« Qui paie ses dettes s’enrichit… ou pas »

Ce billet en écho à cet excellent billet de @Merome intitulé « Dette illégitime » (et dont le titre est extrait)

« La dette publique se creuse de deux manières principales : hausse des dépenses et baisse des recettes de l’État. »

Il y a au moins une autre façon de faire croître la dette : les intérêts de la dette.

Depuis 1973, l’État se finance exclusivement auprès des banques commerciales à des taux élevés. Le poste des intérêts de la dette a ainsi creusé progressivement, mais sûrement, ladite dette.

Au point que le déficit (qu’on impute pourtant aux monstrueuses et excessives dépenses de l’État, et dont on exige qu’elles soient rabotées) n’aurait pas augmenté depuis 1973 (quand l’État français s’est interdit d’emprunter à la banque centrale) si on avait continué avec des taux préférentiels, et aurait même légèrement diminué.

C’est bien l’enrtrichissement (virtuel tant que la dette n’est pas remboursée) des banques commerciales qui nous plombe. Vouloir honorer la dette, c’est vouloir confirmer (de virtuel à réel) l’enrichissement des banques commerciales.

Si nous pensons que les banques commerciales veulent contribuer à améliorer la condition humaine en développant les secteurs non marchands (donc non rentables) tels l’éducation, l’aide à la personne, la santé, la culture (même si Hadopi vise à en faire une industrie), la justice, la sécurité civile… alors n’hésitons pas à être enthousiastes à honorer notre dette !

Si en revanche nous en doutons, alors il va falloir sérieusement penser à refuser d’emprunter le chemin sur lequel notre gouvernement représentatif veut pourtant nous amener avec un empressement non dissimulé…

La conclusion du billet pose la question : « La dette est elle légitime si le gouvernement ne l’est pas ? » J’aurais eu tendance à poser la question à l’envers : le gouvernement est-il légitime si la dette ne l’est pas ?

En effet, cette dette étant finalement artificielle par une mesure de transfert de la création monétaire de l’État (qui en usait sans doute abusivement) vers les banques (qui n’en usent pas moins abusivement, mais pour des motifs différents), il faut la déclarer illégitime, et refuser de l’honorer, comme les islandais l’ont fait.

Or, comme notre gouvernement représentatif (et le prochain quel qu’il soit) semble considérer que nous n’aurions pas d’autre choix que payer la dette, alors que nous, le Peuple, ne sommes pas d’accord de confirmer l’enrichissement des banques, c’est-à-dire de quelques privilégiés, il faut conclure que le gouvernement (qui ne devrait en effet qu’exécuter les décisions, et non les prendre à notre place) n’est pas représentatif des citoyens, mais desdits privilégiés.

Et c’est là que le mécanisme de ce qu’on ose appelé la démocratie, en l’occurence la politique électoraliste, montre non seulement ses limites, mais également et surtout son inefficacité.

Le référendum serait-il un progrès ? J’en doute. Pas sans un mode de fonctionnement différent. Aujourd’hui, le référendum se résume à une question sur un texte mal préparé, mais attire plus souvent le vote sanction. Il faudrait donc pouvoir désigner des commissions citoyennes (un groupe de citoyens tirés au sort) qui élaboreraient un texte sur le sujet considéré avant qu’il ne soit soumis à référendum, sans clivage ni partisanisme. On en est loin. Et puis, on a vu en 2005 que si le résultat ne convenait pas, on se passait de l’avis du peuple. Quelle plus belle preuve qu’on est pas en démocratie ?

Il n’y a pas de meilleur système que l’élection ? Je l’ai cru longtemps. Comme j’ai cru que ceux qui ne participaient pas au vote s’excluaient du débat. J’avais tort. Ceux qui s’abstiennent ne sont absolument pas moins légitimes à participer et critiquer que ceux qui votent.

