Question ouverte au collectif Roosevelt 2012 sur le revenu de base inconditionnel

Collectif Roosevelt 2012Bonjour,

Dans les 15 réformes que propose le collectif Roosevelt 2012, on trouve une (timide) allusion au revenu de base inconditionnel.

La réforme 13 propose de « négocier un autre partage du temps de travail et un autre partage des revenus ». Pourtant, le partage n’est envisagé que sous la forme de la diminution du temps de travail, ce qui pérennise le lien emploi-revenu, et par voie de conséquence le lien inverse : pas d’emploi – pas de revenu.

La réforme 6, qui vise à « sécuriser les précaires », envisage des mesures d’urgence, qui persistent dans l’espoir d’un retour au plein-emploi (regrettant juste qu’il puisse n’être pas rapide). Néanmoins, en note de bas de page, on trouve une évocation à l’Allocation Universelle du CJD (c’est la timide allusion dont je parlais en introduction).

Qu’est-ce qui empêche de proposer directement un basculement vers le revenu de base inconditionnel et quels sont les freins qui retardent sa pleine adoption ?

Pourtant, le revenu de base inconditionnel est une réponse efficace dans l’obtention de certains des objectifs que vous annoncez. Il permettrait même d’éradiquer la précarité plutôt que de chercher à sécuriser les précaires.

Merci de votre réponse.

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Simple citoyen du monde

27 responses to “Question ouverte au collectif Roosevelt 2012 sur le revenu de base inconditionnel”

  1. MKL says :

    Je suis un des 1ers signataires du manifeste ROOSEVELT 2012 mais je vais vous donner mon point de vue personnel sur cette question.

    Le revenu minimum de dignité ou d’existence ou encore de base inconditionnel est une idée qui remonte à au moins 20 ans, et qui revient régulièrement à chaque crise.

    Pour ma part je suis plutôt réservé sur cette mesure qui selon moi aurait tendance à scinder la population active en 2 :

    – les « vrais actifs » qui générent la richesse du pays, essentiellement dans les entreprises privées
    – et les « sous-actifs », qui seraient raidement considérés comme parasites en quelque sorte de la richesse créée par la 1ère catégorie

    Un autre effet pervers du RME serait de cantonner une part sans cesse grandissante de la population active dans l’assistanat (et surtout les jeunes) alors qu’une autre se « crève au boulôt ».

    Je pense que des tensions naitraient très rapidement entre ces 2 catégories, surtout si la pression, le stress et les horaires se maintiennent à un niveau de plus en plus insupportable dans le privé…

    Je préfère largement une réduction massive du temps de travail afin que chacun puisse participer à l’effort collectif, et que ceux qui aimeraient travailler moins (dans les sondages, la majorité des cadres le souhaitent par exemple) puissent le faire.

    Je rappelle que les solutions de Roosevelt 2012 en la matière permettraient de créer plus de 2 MILLIONS d’emplois en 5 ans, et donc de relancer la consommation, donc la croissance et encore plus l’emploi ensuite.

    • JeffRenault says :

      Bonjour, et merci pour cette première réponse (même à titre personnel).

      Le souci, c’est que ton argumentation est toute centrée sur le travail. Ainsi, tu perçois dans le revenu de base un risque de scission en deux de la « population active ». Ensuite, tu ne vois de création de richesse qu’à travers les produits ou services marchands (extrapolation de « entreprises privées »). Et comme pour toi le travail est central, mais qu’il n’y en a pas pour tout le monde, tu ne peux pas imaginer de faire autrement que le partager… le moins mal possible. Enfin, la participation à ‘l’effort collectif » ne peur se faire qu’à travers le travail, ce qui justifie une nouvelle fois qu’il faille le partager.

      Pourtant, dans ton argumentation, il transparait que le travail n’est pas seulement créateur de richesse, amis également source de souffrance : pression, stress, horaires infernaux, se crever au boulot… pourquoi vouloir partager tout cela ?

      On nous rabâche tout le temps que le travail serait la seule voie d’épanouissement social, et pourtant, dès qu’on envisage le revenu de base, on nous oppose que les gens ne vont plus vouloir rien faire. Comment cela serait possible si le travail était effectivement si épanouissant ?

