Grosse fatigue

Il y a des jours où la politique électoraliste désespère encore plus que d’autres…

Ce matin, courrier de Cécile Duflot, secrétaire national d’Europe Écologie Les Verts, pour commenter l’accord de mandature avec le parti socialiste adopté par le Conseil Fédéral du weekend. Bien entendu, elle ne peut que se féliciter de l’accord en question. Peut-elle faire autrement ? Non, bien sûr.

Je ne peux pas reprocher à la patronne du parti écologique de positiver l’accord obtenu. Mais quand on remet cela en perspective, il y a de quoi rire… jaune. Cécile Duflot insiste sur le fait que cet accord n’est qu’une étape supplémentaire dans la construction de l’écologie politique en France. Oui, c’est sans doute ce qui me dérange le plus. J’aurais préféré une étape supplémentaire vers la transition énergétique, plutôt que des tractations électorales.

La logique est probablement de se dire qu’on est plus utile si on a des élus que sans. Mais alors, le point dur de la négociation aurait dû être l’adoption de la proportionnelle. Or, très vite, ce sujet a été éludé. Je crois que l’accord musèle EÉLV. Hollande a gagné cette manche. Il a mis EÉLV à la remorque du PS. Il faut l’admettre. Et l’expérience de la gauche plurielle en 1997-2002 n’a pas démontré la pertinence d’une écologie politique asservie.

On peut également se poser la question de savoir pourquoi on fait un accord avant le premier tour, tout en présentant une candidate. Quelle peut bien être la marge de manœuvre d’Eva Joly dans un tel cadre ? Est-ce que c’est pour cela qu’on entend des murmures de retrait de sa candidature ? Ce serait finalement assez cohérent. Triste, mais logique.

Rappelons-nous que dès la proclamation des résultats de la primaire de l’écologie, Cécile Duflot et Eva Joly annonçait l’étape suivante : un accord avec le PS. On y est. Et maintenant ? Et bien maintenant, on échange des amabilités avec ses nouveaux partenaires. Gérard Collomb (PS) compare ainsi les écologistes à des khmers ! Ça lui fait un point d’accord avec Nicolas Sarkozy (UMP) qui les qualifiait en juillet dernier d’intégristes sur le sujet des algues vertes en Bretagne (la suite a montré que lesdits intégristes avaient hélas raison).

Et Cécile Duflot de répondre via Twitter : Ce matin, M. Collomb, « socialiste », « humaniste », compare explicitement les écologistes aux responsables d’un génocide d’1,7 million de morts. C’est certain : avec un tel niveau de dialogue, on va faire des belles choses pour changer de modèle et entamer la transition énergétique.

Corine Lepage (Cap 21) ose de son côté un tweet : La stratégie des verts nucleaire contre circonscriptions est calamiteuse. Elle aboutit a renforcer le choix nucleaire. Elle se fait rabrouer par @LaBocque qui croit savoir que Corine Lepage aimerait aussi négocier des convictions pour quelques signatures… Je rétorque en deux tweets : Tu as des infos ? En tout cas, ça n’enlève rien à la pertinence du tweet [de Corine Lepage]. Discréditer la personne pour évacuer ses propos ? Bof comme façon de faire…

Ce qui est délirant, c’est que son tweet réfute à Corine Lepage le droit de s’exprimer, mais ne conteste pas ce qu’elle avance. Il suppute qu’elle ne demanderait qu’à se renier pour un accord… et donc valide qu’il y a eu échange de poste contre convictions, mais n’en est pas choqué. Ce qui le gêne, c’est que Corine Lepage le déplore. Et je le déplore avec elle…

Hier soir, rétrospective de l’aventure de la primaire de l’écologie de Nicolas Hulot. Il revenait sur comment il a vécu cela. Encore aujourd’hui, les stigmates sont très visibles. Il se dit dépité, et parle de désespérance. Il parle d’un rendez-vous manqué, et ce n’est pas de lui qu’il parle, c’est bien de la prise de conscience élargie qu’il faut changer de paradigme. C’est pas gagné.