Élire, c’est choisir le meilleur (même éthymologie qu’élite). C’est confier le pouvoir au meilleur. Et le pouvoir des meilleurs, c’est l’aristocratie, pas la démocratie. Les modalités même de l’élection favorisent le consumérisme politique (séduire, et non vouloir représenter) et ainsi l’apparition d’une oligarchie.

Démocratie ? Quand est-ce que le pouvoir est-il réellement exercé par le peuple ? Par le vote ? La blague ! Avoir le pouvoir c’est prendre les décisions. Le pouvoir exécutif ne devrait qu’exécuter, pas décider. Les décisions devrait nous appartenir. Est-ce le cas ? Non, de toute évidence.

Je rejoins donc complètement Merome sur le caractère intrinsèquement anti-démocratique de l’élection. J’insiste que je ne l’ai compris que très récemment. Car, à cet égard comme à d’autres, on nous distille (par facilité selon moi plus que par calcul) une pensée unique qui nous empêche de trouver des éléments de réponses réellement satisfaisants aux problèmes qui nous tracassent. On sent confusément que les évidences qu’on nous assènent ne sont que partiellement efficaces à nous satisfaire.

A chacun d’exercer son esprit-critique et son libre-arbitre, de se forger sa propre explication. Il faut chercher, passer du temps. Mais les informations existent. Il ne faut en tous cas pas rester dans une logique où on n’aurait jamais le choix.

Je ne saurai que trop conseiller le visionnage de cette vidéo dans laquelle Étienne Chouard traite simultanément de la cration monétaire et des institutions. Sur la création monétaire et la dette, de bons billets sur Tête de Quenelle, le blog de @StanJourdan. Sans oublier d’autres billets de @Merome sur son blog On refait le blog !

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Simple citoyen du monde

18 responses to “« Qui paie ses dettes s’enrichit… ou pas »”

  1. Pierre Lhoste (@PierreLhoste) says :

    Tu soulignes très bien ,je trouve, la première incohérence de la Dette (outre le fait que s’endetter est à mon avis, toujours un mauvais calcul si l’on ne rembourse pas très vite).

    Pour continuer sur le sujet du gouvernement représentatif et de ses limites démocratiques (un vrai mur de Plank en l’occurence), Je me suis fait une petite réflexion en parcourant le projet de constitution Islandaise : le processus constituant, est absolument moderne, démocratique, et quasi unique puisqu’à ma connaissance, cela n’avait jamais été tenté depuis Athènes. Tirer au sort parmi la population, le groupe qui rédige le projet de constitution.

    Ce qui m’a frappé, c’est que ce principe mis en oeuvre pour rédiger la constitution, auquel on se décide, semble-t-il, à faire confiance, ne se retrouve pas gravé dans le marbre du projet résultant. Plus cela va, plus je me fais la réflexion que c’est du au fait que les gens ignorent l’existence de processus de gouvernance basées sur (et non juste utilisant) le tirage au sort, c’est parce que nous (les gens, les médias, …) n’en avons pas encore assez entendu parler. Et je parle en connaissance de cause également, n’ ayant buché ce sujet que depuis quelques mois, de la même façon que toi.

    Les idées de Montesquieux, avaient eu un plus de trente années pour se diffuser, et sont tombées à point en 1789 (avec les aléas que l’on sait). J’ose espérer qu’au moment de réécrire notre constitution, celles défendues par E Chouard auront eu le temps de se répandre. Sinon, ce sera une rebellotte😉

    Au plaisir de te lire.

  2. JeffRenault says :

    Merci Pierre,

    Pour être précis, et à la lumière de cet article paru dans Le Point (excusez du peu !), il apparaît que le groupe des rédacteurs de la Constitution islandaise n’a pas été tiré au sort, mais élu :

    Depuis novembre 2010, 25 citoyens élus ont entamé la rédaction d’une nouvelle Constitution

    Néanmoins, la procédure de candidature reste très démocratique :

    À l’automne 2010, un appel à candidatures a donc été lancé. Tous les citoyens de plus de 18 ans et soutenus par au moins 30 personnes pouvaient postuler. Seule exception : les élus nationaux.

