« Le plein s’il vous plaît ? »

Je viens d’achever la lecture du livre « Le plein s’il vous plaît ? » de Jean-Marc Jancovici et Alain Grandjean. J’avais hâte de le lire, puisqu’il m’avait été chaudement recommandé par plusieurs personnes, et notamment par mes amis @PierreLhoste et @GCastevert. Ce dernier avait du reste consacré un billet au sur ce livre.

Présentation

Le livre est sous-titré « La solution au problème de l’énergie ». S’il a vocation a présenté l’état de dépendance dans lequel nous sommes vis-à-vis de l’énergie, et notamment des énergies fossiles (pétrole, charbon, gaz) non renouvelables, il est surtout un plaidoyer pour la mise en place d’une taxe sur cesdites énergies, à savoir la taxe carbone.

Tout l’argumentaire du livre vise à aboutir à cette mesure, présentée comme seule solution viable pour nous préparer à affronter la pénurie en énergies fossiles (la question n’est pas si cela va arriver, mais quand). Le dernier chapitre lui est entièrement consacré, et détaille les modalités d’application.

Je suis assez convaincu après la lecture de l’ouvrage (je ne l’étais pas avant) que la taxe carbone est en effet une solution très pertinente, et sans doute la plus transitionnelle pour nous faire passer d’une logique de dépendance aux énergies fossiles vers un mode de fonctionnement alternatif, qui s’en passe, ce à quoi il vaut mieux être prêt avant que ça n’arrive.

Le très bon

Le livre se lit vraiment facilement. D’abord parce qu’il est bien écrit, et parce que les concepts, même s’ils sont pour certains compliqués, sont facilement abordables et compréhensibles (la preuve : j’y suis arrivé – enfin, je crois). Je ne m’attarderai pas trop sur les points positifs de l’ouvrage, tant il y a récolté pléthore de critiques élogieuses.

L’énergie abondante

Je veux tout de même dire que j’ai particulièrement apprécié la façon dont est nous est présenté la manne de l’énergie abondante (en équivalent esclaves). J’ai ainsi pris conscience que la révolution industrielle porte mal son nom : on devrait l’appeler révolution énergétique, tant c’est l’énergie abondante (que l’on a même longtemps cru infinie) qui a permis l’avénement de l’industrie, qui a remplacé les bras et jambes humains dans tant de domaines (agriculture, transport, manufacture, extraction, bâtiment, santé et hygiène, alimentation…). Nous en passer, ce que la fin du pétrôle nous promet, sera très douloureux, n’en doutons pas.

Croissance et PIB

J’ai aussi porté un intérêt non dissimulé au chapitre traitant de la croissance et de son indicateur, le PIB, qui mesure ce que l’on vend et achète. Les auteurs caractérisent ainsi le PIB :

Il comptabilise l’argent qui circule entre agents économiques, mais rien que cela

Ainsi, le patrimoine n’est pas pris en compte. Pourtant, la richesse est affaire de patrimoine. On peut ainsi avoir un patrimoine qui diminue avec un revenu qui augmente : on n’en est pas plus riche. Les services non marchands ou gratuits ne sont pas non plus comptabilisés.

Et puis, le PIB est d’une perversité redoutable pour la nature (donc pour nous, faut-il le rappeler). D’une part, le patrimoine naturel n’est pas plus considéré par le PIB que les patrimoines en biens. Ainsi, les ressources naturelles d’un pays (richesse pourtant non négligeable) ne sont pas intégrées, pas plus que leur dépréciation.

D’autre part, les dégâts environnementaux non seulement ne sont pas pris en compte, mais en réalité font croître le PIB ! J’avais aussi appris cela en visionnant le film de Coline Serreau « Solutions locales pour un désordre global ». Les activités de prédation (polluer), ainsi que celles de dépollution ou de reconstruction font en effet appel à des bras, génèrent ainsi du revenu, et donc de la croissance !

La politique et les médias… et les citoyens

J’ai également lu avec délectation le chapitre sur la politique et les médias, où les auteurs décrivent les travers de ces deux mondes, sans pour autant les fustiger outre-mesure. Au contraire, d’une certaine manière, ils nous invitent à nous fustiger nous-mêmes, qui finalement nous contentons, permettont et même généront nos politiciens et nos médias !