L’écologie vient d’être sortie du débat présidentiel. C’est selon moi le principal effet de l’accord EÉLV – PS. Prenons en acte. Ce serait une bonne nouvelle pour l’écologie politique ? Si la patronne le dit… Est-ce une bonne nouvelle pour la planète et notre avenir ? J’en doute.

Je préfère vous orienter vers un récit d’anticipation qui a le mérite de nous mettre dans la situation qui pourrait advenir si nous choisissions de ne rien faire… mais ça ne risque pas d’arriver. La politique électoraliste va bien entendu nous sauver.

Grosse fatigue…

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Simple citoyen du monde

25 responses to “Grosse fatigue”

  1. Merome says :

    Une petite déprime ?

  2. François says :

    Non, Jeff, t’es pas tout seul! Désolé, ça m’a échappé. Sans blague, la transition énergétique c’est à l’ordre du jour au Front de Gauche. Jeter un oeil ne coûte rien, je ne suis pas un recruteur.
    Alors voila: ici http://www.terraeco.net/Melenchon-Les-Verts-ont-fait,19834.html un entretien de Mélenchon sur Terra-éco, avec les grandes lignes directrices, quant au programme complet (l’humain d’abord, chez librio) il est en vente pour 2 €, et on ne le trouve pas en ligne. Pour plus d’info, je pense pouvoir t’aider à trouver des videos d’entretiens et de réunions, etc…
    Nous sommes plus proches les uns des autres qu’on ne le pense souvent.
    François

    • Paul Itique (@Paul_Itique) says :

      Très bon la référence à Brel…par contre c’est pas sympa pour la demi-vieille qui est une fausse blonde !! http://www.dailymotion.com/video/xv113_jacques-brel-jef_music

    • JeffRenault says :

      @François

      En effet, il y a des avancées très intéressantes :

      Il fallait être aveugle pour ne pas voir que le modèle communiste, comme le modèle social-démocrate, intégrait une dimension productiviste qui est une aberration eu égard aux limites de la planète.

      Pour marquer les esprits, je lancerai un référendum sur la sortie du nucléaire. Cela déclenchera un mouvement d’éducation populaire, un débat argumenté. Sur des sujets comme cela, on ne peut pas en rester au péremptoire. […] Si le référendum le décide, je me cale sur le scénario Négawatt

      Une fois qu’on a tiré le maximum de la sobriété et de l’efficacité, je n’ai pas de doute sur la possibilité d’accéder à des sources d’énergie renouvelable en quantité suffisante. Mais il faut se mettre au travail. C’est un défi très excitant pour les ingénieurs, les techniciens et les jeunes chercheurs. Il y a au moins deux sources immenses qui sont immédiatement exploitables : la géothermie, dont je suis fan, et l’énergie de la mer.

      Le coût de l’énergie doit être acquitté dans des conditions socialement justes et écologiquement responsables. Je suis pour des tarifs progressifs avec gratuité des premiers kilowatts. Je pense qu’il y a des biens auxquels il est d’intérêt général que tout le monde puisse accéder gratuitement. Je ne dis pas « autant que de besoin », car ce serait un encouragement à des consommations démesurées. L’accumulation est souvent une sorte de réflexe conditionné.

      En revanche, certaines affirmations sont pour le moins étranges :

      Je trouve ça laid, les éoliennes. Et la beauté a son importance. Un beau paysage, je crois que cela a une fonction humaine.

      Il trouve vraiment les éoliennes plus laides que les actuels pylônes et autres lignes à haute tension ?

      A suivre donc… Merci pour le lien

  3. Rémi says :

    « Mais alors, le point dur de la négociation aurait dû être l’adoption de la proportionnelle. Or, très vite, ce sujet a été éludé. »

    Je crois que la proportionnelle fait partie de l’accord. Le problème si j’en crois les échos que j’en ai lu est que le « dosage » est flou…

    « On peut également se poser la question de savoir pourquoi on fait un accord avant le premier tour, tout en présentant une candidate. »

    Parce qu’il vaut mieux un accord maintenant qu’un truc à l’arrache au soir du premier tour, d’autant plus avec un parti écologiste laminé, ce qui n’est pas impossible. Je pense aussi que l’accord était préparé depuis longtemps, avec Martine Aubry, et qu’il n’est un secret pour personne que cela aurait été mieux avec elle, là les meubles sont sauvés on va dire.