    En outre, chaque citoyen pouvait contribuer via Internet en commentant le projet de Constitution :

    Tout le processus de révision a été collaboratif : chaque projet d’article était publié au fur et à mesure de sa rédaction sur le site du gouvernement. Chaque citoyen était ensuite appelé à s’exprimer, sur une page Facebook dédiée ou via un compte Twitter.

    Ces précisions étant données, il est vrai qu’au-delà de l’élaboration de la Constitution, le principe d’un fonctionnement mettant à contribution les citoyens par tirage au sort serait souhaitable pour la santé démocratique d’une communauté de citoyens à l’échelon de décision concerné : quartier, commune, département, région, pays, continent, monde !

    La commission citoyenne issue du tirage au sort aurait en charge l’élaboration de la décision. Elle consulterait les sachants sur le thème considéré, pèserait le pour et le contre, rédigerait la proposition en exposant la démarche et les arguments, et, finalement soumettrait à la décision de la communauté citoyenne. Bien entendu, la commission citoyenne publierait l’avancement des travaux, que chaque citoyen pourrait commenter, permettant la contribution du plus grand nombre.

    Bien sûr, la disponibilité des citoyens reste posée. Mais autant qu’aujourd’hui dans notre mode électoraliste, puisque seules quelques professions peuvent se permettre d’entrer dans la danse. Il suffit de regarder les professions exercées par nos prétendus représentants pour comprendre qu’il y a là une autre façon de confisquer le pouvoir au Peuple.

    Une façon de permettre au plus grand nombre de contribuer pourrait être la mise en place du revenu de vie, garanti inconditionnellement à chaque citoyen… mais c’est un autre sujet, majeur lui aussi.

  3. Merome says :

    Les intérêts de la dette sont une dépense de plus, c’est pour ça que je ne l’ai pas considérée comme une catégorie à part.

    Enfin, on parle entre convaincus, maintenant, il faut toucher d’autres publics et aller plus loin. Mais comment ?

    • JeffRenault says :

      Sauf que… si tu retires le différentiel entre les intérêts cumulés aux taux qui ont été appliqués par les banques commerciales, et les intérêts qu’auraient été ceux octroyés par une banque centrale, tu retrouves l’intégralité de la variation du déficit depuis 1973. C’est pourquoi il ne faut à mon avis pas mettre les intérêts de la dette à part : ils sont le coeur du problème. Le graphique suivant le montre (issu de ce billet) :

      Évolution de la dette en pourcentage du PIB

      Si on le dit autrement, ce sont les banques commerciales seules qui ont creusé nos déficits, pas la dépense publique. On ne cesse pourtant de nous répéter le contraire à longueur de journée.

      Mais tu as raison, le principal n’est pas de se le dire entre nous, mais de permettre à ces idées de se diffuser, de se propager et permettre au plus grand nombre de ne pas se contenter de la seule pensée unique.

      As-tu entendu parler de cette initiative polonaise : « Pologne : Une initiative sur Facebook bouscule le monde politique » ? Peut-être une voie possible…

  4. Guillaume Castevert (@GCastevert) says :

    Entièrement d’accord avec vos constats. Je n’ai pas la solution pour apporter les infos que nous connaissons à plus de gens, sauf lorsqu’ils viennent eux-même les chercher sur nos blogs respectifs. Mais pour ça il faut une démarche proactive de leur part…

    A moins d’avoir les moyens de faire une campagne 4×3 m ou spots TV, on ne touchera que les gens curieux et suffisamment intrépides pour remettre en cause leurs croyances. Ca ne fera pas masse avant longtemps…

  5. Merome says :

    Attention au raisonnement fallacieux : ce n’est pas parce que le montant des dettes correspond à celui des intérêts que la dette est due à ça. On peut s’émouvoir de ce rapprochement, mais ça ne fait pas une relation de cause à effet à coup sûr.
    J’ai lu vaguement l’initiative polonaise. A suivre. Je préfère les ricains qui occupent Wall Street🙂

    • JeffRenault says :

      Ce ne sont certes pas les intérêts qui sont la cause de la dette. En revanche, ce sont bien eux qui en détermine l’importance, comme le graphique le montre.