      En réalité, ta description d’un modèle avec un revenu de base est erronée. Il n’y aurait pas ceux qui travaillent d’un côté, et ceux qui toucheraient le revenu de base de l’autre. Tout le monde toucherait le revenu de base. Puis, chacun serait libre de compléter ce revenu de base par une activité complémentaire rémunérée, ou d’utiliser son temps pour des activités peu ou pas rémunératrices mais néanmoins créatrices de richesse.

      Car la seule richesse n’est pas dans le produit ou le service marchand. Ainsi, un professeur, un artiste, un développeur de logiciels libres, un contributeur de Wikipedia, un assistant de vie auprès d’une personne âgée, un membre d’une association sportive, citoyenne ou caritative… créent de la richesse. Mais cette richesse là ne se traduit pas nécessairement en croissance ; elle n’est pas intégrée dans le calcul du PIB.

      Revenons à la population active… elle ne représente en réalité que 40% de la population totale, et même, si on retire les chômeurs (qui sont comptés dans la population active), la « population active occupée » (sic!) est environ de 35%. Tu vois, tu as peur de scinder en deux une population qui n’est déjà que le tiers de la population totale. Et on s’aperçoit en réalité que pour faire vivre 10 personnes, le système actuel se satisfait très bien de 3,5 personnes pour son financement. Pourquoi a-t-on peur que le revenu de base puisse faire tellement chuter cette proportion ?

      Peut-être que ce qui peut effrayer, c’est que le revenu de base nous offre la Liberté. Car si nos besoins principaux (se nourrir, se loger, se vêtir, se soigner, s’éduquer) sont garantis, il paraît acquis qu’on acceptera plus n’importe quel boulot pour des raisons uniquement financières. Oui, mais alors qui fera les tâches ingrates ? La question que je préfère poser est : comment et pourquoi tolérons-nous aujourd’hui que certains n’aient pas d’autres choix que d’accepter les travaux dont nous ne voudrions pas ? Les plus précaires d’entre-nous doivent-ils être condamnés à être soit nos larbins, soit taxés d’assistés ? Je ne m’y résous pas.

      Je crois que ce qui est compliqué quand on aborde le revenu de base, c’est qu’il faut l’envisager en se défaisant de tous ses préconçus sur notre modèle de société (né de la révolution industrielle) tel que nous le connaissons, et que c’est une chose extrêmement compliquée à faire.

      En fait, il ne faut pas se demander quel impact aurait le revenu de base sur notre modèle actuel. Il faut se demander comment fonctionnerait la société avec un revenu de base pour tous, sans condition et sans contrepartie. Car le revenu de base est une redéfinition de notre contrat social. Il induit un changement de paradigme…

      Et toi, que ferais-tu si tu avais un revenu de base pour garantir tes besoins fondamentaux ? C’est la question qu’il faut se poser, et alors le champ des possibles s’ouvrent…

  2. MKL says :

    Je suis d’accord qu’à part les quelques privilégiés qui ont un job passionnant, la plupart des actifs aspire à travailler moins, voire plus du tout.

    Mais comme tu l’évoques, je suis pas certain que la société puisse fonctionner avec un RME/RMB conséquent pour tous, qui aurait pour effet de ne plus trouver aucun candidat pour les tâches ingrates mais nécessaires, et notre niveau technologique n’est pas encore assez avancé pour attribuer ces tâches humaines à des machines.

    D’autre part, je ne sais pas si tu as des enfants, moi j’en ai 2, et je ne dis pas la galère déjà actuellement pour motiver un adolescent à suivre un cursus scolaire correct. Alors s’il apprend qu’il touche tous les mois quelques centaines d’€ et que ça augmentera à sa majorité (un ado n’a pas la notion du coût réel de la vie), tu peux être sur qu’il enverra encore plus bouler ses parents sur les sujets scolaires !

    Toutes les activités créatrices de richesse non marchandes que tu évoques sont effectivement réelles et d’utilité indiscutable, mais doivent dans un 1er temps je pense être englobées dans l’économie sociale et solidaire, qui fait l’objet de la mesure 12 du manifeste Roosevelt 2012.

    Et globalement, notre collectif a vocation à proposer des mesures à mise en place immédiate, donc le moins utopique possible, pour rester crédibles aujourd’hui (ce qui ne veut pas dire que le RMI/RMB restera utopique encore longtemps, mais je pense que l’opinion publique n’est pas encore prête à entendre ce discours pour l’instant).