    Mais il faut avoir un/une candidate pour pouvoir faire exister le mouvement et les idées, sinon on est vraiment rabaissés au rang de supplétifs et on disparaît de la scène. Ce n’est bon ni sur le fond, ni sur la forme.

    « Quelle peut bien être la marge de manœuvre d’Eva Joly dans un tel cadre ? »

    Bah… je ne crois pas que cet accord soit le noeud du problème. Ses supporteurs trouveront probablement là l’occasion de dire, ils ont déjà commencé, que leur favorite est torpillée, etc.
    Ce n’est jamais leur faute, toujours celle des autres. Capacité de remise en question, nulle.

    Je pense aussi que Mme Lepage a toujours une petite pensée affectueuse pour ses amis écologistes, la critique est une habitude chez elle pour tout ce qui ne vient pas de… Corine Lepage. Et je ne vois pas en quoi « la stratégie des verts aboutit a renforcer le choix nucléaire », vraiment pas.

    « L’écologie vient d’être sortie du débat présidentiel. C’est selon moi le principal effet de l’accord EÉLV – PS. »

    A mon avis le problème remonte un peu plus loin, au début du mois de juillet…

    • Paul Itique (@Paul_Itique) says :

      Ce fameux mois de juillet…en effet !!

    • JeffRenault says :

      @Rémi >

      Je comprends tout ce que tu me dis, mais quelque part, je me fous qu’EÉLV existe ou continue d’exister si c’est pour ne pas se battre sur l’essentiel. Tu as Hollande qui vient expliquer que Areva c’est des emplois, et personne en face pour rétorquer que dans les énergies renouvelables et dans la filière du démantèlement du nucléaire, il y a aussi un vivier d’emploi. Voilà une différence qui est nette et qui vaut bien une candidate à la présidentielle.

      Et puis, les emplois tout de suite… nous voilà encore dans l’immédiat sans intégrer la dimension du futur, si chère à Hulot. Les emplois d’aujourd’hui, quand on sera dans le chaos, ça paraîtra dérisoire de les avoir sauver aujourd’hui. Voir cette intervention de Hulot en 2002 (merci à Paul_Itique).

      Je ne m’intéresse pas vraiment à promouvoir ou discréditer telle ou telle personne. Ce qui m’intéresse, c’est de voir qui propose de continuer avec les mêmes méthodes archaïques et les mêmes propositions avec juste un emballage différent, et qui propose de remettre en cause le modèle de société pour nous permettre de gérer les ressources et donc de donner une chance à l’avenir.

  4. Paul Itique (@Paul_Itique) says :

    Je te trouve un peu dur…à partir du moment où t’a Eva Joly comme candidate, tu essayes au moins de sauver les murs avec un accord avec le PS, après le coup du MOX, ça n’a rien d’improvisé. Hollande montre qu’il est indépendant vis à vis du parti, c’est très bien vu de sa part car le débat est loin d’être tranché dans l’opinion.

    Avec cet accord, EELV se donne une chance de pérenniser son statut politique, c’est n’est pas rien.

    La grosse déprime, je l’ai surtout en visionnant la vidéo de Hulot. j’espère qu’il va nous revenir bien vite comme électron libre de l’écologie politique, seul lui peux avoir ce genre de rôle.

    • JeffRenault says :

      @Paul_Itique >

      A peu près la même réponse que Rémi…

      Avec cet accord, EELV se donne une chance de pérenniser son statut politique, c’est n’est pas rien.

      Comment te dire ? Je trouve que leur renoncement, c’est moins que rien. Ils auraient au moins pu porter un projet différent, nous offrir un projet très audacieux. Ils ont choisi : l’alternance plutôt que l’alternative. C’est très décevant, et pour moi, c’est moins que rien.