On a les politiques et les médias qu’on mérite, semblent nous dire Jancovici et Grandjean. Ce n’est pas totalement inexact, et il faut nous réveiller (je vous conseille à cet égard cet excellent billet de @PierreLhoste)

Le moins bon

Puisque tout le bien a été dit sur cet excellent ouvrage, je voudrais regretter quelques facilités des auteurs sur certains points qu’ils évacuent un peu vite, voire péremptoirement.

La technique ne nous sauvera pas

Une bonne part de notre déni face à la pénurie à venir est alimentée par la confiance aveugle en la Science (notez le « S » majuscule) pour trouver une solution avant que nous soyons confrontés au problème prévu. Cette confiance est forte, car la Science nous a apporté tout notre confort d’aujourd’hui, et puisque cela est arrivé, cela ne peut qu’arriver de nouveau.

Evidemment, rien n’est moins sûr. C’est possible, mais pour le moins incertain. Pour les auteurs, c’est tout bonnement impossible. Ils évacuent complétement cette voie, et selon moi avec trop de désinvolture.

Ils ont un argument de taille : l’économie consumériste ne se satisfera pas de solutions alternatives, et donc ne les pousseront pas. La recherche dépendant de plus en plus de la logique du profit à court-terme, ils estiment que cette piste est donc sans issue.

Ce n’est pas faux, et je partage même cette vision. Toutefois, en adoptant cette position, ils ouvrent inutilement le flanc à la critique, et donc globalement diminue la portée du reste de l’ouvrage.

Il leur aurait suffit de dire qu’attendre une solution scientifique pouvant ne pas aboutir, ou en tous cas pas dans les délais, il était sage et responsable de préparer le plan B, au cas où…

De cette façon, on n’entrait pas dans un débat selon moi binaire et donc stérile du type : « Mais si ! » « Mais non ! ». On évacuait la piste, mais sans polémique.

Exit les énergies renouvelables

J’ai été surpris du peu de crédit que les auteurs accordaient aux énergies renouvelables. Constatant que leur part est actuellement très faible (c’est vrai, on peut même dire ridiculement insignifiante, en tous cas en 2005, année de parution du livre), ils en déduisent que pour remplacer les fossiles, c’est impossible. Ainsi, en page 65, on peut lire :

Même si certaines énergies renouvelables sont très prometteuses dans un avenir lointain, elles ne nous seront que d’un maigre secours pour remplacer une fraction significative des combustibles fossiles dans les décennies qui viennent.

C’est un peu rapide tout de même. Je ne dis pas qu’ils ont tort, mais ils évacuent tellement rapidement ce thème que je m’en trouve profondément frustré, et en tout cas absolument pas convaincu.

Ils indiquent en outre que pour y arriver, il faudrait réduire nos besoins en énergie de manière drastique, ce qui les disqualifierait… alors qu’ils nous expliquent que de toute façon, pour faire face à la pénurie des énergies fossiles, il faudra y arriver !

Le nucléaire

L’énergie nucléaire représente pour les auteurs une solution plus viable et plus disponible que les renouvelables. Ils n’évoquent pas des potentielles difficultés d’approvisionnement en combustible, que je pensais pourtant non renouvelable. C’est étonnant.

Par ailleurs, l’ouvrage fait l’impasse totale sur le risque d’insécurité nucléaire et sur les déchets. Le tribut futur que nous faisons peser sur la nature et sur les générations qui nous succèderont, qui est évoqué pour les énergies fossiles, et également sur ce que ne prend pas en compte le PIB, est totalement évacué quand on parle du nucléaire. De nouveau étonnant !

L’énergie n’est pas inépuisable

Là encore, on assène une vérité tout à fait péremptoire qui n’en est pourtant pas une. Il existe des sources d’énergies inépuisables (à notre échelle de temps en tous cas), mais notre problème est que nous ne savons pas les exploiter en continu. Ainsi, Rob Watson indique au cours d’une conférence :

Il n’y a pas de crise énergétique sur la planète. Chaque jour, le soleil se lève et fournit en 15 minutes de lumière du jour l’équivalent d’une quantité d’énergie suffisante pour alimenter la planète pendant une année entière. Là où il y a pénurie, c’est sur la façon de l’exploiter.