    • al.jes says :

      Tu dis « notre niveau technologique n’est pas encore assez avancé pour attribuer ces tâches humaines à des machines ». Donnes-moi, je te prie, une seule tâche qui ne saurait être automatisée, je n’en vois pas. J’ai travaillé il y a quelques années pour ArcelorMittal dans le cadre d’un emploi estival. Eh bien les tâches ingrates qu’on laissaient aux hommes plutôt que d’automatiser étaient nombreuses, mais je n’ai pas rencontré une seule qui n’aurait pu l’être : la raison de cet état de fait était qu’il fallait préserver des emplois !

      En est-on au point de payer des gens pour creuser des trous pour les reboucher ensuite ? J’ose espérer que l’on puisse sortir d’une telle absurdité.

      Tu parles par ailleurs de la difficulté à motiver ses enfants pour leurs études. Là aussi je vais te répondre par l’expérience : je donne des cours dans une association. Comme les gens ne sont pas obligés de revenir, je me doit de fidéliser le public (et crois-moi ou non, mais j’ai déjà rencontré le cas du jeune placé là par ses parents « parce qu’il lui fallait une activité », ce qui sous-entendait que si ça ne lui plaisait pas, il pouvait tout à fait changer d’activité, tant qu’il en avait une). C’est tout à fait faisable. Seulement, il se trouve que les enseignants du primaire et du secondaire n’essaient même pas de rendre leur matière agréable (ou plutôt il étaient rare lorsque j’y étais). Citation de Karate Kid (je sais, la source craint, mais la citation en vaut la peine) : « Il n’y a pas de mauvais élèves, que de mauvais enseignants » (la traduction est de moi). À méditer.

      (Je me permet le hors sujet en précisant qu’un revenu inconditionnel ne pose pas de condition quant à l’âge : un individu ne devrait pas toucher une somme différente selon qu’il soit majeur ou non !)

      (Autre petite digression : « utopie » viens de « οὐ-τόπος », qui signifie le « non-lieu », le lieu qui n’existe pas. La qualité de l’utopie est d’être irréelle, pas irréalisable. Autrement dit, l’utopie entre parfaitement dans le champ des possibles.)

      • JeffRenault says :

        @al.jes >

        En phase sur le paragraphe sur l’éducation. Il ne faut pas reprocher aux élèves de ne pas s’intéresser à l’école, mais se demander comment on peut les intéresser (j’avais écris un billet sur ça). Dans le même genre, l’échec scolaire, c’est toujours la faute des élèves, et c’est eux qui purgent la peine. Pourtant l’échec scolaire, c’est aussi (surtout) l’échec de notre système éducatif.

        Pour les tâches automatisées ou pas, j’y réponds plus bas.

        Merci de ta participation.

      • al.jes says :

        @JeffRenault : De quel article parles-tu ? je ne te lis que depuis peu…

      • JeffRenault says :

        @al.jes > Si tu laisses cliques sur « un billet », tu aboutis sur l’article en question. Mais pour te faire gagner du temps : http://wp.me/p1peJJ-2H🙂

    • JeffRenault says :

      @MKL >

      Tu écris que le revenu de base « aurait pour effet de ne plus trouver aucun candidat pour les tâches ingrates mais nécessaires ». Je suis d’accord, et cela met en évidence que le système en vigueur fonctionne par la contrainte, et que nous acceptons que certains soient nos larbins. Je perçois davantage cet argument comme étant favorable au revenu de base : si le revenu de base nous pousse à une réflexion profonde sur comment gérer ces tâches ingrates autrement que par la « larbinisation », il sera plus qu’utile. Déclarer que ces tâches ingrates seraient nécessaire n’implique pas pour autant qu’elles ne doivent pas être partagées. Et si elles sont partagées, je suis sûr que nous deviendrons très créatifs collectivement pour les alléger, plutôt que les décharger sur les plus précaires. Si l(on prend l’exemple des déchets, je crois que tout un chacun deviendra plus responsable sur le gestion de ses déchets quand il aura sa part de corvée.