      En outre, je me trompe peut-être, mais je répète qu’à mon humble avis ils se sont mis à la remorque du PS et se sont donc condamnés à approuver les décisions à venir de ce dernier, qui va pouvoir exercer à loisir son habituelle hégémonie.

      Oui, je suis sans doute un peu dur, tu as raison. Et sans soute que je manque de réalisme politique. Je n’espère qu’une chose : me tromper, avoir tort.

  5. Rémi says :

    Pour avoir écouté un peu, les gens d’eelv martèlent que les énergies renouvelables créent plus d’emploi que le nucléaire (c’est même chiffré, ils donnent l’exemple de l’Allemagne). Si je l’ai entendu c’est qu’ils le disent.
    Après ils ne sont pas entendus, mais ça c’est un autre problème.

    Je pense que dans le système actuel (scrutin majoritaire à deux tours, règles de financement des partis), avec les gens qui sont en place (Hollande…), ils ont fait ce qu’il pouvait faire de mieux. Quand je vois les réactions des nucléocrates et de certains barons socialistes, je me dis que cet accord n’est peut-être pas rien. C’est un indice en tout cas.

    Un des participants à leur conseil fédéral a déclaré « je préfère la moitié de quelque chose plutôt que la totalité de rien », je suis assez d’accord.
    Pour pouvoir agir (et non exister), il faut des députés, et le plus possible. Il faut des députés également pour changer le système électoral et mettre de la proportionnelle et le non-cumul des mandats. On peut le regretter, mais c’est comme ça.

    Si vous voulez le fond de ma pensée, enfin vous la connaissez, c’est que l’écologie politique indépendante c’est avec NH. Sans lui, il fallait composer autrement, ce qu’ils ont fait.

    • Paul Itique (@Paul_Itique) says :

      Ben moi aujourd’hui je suis d’accord tous les Rémis (qu’ils soient de mars ou d’ailleurs !)

    • JeffRenault says :

      Mais jouer avec les règles en place n’est-ce pas implicitement les reconnaître ? Ne vaut-il pas mieux les refuser mais peser en voix ? Je me demande…

      Ici, en Ile-de-France, EÉLV ont fait un score très honorable aux régionales. Ils ont fait un accord avec le PS (après les résultats, pas avant). Dans l’accord il y avait le tarif unique transport sur toute l’Ile-de-France, prévu à mi-mandat. Dans le dernier bulletin EÉLV reçu, Placé se félicite de la suppression d’une zone, et en creux on comprend qu’on n’aura pas plus et que le tarif unique est mort…

      je préfère la moitié de quelque chose plutôt que la totalité de rien

      C’est une caricature, une formule, mais ça ne veut rien dire de stigmatiser ce qui ne sont pas d’accord avec l’accord. Ce n’est là encore que de la joute politicienne qui privilégie la forme sur le fond. On a le droit de ne pas être d’accord.

      Je ne demande pas la totalité de rien. Je dis juste qu’ils semblent qu’ils ont renoncé à des points essentiels, qu’eux même avaient décrits comme tels, jusqu’à en faire un ultimatum… dont on a vu ce qu’il a donné. Pas brillant. Le PS en sort renforcé. Pas EÉLV.

      Tu dis que dans le système actuel, ils n’ont pas le choix… c’est pourquoi il me semble que l’un des points incontournables du système actuel aurait du être des mesures permettant de faire évoluer le système puisque déficient. Ils ont préféré des postes. Pour le faire évoluer ? Peut-être. Je l’espère.

      Sur les emplois attachés aux EnR ou au démantèlement du nucléaire, tu as raison, ils l’ont dit. Je me suis mal exprimé. Je voulais dire qu’ils n’ont pas été entendus par le PS puisque Hollande claironnait que c’était la filière nucléaire (pas son démantèlement) qui était source d’emplois.

      Je le répète. J’espère que mon analyse critique est fausse et que l’avenir me donnera tort. Sincèrement je veux avoir tort… mais ça me fatigue quand même.

