

    Ton post est très intéressant vis-à-vis de l’evolution du mental et ce qui amène à faire changer d’avis. C’est ce qu’il faut savoir pour pouvoir convaincre à notre tour. Si je parle de « revenu de vie » autour de moi par exemple, je serais extraterrestre ça aurait le même effet! Mais 10% convaincu et le monde change!

    • JeffRenault says :

      Merci Laure pour ton commentaire.

      10% convaincu et le monde change

      J’en suis comme toi convaincu. À ce propos, j’aime beaucoup cette vidéo qui parle du point de basculement, le seuil où, quand un certain nombre d’individus d’un groupe ont adopté un comportement, tout le groupe l’adopte.

      Pour le reste, je suis certain que tu seras impliquée en Bretagne comme tu l’as été ailleurs, en devenant assistante maternelle, et sans doute par d’autres actions que tu nous raconteras.

      D’ailleurs, tu pourrais rédiger un billet sur ton parcours toi aussi ?

  9. JeffRenault says :

    @laurettec > J’ajoute ton billet à la liste du début du mien🙂 J’ai regardé quelques extraits du film que tu as mis en lien : dur, très dur à supporter. Horrible ! Est-ce que ce monde est sérieux ?

  10. See Mee says :

    « Je reste convaincu que c’est l’absence de propositions crédibles et enthousiasmantes qui ont été fatales pour le PS, et non la dispersion des voix sur les multiples candidatures à gauche ». Je partage cette conviction.
    Je crois que nous sommes nombreux à attendre un candidat qui ait la stature et la foi suffisante pour conduire un nouveau projet, non seulement de gauche, mais aussi rassembleur (notamment qui remotive tous les déçus qui s’abstiennent ou votent Le Pen).

    J’aime aussi ce que tu dis sur la quête du sens. Je crois que c’est ce qui se traduit Même les moins « intellos » semblent exprimer cette attente quand ils se montrent séduits pas les politiciens qui prétendent vouloir « remettre de l’ordre » (rhétorique de Sarkozy par intermittence, Le Pen, Royal avec son « ordre juste »).

    J’entends certains dire que nous sommes sur le point de basculer dans le chaos, notamment à cause du désastre économique et écologique. J’espère pour ma part qu’il y a une autre alternative, celle d’une transformation radicale (sans être violente) de la manière de conduire la politique du pays (et à l’international).

    « Je ne crois que très peu à la démocratie participative. C’est presque antonymique selon mon point de vue, puisque nous sommes dépossédé du pouvoir par les élections ». Il faut donc réformer les institutions qui régissent la république, de manière à donner plus de garanties concernant le pluralisme, le pouvoir du peuple, la lutte contre la corruption… Ensuite, conduire le meilleur projet de société sera possible !

    Pour toutes ces raisons, j’ai été intéressée par un candidat qui me semble porter ces valeurs :
    « On ne réforme pas un pays contre l’immense majorité de ceux qui le composent, le font marcher et vivre. On le transforme avec l’aide du plus grand nombre en construisant des compromis durables et en imaginant des solutions nouvelles. Devant ce champ de ruines qu’est devenu le système politique, il faut avoir le courage de construire une démocratie nouvelle, qui nous aidera à réaliser notre mutation ».
    Vous devinez qui ?

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