On en revient à mon regret sur la technique. On balaie d’un revers de la main un argument peut-être dérangeant, alors qu’on gagnerait à le traiter sérieusement, sans désinvolture. Car il est vrai que nous ne devons pas attendre que cela se produise sans rien faire, puisque cela pourrait ne pas advenir. Une autre version du pari de Pascal.

La taxe peut encourager la nuisance

Enfin, les auteurs indiquent que la taxe devra être affectée au budget général pour ne pas créer une corrélation avec la nuisance qu’elle est supposée combattre.

Le risque existe en effet que l’Etat ait intérêt à maintenir la nuisance puisqu’elle lui rapporte de l’argent. Comme pour le tabac ou l’alcool, où l’on entend souvent dire que l’Etat est perdant si les gens diminuent leur consommation puisque qu’il collectera moins de taxe.

Sur ce point, je ne vois pas en quoi l’affectation au budget général empêchera le lien avec la nuisance. Toute diminution de CO² doit entraîner mécaniquement une baisse du prélèvement, et c’est même le but.

On n’est donc pas exempté que la taxe devienne un pilier de la nuisance et non son remède. Soit je n’ai pas compris la parade des auteurs (qui tient en un paragraphe, à ma décharge), soit il s’agit d’une nouvelle pirouette pour contourner un argument dérangeant.

Conclusion

Ne vous méprenez pas : j’ai apprécié ce livre, et j’ai même hâte de commencer ce qu’il est peut être abusé d’appeler la suite, « C’est maintenant ! », des mêmes auteurs.

Parce que je l’ai apprécié, je regrette certaines lacunes et facilités dans l’argumentation, qui diminuent la portée des éléments forts du reste de l’ouvrage.

Maintenant, à vous de vous faire une idée en lisant le livre.

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About JeffRenault

Simple citoyen du monde

5 responses to “« Le plein s’il vous plaît ? »”

  1. vince skare says :

    Excellent ouvrage au demeurant. Les auteurs l’ont écrit au moment du pic de consommation (2005) et le pic selon mes sources c’est produit entre 2006-2010. Donc une œuvre d’anticipation certes mais qui a le mérite d’une tentative de lucidité sur la situation générale. C’est ça qui m’a plu dans ce livre. Enfin, j’aime bien le principe de la taxe sur le carbone, surtout pour les porsches cayenne. Enfin, faire payer les riches pour leur empreinte écologique.

    Alors, la suite  » c’est maintenant  » ! est déjà disponible en librairie il me semble

  2. Merome says :

    Un des gros défauts de Jancovici, avec le fait qu’il est un peu trop pro-nucléaire, c’est qu’il envisage les énergies renouvelables comme si elles devaient remplacer les énergies actuelles, même quantité, mêmes services rendus.
    Effectivement, si on veut remplacer le nucléaire par des éoliennes, il va nous falloir un paquet de fermes, idem pour le solaire.
    Mais ce n’est pas pour autant qu’il faut jeter le bébé avec l’eau du bain.

  3. Bertrand Guillotin says :

    Bonjour Jeff,
    J’ai trouvé ton billet très mesuré. Je n’ai pas lu ce livre-là, mais le suivant : C’est maintenant. Et je connais le site de Jancovici manicore.com, sur le bout des doigts (ou presque🙂. Je connais donc leur discours (Jancovici, Grandjean) assez bien. Et j’y adhère dans son immense part.