      J’ai 2 enfants comme toi (enfin… deux ados : 18 et 15 ans). Et comme toi je suis confronté à leur démotivation dans le système éducatif actuel. Mais contrairement à toi, je ne pense pas que la contrainte sois la seule façon de leur faire accepter… l’inacceptable. Que les élèves ne soient pas motivés est un signe du délitement de notre système éducatif, pas une cause. Et cela produit bien souvent des jeunes adultes fragiles, qui n’ont pas pu entrer dans le moule. Si là encore le revenu de base nous oblige à reconsidérer notre façon d’éduquer nos jeunes, ce ne sera que salutaire ! Car je sens que derrière l’appellation « cursus scolaire correct » se cache notre angoisse de parents de « réussir sa scolarité » et au-delà « réussir sa vie », « avoir une bonne situation ». Mais le revenu de base, quand il nous invite à repenser le système éducatif (et au-delà notre modèle de société), nous permet d’envisager de « vivre sa vie » plutôt que « réussir sa vie ».

      Sur les activités qui pourraient être englobées dans l’ESS, c’est une voie envisageable, même si ce n’est pas possible ou pas souhaitable pour toutes (ex : professeur, association caritative). Je ne suis pas un grand spécialiste de l’ESS, mais j’avoue me méfier d’une tentative d’entraîner des activités à caractères sociales vers une logique de marchandisation (rendre marchand ce qui ne l’est pas). On voit ce que donne les exemples des services à la personne (aide au devoir, garde d’enfants, tâches ménagères…) qui se trouvent aspirées dans une spirale de profitabilité.

      Ne te méprend pas : je trouve en réalité que les propositions du collectif Roosevelt 2012 sont très intéressantes… seulement, elles le sont dans le cadre du modèle en vigueur. D’ailleurs, on peut y lire que l’ambition est de relancer la croissance et l’emploi. Je crois que ce modèle est asymptotique et qu’il a donc ses limites (ne serait que la finitude du monde physique et de ses ressources naturelles – énergies carbonées, métaux, sols cultivables…).

      L’intérêt du revenu de base universel et inconditionnel est de nous propulser dans un nouveau modèle d’organisation de la société, d’être le socle de la refondation du contrat social. Il nous permet d’opérer une rotation intellectuelle sur nos acquis et d’apporter des réponses nouvelles. Et en premier lieu (et c’est sans doute un blocage important) de rompre avec le lien emploi-revenu.

      Au plaisir de prolonger l’échange (et que d’autres du collectif et d’ailleurs s’y joignent).

      • al.jes says :

        Pour ce qui est de l’inventivité dégagée et du tri des déchet, je me permet un nouveau hors sujet pour faire connaître le projet Ekokook, que je trouve remarquable (je n’y suis lié en rien). Ekokook est une cuisine aménagée (jusque là rien d’extraordinaire) intégrant une gestion des déchets, disons… assez géniale. Imaginez : les poubelles (au nombre de cinq, pour le papier, le plastique, le verre, les déchets organiques et le reste) ont toutes un petit mécanisme différent qui rend très ludique le tri des déchets, surtout pour les plus jeunes (donc pour l’avenir de l’humanité). Très réjouissant, n’est-ce pas ?

        Voici le lien, puis j’en finis avec ce hors-sujet : http://www.faltazi.com/ekokook/

      • JeffRenault says :

        @al.jes > Merci pour ce lien, même digressif🙂 Comme quoi l’ingéniosité et la créativité sont sans limite (on dit même que la contrainte pousse à l’innovation).

  3. MKL says :

    Juste quelques exemples qui me viennent en vrac de tâches non automatisables dans l’état actuel de notre technologie (et que tout le monde m’aimerait pas accomplir):
    – repassage
    – tâches de ménage/nettoyage de tout un logement (même si des robots aspirateurs ont fait leur apparition, on est loin du 100% machine)
    – ramassage des poubelles
    – Plomberie
    – emplois dans le bâtiment en général
    – conduite automobile (taxis, routiers, livreurs)
    – assistance maternelle ou aux personnes âgées
    – restauration (serveurs, cuisiniers)

    et des milliers de tâches en fait que certain(e)s ne font que par nécessité, car il n’y a que ce type d’emplois dans leur région

    • JeffRenault says :

      @MKL @al.jes >

      Sans doute il y a-t-il des tâches automatisables, et d’autres qui ne le sont pas. Mais la solution n’est pas que dans le choix entre l’automatisation ou la larbinisation. Car, finalement, c’est surtout quand une tâche ingrate n’est pas automatisable qu’il faut affronter la réalité et se dire : comment fait-on ?

