À propos du court-termisme

Il y a longtemps que je constate (et déplore) que le court-termisme nuit gravement à l’humanité, et que les cultes du « tout, tout de suite » et du « après moi la fin du monde » occasionnent nombre de préjudices et dégâts.

Dans la vie professionnelle, j’ai pu vivre au plus près la prise de décision motivée par des impératifs très court-terme (notamment sous l’impulsion de l’obligation de rédiger trimestriellement un communiqué financier pour la bourse) écartant des enjeux majeurs, mais plus lointains.

Et puis, lisant « C’est maintenant ! », de Jean-Marc Jancovici et Alain Grandjean (dont j’ai déjà lu et commenté « Le plein s’il vous plaît »), je tombe sur deux pages (55 et 56) qui expriment cela mieux que je ne saurais le dire.

Je les reproduis ici :

La prise de pouvoir progressif de la sphère financière, en éclatant la détention du capital et en confiant la gestion à des actionnaires financiers, a poussé les « managers » à diriger leur activité en fonction de résultats à très court terme. C’est sur les performances trimestrielles, voire mensuelles, qu’ils sont désormais évalués et sanctionnés négativement ou positivement. L’ennemi, ce n’est donc pas le capitalisme, c’est le rythme auquel s’échangent le capital et les horizons de temps de ses détenteurs.

L’ennemi, c’est aussi, pour partie, la possibilité qu’ont les banques de créer de la monnaie en faisant crédit, ce qui permet d’augmenter la vitesse de rotation des actifs et d’engendrer encore plus de court-termisme : j’achère tout de suite, et pour payer je verrai demain… Ne raisonnons-nous pas exactement de cette manière avec la consommation des actifs naturels ? La financiarisation de l’économie et l’accès généralisé au crédit (qui vont de pair) ont créé cet enchaînement qui est sur le long terme insupportable, puisqu’il a besoin d’une croissance perpétuelle pour perdurer : j’achète l’année N-1 ce que je vais rembourser par mon travail l’année N+1. On voit mal ce qui pourrait nous sauver de la catastrophe économique annoncée tant que ce mécanisme est en place.

Les décideurs publics, quant à eux, sont rivés aux échéances électorales, de plus en plus rythmées et qui ne pardonnent pas. Si le raccourcissement des échéances électorales est l’ennemi de la saune gestion du long terme, alors indiscutablement le quinquennat voulu par Jacques Chirac est une authentique ânerie. Mais il serait trop confortable de fustiger les élus sans faire le ménage devant notre porte (air connu). Si nous, les citoyens, déclarons le lundi que nous voulons des hommes politiques visionnaires et garants de l’intérêt général, le mercredi, nous ne leur pardonnerons pas s’ils se battent pour autre chose que la sauvegarde de nos intérêts matériels à très coût terme.

Nos enfants ? Ils se sentent peu concernés quand nous manifestons pour plus de pouvoir d’achat (donc la possibilité de consommer plus vite le capital naturel), pour plus de retraites (idem), pour moins d’embouteillage devant notre porte, etc. Nos élus sont peut-être schizophrènes et menteurs, mais ils savent lire : quand ils nous voient descendre dans la rue pour ce genre de revendications, ils se concentrent sur ces demandes touchant à l’immédiat, et arbitrent de plus en plus difficilement entre les différents intérêts de leurs différents groupes d’électeurs.

Cette tyrannie du court-terme en politique et en économie est évidemment alimentée par les médias (mais encore une fois, qui commence et qui subit ?), rivés sur l’Audimat et les ventes quotidiennes. L’événementiel, le « people », la petite phrase, l’anecdote l’emportent, car ils font vendre. Et il ne faut pas oublier que les performances de ces entreprises d’« informations » sont jugées, comme les autres, à court-terme, en fonction de la performance financière d’hier, laquelle est principalement fonction des recettes publicitaires, elles-mêmes fonction des ventes.

Pour combien de temps encore ?

Allez, je retourne à ma lecture.

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About JeffRenault

Simple citoyen du monde

4 responses to “À propos du court-termisme”

  1. Paul Itique (@Paul_Itique) says :

    j’aime les discours de Jancovici lorsqu’il démonte les mécanismes sans fustiger la moralité de l’un ou de l’autre. Comme lui je pense que notre système contribue largement à nous déterminer. Il faut changer l’homme certes, mais il faut aussi changer le système.

  2. Guillaume Castevert (@GCastevert) says :

    Passage essentiel d’un bouquin indispensable ! Il permet de vraiment bien comprendre le monde dans lequel on vit, au delà du superficiel (un autre visage du court-termisme…).

  3. Guillaume Castevert (@GCastevert) says :

    Bon, je me demande bien pourquoi j’ai cet horrible photo à la place de mon vélo😉 ?
    Ca devrait être réglé maintenant !

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