  6. TerraSalus says :

    Merci d’écrire tout haut ce que beaucoup d’entre nous griffonnons tout bas. Nous assistons en effet à ce que nous pouvions redouter début juillet : un débat sur la façon de faire de la politique, pas un débat sur les enjeux écologiques qui sont à nos portes.
    Quelle misère tout de même, nous nous trouvons au bord d’un gouffre sans fond, et au lieu de trouver des solutions pour nous en sortir, on se bouscule dans notre dos alors que le moindre éternuement nous pousserait dans le vide.
    Quelle désespérance ! Au nom de la crise économique et des enjeux sociaux (donc politique) qu’elle représente, on occulte complétement la crise écologique qui nous assaille de toute part, et qui pourtant est la crise de toute les crises.
    La politique de l’autruche continue de mener nos existences, mais cette fois-ci c’est la dernière, car la prochaine étape logique qui nous attend c’est l’effondrement de nos institutions et de nos sociétés. La crise écologique qui est déjà en marche ne nous laissera pas une seconde chance sans réelle préparation.

  7. Rémi says :

    Pour illustrer encore mon propos : Besancenot a obtenu deux fois plus de 4% des votes, où est sa ligne politique aujourd’hui ? Nulle part.
    Plus édifiant encore, Mr Bayrou, 17%… quelle traduction de ses idées, qui semblent-ils avaient suscité l’intérêt d’un nombre conséquent de personne ? Aucune. Un « one shot » comme on dit à l’académie Française.

    Pour éviter ce genre de mésaventures il est obligatoire de négocier. Négocier ne veut pas dire se vendre, négocier veut dire négocier.

    Tu dis que « je préfère la moitié de quelque chose plutôt que la totalité de rien » « c’est une caricature, une formule, mais ça ne veut rien dire de stigmatiser ce qui ne sont pas d’accord avec l’accord. Ce n’est là encore que de la joute politicienne qui privilégie la forme sur le fond. On a le droit de ne pas être d’accord ».

    Qui renvoie l’autre dans les cordes là ? Pardon mais, pour moi, ce n’est pas une formule, c’est une réalité (voir les exemples au-dessus). De plus ayant vécu dans différents endroits, j’ai quand même pu observer la différence entre des collectivités où un groupe vert était présent, et d’autres où il n’y en avait pas, ou juste un pour la déco. Elle était conséquente.

    Enfin bon, grâce à la merveilleuse campagne d’Eva, il n’y aura bientôt plus rien du tout, comme ça nous n’aurons même plus de questions à nous poser…

    • JeffRenault says :

      Non Rémi, je ne te renvoie pas dans les cordes. J’essaie de te faire comprendre (et peut-être suis-je maladroit et blessant sans le vouloir) qu’il y a quelque chose d’incohérent dans la démarche. On voit hélas depuis les interventions d’Eva Joly hier soir à la télé puis ce matin à la radio que mon intuition n’était pas si infondée.

      Je maintien que « la moitié de quelque chose plutôt que la totalité de rien » n’est qu’une formule. Un bon mot. D’abord parce que la totalité, c’est le programme EÉLV, et ce n’est pas rien. Ensuite, parce que tout dépend du « quelque chose ». J’ai plutôt l’impression, pour rester dans une formule approchante, que l’accord a fait progresser l’écologie tout doucement sur pas grand chose, et pas du tout sur l’essentiel.

      Maintenant, je n’ai jamais douter que la présence d’élus EÉLV dans les instances de gouvernance soit une bonne chose. Ne me fais pas dire ce que je n’ai pas dit. J’ai dit que je les avais vu reculer (ex du tarif unique en IdF) sur des engagements négociés avec le PS. Ça ne veut pas dire qu’ils n’apporteraient rien.

      Le seul moyen de renforcer cette présence est, dans le système actuel, de passer un accord avec l’un des partis dominants ? C’est regrettable, mais c’est probablement vrai, même si les scores aux régionales ou aux européennes peuvent rendre cette assertion discutable.