      Aujourd’hui, on accepte la larbinisation, c’est-à-dire de confier ces tâches dont personne ne voudraient à ceux qui n’ont pas le choix, de les contraindre à accepter (c’est ça ou rien), de façon apparemment civilisée, mais en réalité totalement inhumaine.

      Peut-on se satisfaire de cette version de notre contrat social ? Je ne saurai m’y résoudre. L’instauration du revenu de base est vertueuse car elle nous pousse à nous poser les bonnes questions, celles que nous refusons d’affronter, que nous masquons sous un déni de circonstance.

      • MKL says :

        Le fait de créer plusieurs millions d’emplois en jouant notamment sur le temps de travail peut remédier au problème de « larbinisation » que tu évoques.

        Si de nombreux postes plus motivants se créent un peu partout, il deviendra plus difficile de trouver des candidats pour les « bads jobs » genre femme de ménage ou autres, qui iront tenter leur chance dans les entreprises qui recruteront tous azimuts.

        Il faudra donc rémunérer ces postes davantage pour attirer les candidats, et je ne trouverais pas choquant qu’une femme de ménage ou un balayeur de rue soit payé 3000 ou 4000€/mois si la pénurie de main d’oeuvre se généralise dans le secteur…

      • JeffRenault says :

        @MKL >

        Je peux me tromper, mais je ne suis pas du tout certain que le plein-emploi résoudrait le problème de la « larbinistaion ». Si ce n’était pas le chantage au « c’est ça ou rien » (i.e. dans un contexte de chômage massif), l’offre serait de toute façon sélective. Dans ton exemple, qu’est-ce qui fait qu’on proposerait autre chose qu’un « bad job » à celui qui en a un. En effet, le plein-emploi ne signifierait aucunement que les personnes pourrait choisir l’emploi qu’elles veulent. On aurait toujours une hiérarchie des postes, et les plus fragiles (les moins diplômés et/ou les plus défavorisés) se verraient systématiquement proposer les postes les plus ingrats, et la larbinisation se poursuivrait.

        Seul le revenu de base inconditionnel permet d’oser l’audace d’une société totalement libérée de la contrainte, et de s’en remettre à la créativité et à la fraternité de ceux qui la forme, plutôt qu’à la compétition et à l’individualisme. C’est un choix de modèle. Il est compliqué de s’y projeter, puisqu’il n’a jamais été mis en place (il y a eu malgré tout les expérimentations que rappelait Stan). Moi-même je n’ai pas toujours été convaincu sur le revenu de base inconditionnel. Il m’a fallu du temps, et principalement pour sortir de mes préconçus, parce que je pensais que notre modèle de société était, sinon le meilleur, au moins « le moins pire ».

        Mais une recherche approfondie et de nombreuses lectures m’ont permis de reconsidérer mon logiciel, et de comprendre que notre système est mortifère, qu’en réalité il est déjà mort mais que nous faisons de l’acharnement thérapeutique. Il nous faut un changement de paradigme. Nous le ferons : soit en en prenant conscience et en changeant ; soit quand les crises aurons fait imploser l’actuel modèle. Dans le premier cas, on pourra construire un nouveau modèle démocratiquement et par la réflexion. Dans le second, ce pourrait être plus violent.

        Merci pour ta participation, et poursuivons l’échange.

    • pierre lhoste says :

      eh, j’aime bien ça la plomberie, moi😉 Et j’ai fait du ramassage de poubelles l’été gamin, eh bien j’ai trouvé ça moins pire que de bosser sous le stress comme ingénieur ensuite. A choisir, si le ramassage de poubelles me permet de compléter un revenu de base pour pouvoir, disons, partir en vacances une fois par an, je veux bien les ramasser, les poubelles🙂 (et comme le suggère Jeff, un changement de pratique les ferait disparaître, ces poubelles, et d’autant plus vite qu’on aurait à les ramasser nous mêmes).

      Pour les emplois dans le bâtiment, encore une fois : tu as là l’exemple d’un ingénieur voie royale (moi) qui a tout laissé tomber il y a une quinzaine d’années, entre autre pour construire des maisons🙂

      bon, l’automobile je te l’accorde, c’est une corvée.

      Sinon, mes beaux parents et mon beau frère sont restaurateurs, ils adorent leur métier, mais beaucoup moins le gros système hôtelier qui rend leur activité quasi impossible à pratiquer.