      Ainsi, la dette n’aurait pas eu la même ampleur sans les intérêts élevés des banques. Elle serait restée à peu près égale, et aurait même en réalité légèrement décru.

      Si toutefois je commets une erreur de raisonnement ou d’interprétation, je te saurai gré d’éclairer ma lanterne, car je ne vois pas la faille.

      Oui, suivons l’initiative polonaise et inspirons-nous en. Le mouvement « Occupy Wall Street » me semble très marquant dans un pays pourtant si souvent conformiste.

      J’ai été particulièrement touché par les messages « We are the 99% »

  6. ®om says :

    Très bon résumé.

  7. Annie says :

    dans mon billet sur la création monétaire j’avais écrit « j’ai une question : 1973, je situais le début du schmilblick bien plus tard, et à cette époque on a eu de l’inflation forte encore, et on sentait pas le pouvoir des banques comme maintenant… »
    Sur la démocratie. Vaste problème. Déjà la réf. à la Grèce ne me convient pas du tout (voir aussi mon billet http://www.penseelibre.fr/histoire-dune-democratie-athenes-claude-mosse
    Citoyenne le plus active possible depuis fort longtemps je suis/j’étais dans l’idée que voter est indispensable et devrait être obligatoire.
    Mais. Vu le bas niveau d’éducation politique général, vu l’influence énorme des sondages de plus en plus influant (voir le vote pour Hollande, qui n’a rien d’extraordinaire à proposer), les gens réagissant aux dires, à leurs émotions, le tout étant guidé par le fric que le candidat va mettre dans sa campagne (quoique ça n’a pas eu lieu pour Bayrou).
    Je doute du peuple depuis un moment, mais n’ayant rien à proposer en échange. C’est un peu comme pour l’énergie, tant qu’on ne me proposait pas de solution/s, je n’étais pas écologique militante. Mais le Japon a changé mon point de vue.
    Sur le tirage au sort j’ai lu Chouart (chez Jennar) déjà depuis un bail. Mais pas plus convaincue là non plus.
    Déjà si nous avions des barrières inscrites dans la Constitution de non cumul des mandats, d’interdiction définitive pour tout mis en examen ou ayant failli (Chirac et d’autres), des possibilités de protection pour d’autres professions qu’avocat ou prof, des parités (comme pour les femmes, quoique nous avons des tricheries comme en Tunisie, elles sont mises en position de n’être jamais élues) sur les classes sociales, revenus……
    enfin j’ai rien dans le panier de bien original, et surtout rien d’infaillible, la nature humaine aidant…
    de plus le peuple (http://alternatives-economiques.fr/blogs/behrent/2011/09/23/pourquoi-les-pauvres-votent-ils-contre-leurs-interets-economiques/) ayant voté Sarkozy s’assimilant aux riches, a été séduit par « payer moins d’impôt » ils n’ont pas pigé pour qui.

  8. JeffRenault says :

    @Annie > J’ai du mal à suivre où nous mène ton raisonnement sur le Peuple qui serait « mal éduqué » et ne voterait donc pas comme il faudrait (comme tu voudrais ?) Je crois que le Peuple est tel qu’il est, et qu’il n’y a pas de prérequis d’éducation politique pour prendre des décisions qui concerne sa vie quotidienne.

    Quand Chouard fait référence à la démocratie athénienne, cela ne sous entend pas qu’il considère les mœurs de l’époque (esclavage, statut des femmes…) comme devant être rétablis. Ce serait caricaturer son propos de faire cet amalgame. S’il en parle, c’est plus pour servir d’inspiration.

    La démocratie ne peut pas reposer sur la délégation. Nous devons prendre les décisions. Le pouvoir exécutif ne doit pas être celui qui décide, mais celui qui exécute. S’il nous représente, c’est pour exécuter nos décisions. On en est loin.