    Je ne suis pas d’accord avec certains points négatifs que tu relèves, même si je les comprends. La taxe carbone est sensée augmenter dans le temps. 1) Ce qui nous oblige effectivement à réduire nos émissions, 2) Ce qui maintient le prélèvement à un niveau constant. 3) Les auteurs indiquent clairement que nos impôts doivent essentiellement servir à financer une diminution de notre demande énergétique, plutôt que de financer une augmentation de l’offre. Sur ce dernier point, je pense que les chiffres récents indiquent clairement que le renouvelable ne fait qu’augmenter l’offre. Pour preuve, je viens de lire que la part du renouvelable dans la production d’électricité en France est resté stable. Ce n’est pas tant le renouvelable en tant que tel qui pose problème, mais nous l’utilisons sans changement de notre mode de pensée. En l’état actuel donc, il n’y a aucune raison de penser que le renouvelable (éolien, PV) a le pouvoir intrinsèque de nous sauver.

    Sur la technologie : Jancovici fait la remarque suivante : sur les 30 dernières années, nos meilleurs ingénieurs n’ont réussi qu’un gain de 30% de rendement : il faut 30% d’énergie en moins en 2000 par rapport à 1970 pour produire 1 point de PIB. Le pragmatisme de bon père de famille nous commande donc de nous projeter dans l’avenir avec un gain maximum de 1% de rendement par an. Or, en 2000, le Français moyen devait réduire par 4 sa consommation d’énergie de là à 2050. Aujourd’hui, nous n’en avons toujours pas pris le chemin, si bien que la pression s’accentue et que certains parlent maintenant d’un facteur 8 à 2020. Il n’est pas raisonnable ne serait-ce que d’espérer que la science nous apporte 75% à 85% de gain en 10 ou 40 ans. Il n’y a qu’une seule issue immédiatement réalisable : la décroissance énergétique. Et comme la cible équivaut à la production hydroélectrique, on comprend qu’il n’est pas nécessaire d’investir massivement dans l’éolien et le PV. (Je ne dis pas que c’est inutile, mais en ordre de grandeur, ce n’est pas la solution). ET une fois qu’on a parlé de l’électricité, on n’a parlé que d’une moitié du problème ; le transport , c’est du pétrole. Le renouvelable ne concerne pas ce pilier de notre civilisation occidentale.

    De surcroît, Jancovici fait remarquer qu’un saut technologique, par exemple la fusion (qui ne s’adresse de toute façon pas à la problématique transport), nous permettrait juste de ratisser tous les poissons de l’océan en un seul coup de filet (c’est bien ce que nous permet l’énergie infinie : le pouvoir d’éradiquer d’un seul clic). Comme il le dit lui-même « sommes-nous sûr de vouloir de ce monde là ? ».

    Merci pour ce billet, qui m’évite objectivement de lire le livre. Je peux me consacrer aux « Propos sur les pouvoirs » d’Alain, à « La démocratie athénienne à l’époque de Démosthène », de Hansen, et mon activité associative pour retrousser mes manches.

    Au fait : vélorution climat à Bordeaux le 24 septembre. Venez nombreux.
    http://taca.asso-web.com/evenement-121-velorution-climatique.html

    Cordialement.

  4. Pierre Lhoste (@PierreLhoste) says :

    Bonjour, Jeff🙂

    J’ai lu ton billet avec intérêt, comme toujours. Je suis personnellement plutôt d’accord avec tes objections, sur leur principe, moins dans ma perception du contexte géopolitique et historique. Je ne vais pas répondre sur le contenu de ta critique technique de cet ouvrage, car elle me semble fondée, je la partage dans son ensemble.

    D’une manière générale, mon avis sur la question d’ « il n’y a pas de plan B », est que je suis d’accord avec ce point de vue. Je mentirais si je prétendais le contraire. Je corrigerais un peu en disant « il n’y a pas de plan B dans la bonne échelle de temps ». Je prends juste trois points parmi beaucoup.

    1) Nous pouvons décroître, mais ne le ferons pas , massivement, volontairement, comme nous devons le faire. C’est trop dur. Nous sommes des animaux sociables, donc éminemment conditionnables. Et le conditionnement au confort matériel est un frein à mon sens insurmontable à la décroissance volontaire de masse. (1)

    2) nous pouvons basculer vers une agriculture sans pétrole, mais ne le ferons pas volontairement car cela supposerait le courage politique d’imposer un régime de rationnement du type de celui de l’après guerre 45, le temps de la reconversion que l’on peut estimer entre dix et quinze ans, qu’aucun personnage politique ne prendra sur lui d’initier (si tant est qu’il le puisse même) en dehors d’un contexte de crise.