      Donc en gros, ça se discute.

      NB : ce qui n’est pas automatisable, bien souvent, peut être abandonné.

    • al.jes says :

      – tâches ménagères : pas bête, je n’y avais pas pensé. J’ai l’habitude de les faire moi-même et donc ai oublié que certains sont payé pour… Cela dit, je relèverai tout de même l’apparition de surfaces auto-nettoyantes au stade expérimental. C’est vrai, ça n’est pas demain qu’on verra ça partout.

      – plomberie & construction : je ne connais pas ces domaines et donc prendrais pour acquis qu’ils ne sont pas automatisables.

      – tous les autres exemples cités sont automatisables si ça n’est déjà fait.

      Ramassage des poubelles ? J’avais vu à Barcelone une expérimentation de poubelles reliées directement au centre de recyclage par des tuyaux à air comprimé. Trop lourd à implémenter à court terme ? On est d’accord : il faudrait automatiser les camions. Deux choses à faire 1/ automatiser la conduite (j’en parlerai plus tard) et 2/ automatiser la récupération des poubelles : un bras mécanique, une caméra, un logiciel, et le tour est joué.

      Conduite automobile ? Google a, me semble-t-il, assez fait parler de ses prototypes de voiture à conduite automatique. La technologie est tellement avancée que certains états américains ont autorisé la circulation de voiture de tests *en milieu urbain* ! Une question de deux ou trois ans et ça passera au grand public.

      Assistance maternelle ou aux personnes âgées : voir la recherche en robotique à forme humaine au Japon, les résultats sont bluffants.

      Restauration : J’avais vu la vidéo d’un sushi bar entièrement automatisé. C’est bien simple, les seuls humains étaient les clients et le patron qui y faisait un tour de temps à autre. Oui, tout le monde ne voudra pas manger dans un fast-food électronique. Mais vu les conditions de travail dans la restauration, il serait préférable de laisser ça aux passionnés, non (au passage ça fera peut-être réfléchir les clients intransigeants) ?

      Mais pour généraliser, il y a globalement trois méthodes quand on veut qu’une chose soit faite :
      1. la faire soi-même,
      2. la faire faire par quelqu’un d’autre,
      3. la faire faire par une machine.

      Quand il n’y a pas d’autre moyen pour vivre dignement que de travailler (en bon français on appelle ça du travail forcé), il est effectivement aisé de passer par la seconde option. Autrefois moyennant quelques coups de fouet, un hébergement et quelques restes, de nos jours moyennant un salaire (oui, on laisse l’esclave trouver seul sa nourriture et son logis : ça lui laisse moins de temps pour s’instruire).

      Dans le cadre d’un dividende universel (ou plus généralement d’un revenu inconditionnel), l’esclavage est réellement aboli : parce que le citoyen peut rester chez lui à glander devant TF1 ou un porno (et même devant un gang bang avec des siamoises afro-sino-marsiennes à tentacules, il y a un moment où l’on doit bien finir par se lasser), il devient plus difficile de faire appel à la deuxième option. Mais 1/ il reste les deux autres options et 2/ il existe des gens qui bossent par plaisir (sinon Wikipédia, GNU/Linux et le monde associatif n’existeraient pas, et presque personne ne feraient de longues études). En fait, la seconde option était (et est encore) largement avantagée, mais le revenu inconditionnel remet tout ça en équilibre. On a toujours nos trois options, sauf qu’on ne peut plus forcer les gens à faire quelque-chose pour nous.

      On peut donc résumer une tâche ingrate à ça :
      1. faites-la vous même ;
      2. rendez-la suffisamment attractive pour que quelqu’un la fasse à votre place (salaire, mais pas forcément) ;
      3. automatisez.

      Et on peut bien sûr faire un mélange des trois, la seule limite étant celle de notre imagination =)

      • JeffRenault says :

        @al.jes >

        2. rendez-la suffisamment attractive pour que quelqu’un le fasse à votre place

        Oui, peut-être… Il existe aussi la solution de partager les tâches ingrates non (ou pas encore) automatisables. Et puis, s’il existe des tâches qui font l’unanimité sur leur caractère ingrat, d’autres peuvent ravir certains et déplaire à d’autres (restauration, bâtiment…).