    Il serait pourtant simple d’inclure le citoyen, au moins partiellement, par exemple à travers les commissions citoyennes que j’évoque dans mon billet. Les citoyens tirés au sort ne connaissent rien au sujet qu’on leur soumet ? Et alors ? Nos députés sont-ils experts en tout ? Non. La commission citoyenne consulterait, prendrait des avis contradictoires, élaborerait une décision argumentée… qui finalement serait soumis au Peuple à travers un référendum.

    Je crois qu’il ne faut surtout pas se dire que l’élection est la panacée, qu’elle serait l’idéal démocratique, et encore moins que le Peuple n’est pas capable de se gouverner. C’est sans doute ce que l’on croit à force d’en avoir été persuadés. Au point que démocratie et élection seraient les deux faces indissociables d’une même médaille.

    C’est faux. Le temps est venu où le Peuple veut avoir sa place dans les décisions qui sont prises. Je crois que l’humanité ne veut plus d’un modèle de société pyramidale, hiérarchique. Les citoyens du monde veulent désormais un modèle participatif, en réseau… en P2P. Et les moyens techniques le permettent, comme pour l’Islande qui a rédigé sa nouvelle constitution via un Wiki.

    L’élection, la représentativité et les partis sont un modèle archaïque qui tente de survivre parce que la génération au pouvoir a été formatée pour croire que ce modèle est le seul possible, de même que les maisons de disques ou les télés croient encore qu’elles vont survivre à Internet.

    Mais ce modèle politique survit également parce que nous-même étions (sommes) persuadés qu’il était l’idéal et le modèle à suivre. Erreur fatale. Il nous faut revoir notre logiciel, changer de paradigme, et cela n’est pas aisé.

    Merci pour ta contribution,

  9. Annie says :

    Le peuple n’a pas toujours raison. Il a voté Sarkozy n’entendant que « vous payerez moins d’impôts ». Il n’a pas compris qu’il ne s’agissait pas de la majorité mais d’une minorité. Sur la « sympathie » qu’attire Le Pen depuis longtemps, ce fut d’abord par rejet, puis maintenant ils pensent qu’il faut tout bouleverser, mais n’en voient pas les conséquences, comme si ils ne connaissaient pas l’Histoire.
    Ceux qui s’indignent sont les diplômés, d’abord parce qu’ils n’ont pas de boulot. Ensuite parce qu’ils sont les mieux armés dans la réflexion, mais sans contenu politique on ne peut rien, il ne s’agit que d’une sourde révolte, sans contenu positif, sans analyse, juste des constats.
    Parcourant les médias je m’aperçois que ceux de Wall Street ne font pas l’intérêt des médias, ce qui ne fut pas le cas des tea party qui veulent moins d’impôt, eux aussi, ils sont dans la culture persistante que les pauvres n’ont qu’à s’en prendre à eux-mêmes, alors qu’il y en a des millions, que maintenant ils ne mangent plus à leur faim, faute d’emploi, ayant perdu leur maison, et sans filet de la redistribution que nous avons (encore, mais plus pour longtemps) en France.
    Dans les pays arabes une crainte que demain, les Islamistes obtiennent trop de voix. Mais ce sont les gens instruits qui peuvent réfléchir aux conséquences, la majorité ne « parle » qu’avec leur ventre.

    • JeffRenault says :

      Annie,

      J’ai vraiment du mal avec ta vision très réductrice du Peuple. Je la trouve même par certains égard méprisante. Je te le redis : le Peuple est tel qu’il est dans son entièreté et sa diversité. Il n’y a pas d’un côté le bon Peuple éduqué qui voterait massivement pour le gentil, et de l’autre le mauvais Peuple ignorant qui, n’écoutant que ses émotions, voterait pour le méchant.

      Mais peu importe. Revenons à la démocratie. Tous tes arguments, même si je ne les partage pas tous, sont un plaidoyer contre l’élection. Pour toutes les raisons que tu cites, la campagne tourne en effet à la surenchère marketing, et le gagnant est souvent celui qui a le plus touché les gens.

