Fraternité

À l’occasion de cet excellent billet de l’ami @jcfrog sur son blog, billet intitulé « Riches, pauvres : j’en ai marre de la relativité », les commentateurs en sont venus à discuter des différences et des avantages et inconvénients comparés de la solidarité et la charité.

Il m’est alors apparu que la Fraternité (que j’avais déjà évoqué à l’occasion du billet sur les enfants de chômeurs privés de cantine), à mon sens la plus piétinée ou ignorée de nos vertus républicaines, était probablement la valeur qui permettait de réconcilier (et à mon sens mieux exprimer) ces deux notions.

À la demande de l’un des commentateurs, j’ai livré ma définition de la Fraternité. Elle est probablement imparfaite, incomplète, mais je la ressens de cette façon. Je vous la soumets et vous invite à la discuter (ici le commentaire original en intégralité) :

La Fraternité n’est en premier lieu pas un système, mais une vertu, une valeur qui repose sur la reconnaissance de l’autre comme son pair, et que nous nous devons mutuellement entraide, parce que nous sommes égaux et que nous nous reconnaissons comme tels.

La Fraternité ne fait pas bon ménage avec l’individualisme exacerbé tel que nous le connaissons actuellement (ce que la solidarité ou la charité vivent très bien, et même au contraire, elles lui servent de cache-misère)

La Fraternité n’est pas pour autant un système collectiviste brutal, sourd et aveugle, qui traite froidement des dossiers, sans prendre en considération l’être humain qu’il y a derrière l’usager.

La Fraternité concerne chacun d’entre-nous, et suppose que notre capacité à nous indigner d’une situation choquante reste intacte, ce dont je doute souvent.

La Fraternité, c’est aussi considérer le point de vue de l’autre, son contexte, et ne pas se déterminer uniquement à travers notre propre prisme et notre vécu.

En quelque sorte, la Fraternité est le peer-to-peer de l’humanisme. Et elle fonctionne donc mieux de façon décentralisée et locale.

Fraternellement,

Jeff

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Simple citoyen du monde

23 responses to “Fraternité”

  1. fromageplus says :

    Alors, votre degré ? Dites-nous ! Compagnon ?

  2. sebdamiens says :

    Une belle lecon de dialectique pour definir cette vertu republicaine bien souvent oubliee en effet… Elle n’a d’ailleurs ete apposee aux frontons de nos edifices publics qu’en 1848, et pas suite a la revolution bourgeoise de 1789 !

    En revanche, assimiler solidarite et charite me chiffonne un peu. La solidarite comprend a mon avis une part d’effacement de soi et de ses propres interets, et n’est finalement que la mise en action de la fraternite !

    Salutations fraternelles !🙂

    • JeffRenault says :

      Dans les échanges qui ont précédé ce passage, solidarité et charité n’étaient pas assimilées, mais au contraire mises en opposition.

      Pour faire court, la solidarité était présenté comme une mécanique aveugle et automatique, et la charité comme un acte librement consenti.

      J’essayais de réconcilier les deux notions en proposant la Fraternité.

  3. Pierre Lhoste (@PierreLhoste) says :

    Que rajouter de plus ?

    La Fraternité est un concept philosophique, tandis que charité et solidarité en sont des modes opératoires partiels. La Fraternité suppose l’égalité de Droits (car l’égalité tout court, c’est très difficile à définir : égalité physique, égalité de QI,…). Nous sommes tous égaux « à priori » quant-à notre droit à vivre selon la déclaration universelle des droits de l’homme.

    L’implémentation ? Je suis totalement d’accord avec l’ami Jeff sur l’efficacité de réseau de la fraternité. J’irais même jusqu’à dire qu’opérationellement, ce concept philosophique ne peut fonctionner qu’ainsi (charité et solidarité etant deux implémentations très partielles et insuffisantes).

  4. vince skare says :

    Belle leçon de… fraternité !

  5. fromageplus says :

    L’essence de la Fraternité suppose que nous partagions tous la même mère ou le même père. La Fraternité en tant que valeur est donc une notion éminemment religieuse, qui ne peut absolument pas rejeter l’idée que nous avons un Père ou une Mère d’une nature supérieure et dont nous sommes les enfants en esprit. Les défenseurs de la Fraternité sont donc parfaitement incohérents quand ils rejettent l’existence de Dieu. Ou alors il faut revenir à la notion d’Être Suprême, sous les auspices duquel est textuellement placée la DDHC de 1789.