        L’important est donc de donner la liberté de choix, plus que d’attirer (quelques soit l’appât), et nous verrons bien quelles tâches demeurent orphelines, et nous nous attellerons à leur trouver une solution ensemble.

        Merci de ces échanges.

      • al.jes says :

        @Jeff :

        Si l’activité plaît, elle sera certainement faite par ceux qui l’aime. On est donc selon l’individu dans la première ou dans la seconde option (j’avais dit pas forcément par un salaire, ça sous-entendait aussi que l’activité pouvait plaire (mais c’est vrai que mon propos manquait de clarté)).

        Je ne peut que plussoyer quant à la liberté de choix…

  4. Stan says :

    @MKL : « je suis pas certain que la société puisse fonctionner avec un RME/RMB conséquent pour tous »

    C’est votre avis. Si maintenant on regarde les faits là où le revenu de base a été implémenté, on se rend compte que l’économie est loin de s’effondrer… que les gens continuent de travailler et que les étudiants de familles défavorisées prolongent leurs études…

    Je vous renvoie à cet article de ma plume qui retrace différentes expériences à travers le monde (il y en a d’autres) : http://www.bastamag.net/article2056.html

    Si plutôt que de balayer du revers de la main l’idée sur la base de points de vue subjectifs sur ce que ferait hypothétiquement « les autres », on osait expérimenter le système en France ?

    Sur le reste, je suis en parfait accord avec les réponses de Jeff et Al.jes.

    L’économie marchande a toujours fonctionné grâce à l’économie non marchande et le partage. ce n’est certainement pas une nouveauté puisque sinon on n’aurait pas les congés maternels/paternels ni le système des retraites.

    Il ne s’agit pas de diviser les « gens actifs » des autres. Il s’agit de reconnaitre pleinement le rôle de chacun au delà des échanges monétaires, tout en dépassant l’approche bureaucratique humiliante et souvent injuste.

  5. JeffRenault says :

    D’une certaine manière, on pourrait illustrer la différence entre les propositions du collectif Roosevelt 2012 et un réforme basée sur le revenu de base inconditionnel par ces mots de Victor Hugo (soufflés par Emmanuel Salomon via ce tweet) :

    Vous voulez les misérables secourus, moi je veux la misère supprimée

  6. sebdsl says :

    @ Jeff et @MKL
    Je ne dirais pas que le collectif Roosevelt veut secourir les misérables plutôt que supprimer la misère. MKL indique dans sa réflexion que le plein emploi permettrait aux mal lotis d’aller voir ailleurs puisque le marché du travail le permettrait. Il s’ensuivrait dans sa logique une hausse des salaires pour attirer les travailleurs et changer le statut des emplois mal aimés. Je ne confirme pas sa réflexion mais reconnaît son but.
    Ainsi, nos états d’esprit semblent suffisamment ouverts de part et d’autres pour pousser ensemble la réflexion plus loin et peut-être, à termes, faire valoir à MKL et peut-être à d’autres les avantages incomparables d’un revenu de base vis-à-vis d’un partage du travail que je trouve également non avenu (à moins que ce ne soit le contraire, et que nous nous fassions convaincre, évidemment :o)).
    Mon point de vue actuel: ce que je ne conçois pas dans ta réflexion, MKL, c’est que l’on dise à ceux qui veulent travailler, qu’ils doivent partager leur travail!! Je ne conçois pas non plus que l’on force quelqu’un à prendre un emploi pour assurer ses revenus au lieu de donner 100% de son temps à ses enfants, ses parents/grand-parents en privé et aux pauvres, aux jeunes, … par le biais des associations par exemple. Il y a des milliers d’exemple de personnes qui ne sont pas dans le système, tout en étant bel et bien au coeur de la société! Tant que l’état cherchera à contrôler le comportement de ses citoyens, il y aura des conflits, de la triche, des arnaques… laissons le temps libre à ceux qui en ont vraiment besoin pour s’investir, là où cela est cruellement important, et où personne ne paiera jamais un sou, soit par désintérêt, soit par incapacité.

    Je ne vois pas comment le partage du travail peut marcher! Peut-être peux-tu nous en dire plus sur votre raisonnement: est-ce que j’ai mal compris votre idée ??