      Le tirage au sort éviterait ce jeu de dupes, et les désignés n’auraient pas sans cesse à l’esprit leur réélection (ou celle de leur camp), mais de remplir au mieux leur mandat.

      L’émotion et l’emballement médiatique ne seraient pas les outils sur lequel un tirage au sort pourrait s’appuyer, contrairement à l’élection.

      Je t’invite donc à reconsidérer ta position, et tu verras combien le tirage au sort répond assez pertinemment à tes inquiétudes, et donc comment il sert mieux le vivre ensemble que la politique électoraliste.

      Merci de ta participation

  10. Pierre Lhoste (@PierreLhoste) says :

    @Merome : moi non plus, je ne comprends pas bien ton objection et j’aimerais bcp comprendre ou Jeff se trompe.

    @Annie : je suis aussi choqué que vous par la ‘non réalisation des objectifs féministes’, par le fait que quelques émissions télé fabriquent une élection. Je suis aussi choqué par le simple fait que ma vie d’occidental réduit à l’esclavage des enfants dans les pays dits emmergeants, que ma richesse relative soit au prix de millions de morts dans des guerres abominables menées sous nos yeux en notre nom. Mais je ne vois pas le rapport avec le fait que l’élection soit un bon système pour désigner un exécutif. Désigner un « meilleur », c’est une façon guerrière de mener un groupe humain. Toutes les entreprises le savent et désignent un chef de guerre (ou CEO) pour tuer leurs concurrents et occuper l’espace concurrentiel. De là à considérer que ce qui est hyper efficace dans un contexte néolibéral l’est dans un contexte de gouvernance du bien commun…

    Je rejoins donc Jeff. Le peuple est « faiblement éduqué » ? Pourquoi alors confier à des quidam la décision de condamner à perpet (avant, c’était à mort) un criminel lors d’un juré populaire ? Je veux dire. Cela fait un bail qu’on considère que pour l’une des décisions les plus difficiles à prendre, condamner lourdement une personne, on fait confiance à un tirage au sort sur la population. De plus, pour avoir fait une grande école d’ingénieur et navigué dans les grands corps d’état, je puis vous garantir de mon expérience personnelle, que les hommes de pouvoir (car les femmes, y’en a quasiment pas) que j’ai croisé doivent leur « compétence » à leur tampon, leur certificat, leur AOC « ENA/Polytechnique/… », point. Tout responsable nommé à un poste, en france, ne connait rien de rien aux dossier et dispose de 4/5 mois pour s’en « emparer » comme on dit. Pourquoi feriez vous moins bien que moi ou eux ? Seule peut être, mais à 10, à 100 ?

  11. Annie says :

    @Pierre bon exemple que les jurés. Et justement, ils vont voté selon les bons arguments des avocats, et de l’actualité. Voir la bataille de Badinter. Voir aussi les gens qui réclament, dans les rues la tête des gens, parce que, clament-ils là il/elle a tué (un enfant, avec cruauté, que sais-je leurs mauvaises raisons). C’est par l’éducation nationale des peuples qu’ils avancent dans la démocratie, dans l’acceptation de la différence. Mais l’éducation n’est en effet pas une histoire de diplôme.

    je n’ai aucune solution à proposer, à personne, je réfléchis au pour et au contre. Pour l’instant pas convaincue.
    Mon penchant personnel est de militer dans un parti politique (depuis 1965), je l’entends comme mon devoir de citoyenne, mon besoin de donner mon avis, d’entendre les autres, de changer des choses avec mes petits moyens, sur les marchés, dans des assemblées, en collant des affiches, d’écouter le citoyen.
    Les citoyens dénigrent tous les partis politiques. Là aussi il faut qu’ils prennent le pouvoir qui est à la portée de leurs mains, ainsi que dans les syndicats qui n’ont plus aucun succès en France.
    Individualisme.