    3) science : j’adhère totalement à la vision de Bertand Guillotin, je ne répète pas.

    D’ailleurs, Bertrand Guilotin a eu vent du chiffre de 80% sur 9 ans, qui est tellement effrayant qu’il donne envie de devenir une autruche, pour de bon. Ce chiffre est entre autre présenté par l’ International Programme on the State of the Ocean qui regroupe un grand nombre de scientifiques qui ne s’appuient pas sur des modèles prévisionnels (comme le GIEC) mais un constat de mesures phisico-chimiques purs et durs, récents, sur un pan (majeur) de l’écosystème terrestre. Quand je l’ai lu, j’ai passé une très sale soirée. Je pensais en avoir pour 20/30 ans de paix relative, l’horizon vient de se réduite à une dizaine d’années.

    Si tu lis les bouquins de Jancovicci dans l’ordre, tu verras qu’il prend de moins en moins de pincettes. Comme toi, comme beaucoup des gens avec qui nous échangeons sur twitter, il sait que les crises auxquelles nous allons devoir faire face, si elles ne sont pas anticipées, vont avoir un coût humain très lourd. Au sens premier du terme. Je pense que Jancovicci essaye, comme chacun de nous, de trouver une voie pour éviter la catastrophe totale, tout en partant de l’hypothèse que la décroissance volontaire de masse (donc non provoquée par des crises) est impossible, ce qui est aussi ma position.

    Mon seul espoir, à l’heure actuelle, est que le GIEC se soit trompé, que Bourguignon se soit trompé, que l’IPSO se soit trompé. Autant dire, assez faible😉

    Merci encore pour ton point de vue qui a le grand mérite d’être critique dans le meilleur sens du terme, mais on n’en attend jamais moins de toi :))

    ____

    (1) pour avoir gouté à cela en vrai sur plusieurs années (peu d’eau, peu d’électricité, toilettes sèches, boulot manuel 8 à 10h par jour, tout petit habitat (caravane), je témoigne que l’expérience d’une vraie décroissance (pas juste un chauffe eau solaire et le marché bio) est très douloureuse et aliénante (ce deuxième point disparaît en situation de crise puisqu’alors, tout le monde est logé à la même enseigne). J’ai d’ailleurs arrêté de décroître il y a trois ans, pour revenir à un niveau intermédiaire, bien inférieur à la moyenne des français, mais très très insuffisant si l’on se rappelle du type de décroissance qui nous attend tous par la force des crises (jamais 100% certaines, mais de plus en plus probables).

  5. JeffRenault says :

    @Merome

    Mais ce n’est pas pour autant qu’il faut jeter le bébé avec l’eau du bain.

    🙂 Bien d’accord.

    @Bertrand

    Tu fais bien d’insister sur les modalités de la taxe carbone. Par sa progressivité et son assiette (les émissions de carbone) elle a en effet une vocation à nous inciter à changer nos habitudes. On pourrait dire que bien d’autres domaines mériteraient le même traitement (je pense à l’alimentation et à l’agriculture) et on n’aurait pas tort.

    Je voudrais relancer le débat sur certains points que tu énonces.

    Ce n’est pas tant le renouvelable en tant que tel qui pose problème, mais nous l’utilisons sans changement de notre mode de pensée.

    Je suis en partie d’accord. En partie seulement, car je ne pense pas que le renouvelable pose problème, et que, pour le dire autrement, cela est vrai indépendamment du renouvelable, puisque la pénurie en énergies fossiles va « suffire » à nous contraindre à revoir notre mode de pensée. Ce n’est donc pas la raison majeure qui fait évacuer les renouvelables par les auteurs.

    En l’état actuel donc, il n’y a aucune raison de penser que le renouvelable (éolien, PV) a le pouvoir intrinsèque de nous sauver.

    Là aussi je suis d’accord. Mais tu admettras aussi qu’on ne peut pas non plus penser que le renouvelable n’a pas ce pouvoir. C’était mon propos en évoquant le pari de Pascal. Puisque les deux assertions ont une probabilité égale de (non)survenance, préparons-nous à la pire. Inutile de défendre l’une par rapport à l’autre (et réciproquement).