    • JeffRenault says :

      @sebdsl >

      Tu as raison de me reprendre, je ne me rendais pas compte que je pouvais être désagréable avec cette citation. D’autant que ce n’était pas les intentions du collectif Roosevelt qui m’inspiraient les mots de Hugo, ce que peut pourtant clairement induire le « voulez ». Je voulais davantage illustrer le résultat, mais dans ce cas la bonne formulation eut été : « les misérables seront secourus, mais la misère perdurera ». Je trouve aussi ces échanges avec MKL très enrichissants, très stimulants. Et j’espère qu’ils vont se poursuivre et que d’autres y participeront.

      Merci de ton intervention, et attendons les explications de MKL.

  7. Emmanuel Poilane (@emmanuelpoilane) says :

    Monsieur Renaud,
    Le changement de paradigme est effectivement un vrai sujet et nous y travaillons sans cesse notamment avec Patrick Viveret qui est membre de Roosevelt2012.
    L’ambition du collectif est surtout de convaincre les pragmatiques qu’il est possible de mettre en oeuvre des solutions assez simple permettant de reprendre de l’élan en cassant le mythe de la croissance.
    Il faudra ensuite envisager une transition plus ambitieuse de partage de la richesse
    Nous partons de tellement loin que notre première ambition peut paraitre trop limité mais c’est un premier pas vers un monde plus juste.
    Bien à vous
    Emmanuel POILANE

    • JeffRenault says :

      Bonjour Emmanuel,

      Je te remercie pour ta réponse.

      Je vois que Patrick Viveret que tu cites interviendra vendredi 12 avril au colloque de Toulouse sur le revenu d’existence. C’est réconfortant de constater que certains des membres de Roosevelt 2012 sont donc engagés dans une démarche de changement de paradigme. Merci de la précision.

      Je n’ai pas ressenti que le collectif Roosevelt 2012 rompait avec le mythe de la croissance. Pourtant, maintenant que tu le dis, et reparcourant les propositions, on sort de la quête de la croissance à tout prix, à tel point que le mot croissance n’apparait quasiment pas. Dont acte.

      En revanche, j’ai perçu les proposition restant très ancrées sur le mythe du plein-emploi, centrées sur la « valeur travail », tentant de gérer la pénurie plutôt que d’acter qu’elle était durable et irréversible. C’est en ce sens que l’évocation du revenu de base inconditionnel est trop timide alors qu’il aurait pu être une solution immédiate à cette situation qui, d’une certaine façon, légitime la précarité.

      J’entends que le pragmatisme suppose une démarche mesurée et progressive. Serions-nous trop empressés en prônant dès à présent l’adoption d’un changement de paradigme ? Prendrions-nous le risque ce faisant d’une levée de bouclier qui serait fatale à l’objectif recherché ? Je crois qu’à l’inverse une approche trop timide ne permet pas de sortir de la logique mortifère dans laquelle nous sommes, et que la sortie de crise ne se fera que par un changement de modèle. Difficile ligne d’équilibre…

      Je vais tout de même rejoindre le mouvement et suivre son évolution. Ton commentaire m’a rendu curieux.

      Merci sincèrement de ta réponse, et je t’invite à poursuivre l’échange.

  8. juillard says :

    perso, je ne crois plus du tout au plein emploi dans les termes économiques actuels, je lisais l’autre jour un article disant qu’une usine de 15ha fabriquant des écrans plats de TV,représentant 40% du marché n’emploierait que 60 personnes alors que 20 ans auparavant il aurait fallu des milliers de personnes, alors le ratio création d’emplois/par la création d’entreprises (fabriquons Français cher à certains est une imposture, car même la Chine avec ce paradigme aura affaire au chômage de masse sous peu, d’autant plus que les dividendes iront au mêmes qui auront investi massivement dans ce genre d’entreprise hyperautomatisée. Cette notion de travail marchand prend là tout son sens et montre bien que sans grand changement sociétal, le fossé entre inclus et exclus ne fera que s’accroître, pour finir très, très mal!!!

    • JeffRenault says :

      Comme toi je considère que le plein-emploi est une chimère, voire un mensonge, et qu’on ferait mieux de l’acter au plus vite, avant que ça dégénère… Je crois que rein que le fait d’accepter l’exclusion (et son pendant la politique d’intégration), d’avaliser d’une certaine manière son existence, est en soi un symptôme que notre société est malade.

      Merci pour ton intervention

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