    • JeffRenault says :

      Annie,

      Les élus ne sont pas les moins prompts à réagir à l’émotion et à faire adopter à chaud des lois en réaction à l’actualité. Notre actuel dirigeant en est l’illustration vivante.

      Ce n’est donc pas l’apanage du tirage au sort comme tu sembles pourtant vouloir le démontrer.

      Je comprends tes réticences. J’ai moi-même été pendant longtemps convaincu que l’élection et les partis étaient le seul chemin de la démocratie. Je me trompais.

      Nous n’avons jamais le pouvoir, et le droit de vote n’est pas un pouvoir, ni même une délégation de nos pouvoirs. C’en est la confiscation.

      J’ai compris maintenant que le Peuple voulait être RÉELLEMENT associé aux décisions qui le concerne. Le modèle pyramidale et hiérarchique autour d’un chef suprême est archaïque et dépassé.

      L’avenir verra l’émergence d’une vraie démocratie où le Peuple aura sa place, participera. Le tirage au sort peut y contribuer.

      Cordialement

  12. Pierre Lhoste (@PierreLhoste) says :

    @Annie : le seul point avec lequel je ne suis pas d’accord avec vous est sur le détail de l’expression « devoir de citoyen(ne) ». Quel est ce devoir ? Et surtout, est-il écrit dans le marbre ?

    Il était du devoir moral des agriculteurs après guerre de mécaniser et passer d’une agriculture à faible rendement, à une agriculture à fort rendement (rendement dopé par des calories pétrole dont nous ne disposerons bientôt plus). De sa famille, mon grand père a été le seul à refuser cela et son exploitation a fait faillite. Le résultat de ce devoir d’une période de reconstruction et d’ignorance, a été de bousiller tous les sols agricoles (destruction de la couche d’humus, soit de 70% de la biomasse terrestre !). Le « devoir » moral, non encore admis, des agriculteurs est de parvenir à pratiquer une agriculture sans pétrole. Voilà un petit exemple de devoir qui change au gré des époques.

    Mon devoir de citoyen, tel que je le vois, est de refuser de me faire embringuer dans un système de partis devenu obsolète et inefficace(**), et mon devoir de désobéissance civique, de m’abstenir aux prochaines présidentielles, même si je risque encore de succomber et de voter, car la pression social est assez énorme. Mais je ne crois pas une seule seconde que cela puisse servir à quoi que ce soit. Ce qui me rassure, par contre, c’est de ne plus me sentir seul à ressentir cela. Grace au réseau des réseaux.

    Mon devoir numéro 1 est de ne pas nuire à autrui (et en tant qu’écolo, je place le vivant dans la catégorie « autrui »). Tout autre devoir qui me conduit à agir en contradiction avec ce devoir là, je le critique. L’élection d’hommes et de femmes politiques professionnels porteurs du scénario « business as usual » (pas de réforme des banques, pas de décroissance énergétique, pas de limitation drastique de la politique de pêche, pas de transition rapide vers de l’agriculture sans pétrole, etc…) va à l’encontre de mon devoir fondamental. Mon besoin de cohérence me pousse donc à essayer de trouver (collectivement, que puis-je tout seul?) d’autres modes de gouvernance que le gouvernement représentatif.

    (**) A ce titre, une dame que je trouve remarquable, Simone Weil, a écrit en 1940 un texte qui prouve que le problème n’est pas nouveau : « Note sur la Supression Générale des Partis Politiques » http://etienne.chouard.free.fr/Europe/Simone_Weil_Note_sur_la_suppression_generale_des_partis_politiques.pdf

    • JeffRenault says :

      @Pierre > Je n’ai pas les mots pour exprimer la fierté et le respect que ton commentaire m’inspire.

      Respect pour ce que tu écris. Chacune des phrases est précise, nécessaire. Aucune n’est de trop.

      Fierté que ce commentaire soit sur mon blog, et de te compter parmi mes amis.

      Sincèrement,

      Jeff

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