    D’autre part, la Fraternité est contradictoire avec l’Egalité, puisqu’on n’a jamais vu de fratrie composée de plusieurs milliards de jumeaux tous nés en même temps. Dans une fratrie; il y a des grands frères et des petits frères, lesquels, par cette vertu, ont des droits et des devoirs parfaitement inégaux. Si papa ou maman sont absents, ce n’est pas au benjamin de tenir la maison, mais à l’aîné. Les francs-maçons [qui sont à l’origine de la devise Liberté-Egalité-Fraternité, ne l’oublions pas, et qui se réfèrent très souvent à ces valeurs] le savent d’ailleurs très bien, puisque dans une loge on respecte scrupuleusement une hiérarchie [inégalitaire par définition].

    La devise Liberté-Egalité-Fraternité souffre donc de très très lourdes incohérences sémantiques ou philosophiques, qui font que je ne la reconnaîtrai jamais comme légitime.

    La Liberté, je veux bien ; je suis complètement d’accord !

    La Fraternité, je veux bien aussi, mais nous sommes là dans l’énonciation d’un programme absolument spirituel sinon religieux qui n’a rien à faire dans une culture où l’on est censé séparer le temporel du spirituel.

    • JeffRenault says :

      L’essence de la Fraternité suppose que nous partagions tous la même mère ou le même père.

      Cette assertion est absolument fausse. Tu confonds me semble-t-il avec la fratrie🙂

      la Fraternité est contradictoire avec l’Egalité

      Je ne perçois pas cela comme une contradiction… elles ne sont pas équivalentes, ni nécessairement liées l’una par l’autre. Mais elles se complètent harmonieusement. Ton exemple démontre que l’Égalité n’est pas un état naturel des choses, et c’est sans doute ce qui a poussé à l’ériger en principe.

      La devise Liberté-Egalité-Fraternité souffre donc de très très lourdes incohérences sémantiques ou philosophiques, qui font que je ne la reconnaîtrai jamais comme légitime.

      On range parfois sur l’étagère de l’incohérence ce qui ne nous convient pas, ou qu’on ne comprend pas. Dans ton système de pensée, les valeurs de la devise républicaine ne te conviennent pas. Ok. Cela ne les rend pas automatiquement incohérentes dans l’absolu, mais seulement dans ton système de valeurs.

    • Phyrezo says :

      Assez d’accord avec notre camembert.

      Personnellement, là ou j’ai pu expérimenter la fraternité est en premier lieu évidemement dans ma fratrie et comme un principe fondateur de mon école d’inspiration maçonnique (A&M).

      Dans un cas comme dans l’autre il n’était pas question d’égalité.

      Comme le répétait ma mère en cas de conflits de type ‘oui mais a eu le droit à …’: « Justice n’est pas égalité, ce qui compte c’est l’équité ».

      La fraternité serait plus proche donc de l’équité: « à chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins ».

      Par contre, que ce soit pour mes frères et sœurs, comme (à moindre mesure) pour mes camerades, quand l’un d’eux est dans le besoin ou me demande un service, que je peux rendre, je m’exécute avec plaisir et sans discuter. De même, je sais qu’en cas de coup dur, je sais sur qui compter.

      L’égalité étant aussi incompatible avec la liberté, cette devise est pleine de contradiction.

      • JeffRenault says :

        Je trouve notre devise plutôt équilibrée. Il me semble qu’égalité doit s’entendre comme « égalité de droit » et non comme « égalité absolue » (quasi mathematique). En ce sens elle ne contredit pas la liberté puisqu’au contraire elle nous dit que nous pouvons tous y prétendre.

  6. fromageplus says :

    Et sinon, dans un autre genre, j’espère que vous allez aimer ça :
    http://fromageplus.wordpress.com/2011/09/07/la-neutralite-du-paf-est-en-danger/

  7. fromageplus says :

    Jeff,
    Comment pouvez-vous concevoir la fraternité sans vous sentir frère de quiconque ? C’est totalement contradictoire.

  8. fromageplus says :

    C’est comme si je vous disais « je me sens complètement citoyen » mais sans posséder la moindre once d’attachement à la Cité. C’est de la rhétorique de petit élu local empêtré dans des concepts qui le dépassent. C’est de la contorsion mentale destinée à camoufler ses incohérences. Un peu comme ces gens qui vous disent « ouais, tu vois, la vie c’est sacré, il faut être solidaire des gens en difficulté », et qui aussitôt proposent d’euthanasier les vieux parce qu’ils coûtent trop cher et que c’est plus facile de s’en débarrasser que de leur venir en aide. Désolé pour la digression, mais c’est pour illustrer le manque total de cohérence. Tout ça pour dire que vous ne voyez pas le rapport entre la fraternité et le fait d’avoir des frères.