      Alors la priorité est un accord avec le PS, mais il n’est absolument pas pertinent dans ce cas de présenter un(e) candidat(e) à l’élection présidentielle. D’autant que cette élection est pernicieuse et n’offre somme toute qu’une toute petite fenêtre de tir, où les petits partis n’ont en guise de temps de parole que le temps de répondre aux attaques, et jamais celui d’exposer leurs idées et leurs arguments.

      Ce que j’essayais (sans doute confusément) d’exprimer dans mon billet, c’est cette incohérence d’à la fois présenter un(e) candidat(e), et d’en même temps négocier un accord avec le PS. Il fallait choisir entre les deux chemins. Faire les deux semble compliqué… comme on le constate. L’accord rend la candidature d’Eva Joly caduque.

      À voir, d’abord les rumeurs qui ont circulé juste après l’adoption de l’accord sur les états d’âme d’Eva Joly, puis la concomitance des attaques du PS et d’EÉLV contre elle, on peut même s’interroger de savoir si l’élimination de la candidate n’est pas partie intégrante de l’accord.

      Un accord de législature pour renforcer le poids d’EÉLV et de ses moyens ? Oui, pourquoi pas. Mais pourquoi dans cette stratégie présenter un(e) candidat(e) ? D’ailleurs, n’est-ce pas l’hypothèse de Dany Cohn-Bendit (qui a été pourtant rejetée au congrès d’EÉLV de juin) ? Comme le dit @isaway dans un tweet : « on fait pas un accord avant le 1er tour, sauf à retirer son candidat… faut être cohérent… »

      Je te rejoins donc dans une stratégie « en profondeur » plutôt que sur une stratégie « one shot ». Et dans ce cas, nous devons reconnaître que l’erreur de départ est de chercher à participer à la présidentielle. Cette élection est pernicieuse, et pourrait affaiblir durablement l’écologie politique. Espérons que cela ne soit pas le cas. Nous avons sans doute succomber à la tentation de la présidentielle parce qu’Hulot concourrait et qu’il pouvait incarner le projet de transition. Nous avons eu tort.

      Après, pour en revenir à l’accord, je ne peux pour ma part pas suivre un(e) candidat(e) qui prend ses ordres (pardon, qui écoute les conseils éclairés et désintéressés) d’EDF et/ou d’Areva…

      N.B. : en parlant d’@isaway, je ne peux que vous renvoyer vers son excellent billet intitulé La goutte d’eau…

      • Rémi says :

        Oui Cohn-Bendit milite depuis le début pour un accord d’entrée et une non présentation de candidat.
        Mais je pense que c’était trop dangereux, et qu’encore une fois c’était faire fi du système Français, où l’élection présidentielle est l’élection centrale, et où il faut y participer sinon vos idées disparaissent des écrans. Je ne dis pas que je trouve cela bien (je pense qu’en réalité les élections les plus importantes sont les législatives dans le système actuel, c’est là que se joue le vraiment pouvoir, car un président en cohabitation ne sert plus qu’à inaugurer les chrysanthèmes).

        Pour moi Jadot n’aurait pas du démissionner sur l’histoire de Hollande, mais du fait de l’absence des questions environnementales dans la campagne de sa candidate.
        Je pense que Joly part (et ce depuis la primaire) sur un chemin néfaste. Si elle est attaquée aujourd’hui c’est aussi parce que sa campagne ne marche pas, qu’elle est à côté de la plaque, mais qu’elle et son équipe sont incapables de se remettre en question et de proposer autre chose. En gros, elle n’a besoin de personne pour s’éliminer…
        J’ai lu son interview dans le monde : pas UNE ligne sur l’écologie… les échos de son passage sur France 2 me laissent à penser que c’était la même chose.

        Par ailleurs concernant Jadot, il était mis de côté, ostracisé, depuis des mois par l’entourage de la candidate. Entourage qui traitait Hulot de « collabo » publiquement dans les meetings, ou de « airgri et suffisant » sur twitter (entre autres amabilités)… des personnes de qualité donc.
        Et je suis d’ailleurs amusé de les voir aujourd’hui jouer aux indépendants, eux qui n’avaient que le mot « gauche » à la bouche pendant la primaire.

        Sur ton dernier paragraphe, je suis d’accord.