    C’est la même chose avec les critiques des climatosceptiques sur les travaux du GIEC. Ils remettent en cause les calculs, les hypothèses, les impacts… finalement, personne ne remet en cause que cela va arriver, mais juste l’ampleur des conséquences, et, en fonction, l’acceptation d’un changement d’habitudes. De mon point de vue (que je suis prêt à qualifier d’iconoclaste), ce n’est pas savoir si le niveau des océans va monter de 1 mètre ou de 10 mètres (voire plus) qui importe, mais comment agir et nous adapter pour éviter que cela advienne, quelle qu’en soit l’ampleur.

    Sur le plan technologique : ce n’est pas parce qu’il est peu probable que demain matin un chercheur découvre la façon de transformer l’ensoleillement en énergie propre et continue, qu’on peut affirmer pour autant que cela ne va pas arriver. Et c’est surtout inutile de le faire, puisque la seule probabilité pour que ça n’arrive pas suffit à défendre qu’on s’y prépare.

    Le transport, c’est du pétrole. Le renouvelable ne concerne pas ce pilier de notre civilisation occidentale.

    Pourquoi cette affirmation péremptoire ? Qui dit qu’une énergie renouvelable ne permettra pas le transport… demain ? Solar Impulse, même si on est très loin d’une application généralisée, tend à prouver le contraire. Une voiture propre n’est pas impossible sous prétexte qu’elle n’existe pas. Même si les probabilités qu’il en existe une dans les délais impartis est plus que faible, ce n’est pas impossible. Et de nouveau, inutile de recourir à de tels raccourcis, puisque le seul fait que cela est faiblement probable suffit à nous préparer à ce qu’elle ne voit jamais le jour (le plan B dans mon billet).

    Je tiens à rappeler que j’ai apprécié le livre, dont je partage les analyses et la solution. Il me semble qu’on pourrait en douter à ce moment de mon plaidoyer🙂 Il se trouve que je pousse le raisonnement jusqu’à exiger qu’on n’évacue pas trop facilement des arguments dérangeants. Qu’on ne tombe pas dans la facilité que nous reprochons aux autres.

    Maintenant, tes arguments me paraissent tout à fait fondés, et je les partage. C’est juste que je ne peux m’empêcher d’être inspirer sans cesse de ces deux citations de Mark Twain :

    Le danger, ce n’est pas ce qu’on ignore, c’est ce que l’on tient pour certain et qui ne l’est pas.

    Il ne savait pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait.

    @Pierre

    Ton réalisme nous fait voir la vérité en face. Tu as probablement raison. Comme toi, je pense que l’être humain ne consentira globalement pas à l’effort de rentrer dans une logique de décroissance, pas plus qu’il ne fera volontairement les adaptations nécessaires dans son agriculture et son alimentation. Pas de façon volontaire. Pas dans l’intensité requise. Pas dans les délais impartis.

    Et pourtant, dans le même temps… des individus, des familles, des groupes… consentent à ces efforts. Tels les colibris de la légende racontée par Pierre Rabhi (qui a donné le nom à son mouvement) : ils font leur part.

    Telle cette famille, les Baronnet, qui il y a 30 ans ont entrepris de construire leur maison autonome, et qui reçoivent maintenant des visiteurs en nombre, à qui ils expliquent leur chemin.

    Tel toi, Pierre ! Oui, toi ! Toi qui m’inspire, et dont le parcours est aussi celui d’un colibri, qui, même s’il sait par expérience que la décroissance est difficile, fait sa part.

    Alors il se peut qu’à un moment, à force que des colibris nous ouvrent des voies, nous puissions atteindre le point de basculement, ce point où, quand un certain nombre d’individus d’un groupe ont adopté un comportement, tout le groupe l’adopte.

    Et si l’effondrement arrive avant, je crois que l’être humain trouvera des ressources, car c’est dans les moments les pires que notre espèce est capable du meilleur.

    Personnellement, je préfèrerais le point de basculement à l’effondrement🙂

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