    • JeffRenault says :

      Je répète : tout dépend du sens du mot frère (propre ou figuré).

      Mais tu as raison, le concept de Fraternité me dépasse, je suis totalement incohérent, je n’arrive pas à voir le rapport entre les choses… c’est un réel plaisir de « débattre » avec toi.

      Bonne journée

  9. fromageplus says :

    Jeff,

    Eh bien soit :

    Frères au sens propre : individus qui ont au moins un parent commun, biologique ou légal.

    Là, nous sommes s’accord.

    Frères au sens figuré : individus qui ne partagent aucune fraternité biologique ou légale, mais liés en vertu d’une paternité ou d’une maternité spirituelle qui fait autorité sur leur serment.
    Exemple : la Fraternité Saint-Pierre.
    La question paternelle/maternelle n’est pas forcément explicite, mais elle se manifeste toujours sous la forme d’une autorité suprême à laquelle on doit obéissance. La fraternité républicaine se place toujours sous les auspices de l’entité « Valeurs de la république ». La DDHC est d’ailleurs presque toujours représentée ornée d’un triangle figurant un Être transcendant. La figure de Marianne, souvent seins nus, est évidemment une figure de la maternité nourricière.
    Daumier l’avait très bien compris, par exemple.

    Mêmes si elles se disent non-religieuses, les valeurs de la républiques sont très souvent accompagnées d’une iconographie pleine de références au sacré.
    Les fraternités maçonniques, ou encore les fraternités estudiantines américaines, sont caractérisées par une intronisation, c’est à dire un rite de passage visant à transcender le rapport que l’on a avec les membres de son groupes. Du statut d’ « ami », on acquiert par voie symbolique le statut de « frère ». Ici, l’obéissance paternelle est présente sous la forme de la loi interne au groupe, qu’on ne transgresse pas sans châtiment, et qui a pour vertu de faire accéder l’impétrant à un âge supérieur de maturité.
    Si la figure maternelle ou paternelle ne sont pas évidente dans la fraternité au sens figuré, elle existe toujours sous l’apparence d’une loi sacrée tacite ou explicite. Si l’on n’a pas de morale, on est ce qu’on appelle un faux-frère ; ce qui prouve bien la nécessité d’une loi supérieure pour exercer la valeur de fraternité.

    • JeffRenault says :

      Encore une fois, tu abuses de rhétorique.

      Ne prendre que des exemples de fraternités hiérarchisées ne suffit pas à démontrer qu’elle le sont nécessairement toutes. Est-ce si difficile de concevoir qu’un groupe puisse ne pas être nécessairement organisé pyramidalement sous une hiérarchie ou un chef ? C’est en ce sens que je voyais en la Fraternité le peer-to-peer de l’humanisme

      Et puis il y a une différence entre une fraternité (mot finalement mal choisi, puisque reposant selon ta description sur la dépendance à un chef, et qui devrait donc s’appeler une famille pour rester dans ton analogie) qui désigne un groupe d’individus, et la Fraternité qui est une valeur.

      Bonne nuit.

  10. fromageplus says :

    C’est ça. Bonne nuit.

  11. Nabella Leen (@nabellaleen) says :

    C’est dommage de voir cet échange se terminer en … eau de boudin après ce bel article de @JeffRenault.

    La Fraternité, c’est avant tout une manière de vivre, un sentiment. Vouloir en poser des règles aussi stricte que le fait @fromageplus, c’est, à mon sens, la dévoyer.

    De mon côté, je crois qu’on peut expliquer la fraternité via plusieurs niveaux de point de vue :
    – Le niveau « individuel », où l’on se sent proche d’un cercle de personnes, suffisamment pour vouloir les aider spontanément de façon altruiste. Cercle qui nous rend quelque fois la pareille. Mais ce cercle n’est pas forcement étendu à toute la population, il est bien plus souvent restreint.
    – Le niveau « communautaire », où l’ensemble des cercles de l’ensemble des individus de la planète se chevauchent et font que, par ces liens de personne à personne, tout le monde se trouve interconnecté. C’est ce qu’image Jeff par « peer-to-peer » à la fin de son article !

    Ce que je n’aime pas dans la société actuelle, c’est que les gens se renferment dans des cercles tout petit en espérant profiter + d’autrui qu’il ne donnent eux même. Au final, les cercles ne se chevauchent plus, le schéma fonctionne à l’inverse de la fraternité.

    Il faudrait que chacun soit plus altruiste et se rende compte que donner à autrui, ça fini par avoir des retombées positives, dans sa globalité. Aimez vous les uns les autres bordel !❤

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