      • Rémi says :

        J’ai oublié quelque chose :
        quand tu dis « …passer un accord avec l’un des partis dominants ? C’est regrettable, mais c’est probablement vrai, même si les scores aux régionales ou aux européennes peuvent rendre cette assertion discutable. »

        Mais quelle est la grande différence de ces élections ? La proportionnelle !

        Ça change tout, et c’est pour cela que pour moi la réforme majeure de la vie politique, avec le non-cumul des mandats.
        On loue souvent les verts allemands, si matures, etc., mais c’est la proportionnelle qui leur a permis d’exister à ce niveau. EN 1997, les écologistes français font 6,81% aux législatives et obtiennent… 7 députés ; en 1998 les écologistes allemands font 6,7% aux législatives et obtiennent… 47 députés (il y avait 90 sièges de plus au parlement allemand donc la comparaison est valable).
        Plus facile de cette manière d’être entendu.

  8. JeffRenault says :

    Nous sommes bien en phase sur l’élection présidentielle, dont on préfèrerait qu’elle disparaisse. Toutefois, quand tu écris :

    l’élection présidentielle est l’élection centrale, et il faut y participer sinon vos idées disparaissent des écrans

    je ne peux m’empêcher de me dire que ce n’est pas très grave. Il vaut mieux que ces idées soient dans les assemblées (à tous les échelons). Et à ce titre, dans le système actuel, il vaut mieux avoir des députés qu’un président. D’ailleurs, le président a besoin d’une majorité à l’assemblée. CQFD

    Pour l’exposition médiatique des idées, elles peuvent aussi être diffusées en dehors du champ politique. Ça éviterait de surcroît que le/la candidat(e) parle plus de politique politicienne que de la nécessité de mutation écologique de la société.

    Pour la proportionnelle, tu as raison. Et c’est pour cela que le nœud de l’accord aurait dû logiquement porté sur cela (ce que j’appelais « faire évoluer le système actuel »). Vivement le tirage au sort…

  9. Pierre Lhoste (@PierreLhoste) says :

    Wahoo…
    Eh bien de mon côté, je me dis qu’EELV vient de se dissoudre dans le gros ventre mou qui sent la rose. C’en est fini de leur visibilité. Je trouverais cela tragique si j’en avais quelque chose à foutre de l’avenir de ce parti. Rejet d’un candidat exceptionnel, rejet de son fond idéologique historique (l’écologie est supra-politique), rejet de la puissance symbolique  – lire « marque », comme « Apple » ou « Greenpeace » (et sans ironie) – que donne une image forte d’indépendance et de différence (think different)… Chronique d’une mort annoncée… Entre EELV et Greenpeace, ben heureusement qu’on a Greenpeace.

    Je rejoins Terrasalus, et bien sûr Jeff. Le bateau coule et on se demande si on met de la chantilly sur les coupes de crème glacée. Le système de l’élection présidentielle n’assure que deux fonctions: celle de catharsis populaire, et celle de verrouillage politique. Rien ne changera de ce côté. 
    Sarkozy ou hollande, vous pensez vraiment que cela va changer autre chose que la chantilly ?

    Une autre de mes convictions est qu’il ne sert à rien de vouloir transformer une poule en cheval. Certes, à coup de manipulations génétiques, on pourrait y parvenir, petit à petit, en quelques dizaines (centaines ?) d’années. On n’a pas 10 ans devant nous.

    Ce sera donc probablement la crise et le chaos. Comme à chaque grand bouleversement des sociétés. Il en sortira quelque chose d’autre, il y aura des larmes et des cris, etc, etc… Il aura fallu 1789, puis un siècle et demi de Napoléons, de guerres de 70, 14, 40,… Pour parvenir à la cinquième

    Sauf si… Sauf si… Sauf si nous sommes comme toute personne immergée dans un système, totalement aveugles au nouveau système émergeant, et incapables (moi le premier) de voir ce qui change réellement en profondeur, dans les pensées des peuples, au niveau planétaire. Car soyons en certains, les ééments du nouveau système sont déjà là, sous nos yeux.

    En attendant, Ce qui me préoccupe le plus, très honnêtement, c’est la résilience locale. Il y aura des endroits où il fera bon vivre, d’autres pas. Comment donner à un territoire toutes ses chances pour traverser la crise ? Voilà une question qui m’intéresse. Quant-aux chances que Nicolas XVI ou Hollande-Antoinette permette l’avènement de la proportionnelle en France, on peut toujours rêver.

    Bonne nuité🙂

  10. TerraSalus says :

    Oui Pierre, ta question dans ta conclusion est exactement celle à laquelle il faut trouver une réponse, et vite.

    Nous devons trouver rapidement (immédiatement !) un moyen national de traverser la crise écologique (encore faudrait-il pouvoir régler d’abord le problème de déni national…), afin de faire tâche d’huile sur les autres pays, car plus qu’une réponse locale, c’est une réponse internationale qu’il faut trouver aujourd’hui.

    La crise écologique est ,et sera toujours, un problème à résoudre à l’échelle mondiale.

    J’ai, pour ma part, toujours jusqu’à présent soutenu les actions locales avec le tissu associatif, mais comme le dit si bien Nicolas Hulot, en vingt ans de combats, le système associatif montre ses limites. Des limites fixées par le fonctionnement même de notre société, dont le système tourne en permanence autour du rapport à l’argent roi.

    Si on ne parvient pas à changer ce fonctionnement, on va dans le mur. Or, ces derniers jours nous montre de façon irrémédiable que le parti à même d’apporter ce changement d’une nouvelle république, est lui aussi contraint de subir la loi de l’argent roi.

    L’espoir s’envole une fois de plus, la crise écologique majeure avance encore et toujours tel le pire des fléaux que l’humanité n’est jamais eu à affronter, et nous continuons à perdre notre temps (si précieux) et notre énergie à palabrer sur la manière dont cet argent maudit doit régir nos misérables existences. Pauvre de nous.

  11. JeffRenault says :

    @Pierre >

    Wow ! Le coup de la crème chantilly par laquelle les deux prétendants suprêmes sont exclusivement préoccupés : j’adore !

    Plus sérieusement, merci pour ton commentaire qui remet bien les priorités dans l’ordre d’importance, même si on peut constater que ce n’est pas ce qui préoccupe le plus nos concitoyens, et donc surtout pas les politiques « professionnels ».

    @TerraSalus >

    Comme toi, je trouve que Pierre pose les bonnes questions. Notamment celle de la prise en compte du futur.

    Sans doute as-tu raison : il faudrait que les décisions se prennent au niveau international. Ou plutôt supranational. Car les sommets sur le climat sont plus internationaux que supranationaux, en ce sens que chaque pays y défend ses intérêts particuliers, et il faut bien constater que la montagne accouche d’une souris.

    Malheureusement, dans l’état actuel de l’humanité, il me semble qu’il n’y a aucune instance réellement supranationale, au sens où elle prendrait des décisions désintéressées. On voit que l’ONU est souvent un habit de vertu pour des actions en réalité très ciblées.

    Et en ce domaine, les conférences sur le climat, pourtant si essentielles et qui devraient imposer des choix immédiatement, sont très décevantes.

    C’est pourquoi je ne peux pas me résoudre à attendre que les décisions à prendre le soient au niveau global. Il faut, de façon nécessairement modeste et à effets limités, agir au niveau local, seul échelon où l’on peut faire bouger les choses, et où l’argent-roi est moins prégnant (malgré tout).

    Nous devons tel le colibri « faire notre part » et espérer que nous serons de plus en plus nombreux pour amorcer le changement. Il nous faut nous inspirer de ces deux citations de Gandhi :

    Soyez le changement que vous voulez voir en ce monde

    Tout ce que tu feras sera dérisoire, mais il est essentiel que tu le fasses

    Maintenant, cela n’empêche nullement pour espérer et même contribuer à une prise de conscience globale et à des actions à l’échelle de la planète entière. Dans la mesure du possible, agir sur les deux tableaux est sans doute le plus sage pour espérer quelques progrès.

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