Les partis politiques ou les fabriques du prêt-à-penser

Les partis politiques sont dans notre système actuel une clef de voûte incontournable. Pour s’assurer que cela soit, on a été jusqu’à l’inscrire dans la Constitution du 4 octobre 1958 :

ARTICLE 4.

Les partis et groupements politiques concourent à l’expression du suffrage. Ils se forment et exercent leur activité librement. Ils doivent respecter les principes de la souveraineté nationale et de la démocratie.

Ainsi donc, les partis politiques seraient l’expression même de la démocratie qu’ils doivent respecter comme le prévoit la Constitution. Et émettre un avis contraire, à savoir que les partis politiques, à l’exact opposé, étoufferaient l’expression démocratique est une hérésie, un blasphème, un tabou.

Intrinsèquement, on le verra, les partis politiques sont des machines qui annihilent tout pluralisme, débat ou contradiction, qui empêchent les militants de penser par eux-mêmes et de se faire leurs propres opinions. Bref, les partis politiques sont avec les religions les emblèmes du « prêt-à-penser ».

Pourtant, il émane des citoyens, de plus en plus éduqués, de plus en plus intéressés, de plus en plus impliqués dans la vie de la cité, une demande grandissante de démocratie réelle, qu’on peut également qualifiée de participative versus représentative. Car il n’est de véritable démocratie que celle qui associe le Peuple dans les décisions qui le concernent, et où nos prétendus représentants ne sont pas nos dirigeants, mais ceux qui exécutent les décisions arrêtées par les citoyens.

Les partis politiques (et le jeu des alliances), qui prétendent gouverner le Peuple dans son intérêt, qui probablement se considèrent plus avisés que lui, ne sont pas de cet avis et font perdurer un système représentatif qui sert leurs intérêts, et peu leur importe si les intérêts du Peuple passent en second plan. Alors on nous sort l’artillerie lourde, les « il n’y a pas d’alternative », pour ne nous proposer que l’alternance et son goût fade. Car l’apparent pluralisme des partis n’empêche guère la pensée unique de se développer, et d’être relayée et même consolidée complaisamment par les médias et ses éditorialistes et autres experts (je vous invite à ce titre à aller voir « Les nouveaux chiens de garde« ).

En attendant que la pression citoyenne aboutisse à une réforme des institutions (et probablement à une nouvelle Constitution), je voudrais spécifiquement m’arrêter sur le fonctionnement des partis politiques et démontrer qu’ils sont par nature anti-démocratiques.

Je voudrais appuyer ma démonstration par les écrits de Simone Weil, philosophe française qui a été disciple d’Alain (à ne pas confondre avec la célèbre femme politique Simone Veil) dans un texte qu’elle a rédigé en 1940 et intitulé « Note sur la suppression générale des partis politiques » (accéder au texte disponible en PDF dans la bibliographie de ce billet d’Étienne Chouard sur son site). Elle y démontre qu’intrinsèquement un parti politique enferme les personnes dans ce que j’appelle le »prêt-à-penser », et empêche toute expression en dehors de la (fameuse) « ligne du parti »…

Le texte de Simone Weil commence par une passionnante introduction sur l’essence de la démocratie, où elle cite notamment et abondamment Rousseau, considérant que « peu de livres sont beaux, forts, lucides et clairs comme Le Contrat Social« , regrettant cependant que même si « peu de livres ont eu autant d’influence« , on doit constater que « tout s’est passé et se passe encore comme s’il n’avait jamais été lu« . Extraits :

Rousseau partait de deux évidences. L’une, que la raison discerne et choisit la justice et l’utilité innocente, et que tout crime a pour mobile la passion. L’autre, que la raison est identique chez tous les hommes, au lieu que les passions, le plus souvent, diffèrent. Par suite si, sur un problème général, chacun réfléchit tout seul et exprime une opinion, et si ensuite les opinions sont comparées entre elles, probablement elles coïncideront par la partie juste et raisonnable de chacune et différeront par les injustices et les erreurs.

Il y a plusieurs conditions indispensables pour pouvoir appliquer la notion de volonté générale. Deux doivent particulièrement retenir l’attention.

  • L’une est qu’au moment où le peuple prend conscience d’un de ses vouloirs et l’exprime, il n’y ait aucune espèce de passion collective.
  • La seconde condition est que le peuple ait à exprimer son vouloir à l’égard des problèmes de la vie publique, et non pas à faire seulement un choix de personnes. Encore moins un choix de collectivités irresponsables. Car la volonté générale est sans aucune relation avec un tel choix.

Le seul énoncé de ces deux conditions montre que nous n’avons jamais rien connu qui ressemble même de loin à une démocratie. Dans ce que nous nommons de ce nom, jamais le peuple n’a l’occasion ni le moyen d’exprimer un avis sur aucun problème de la vie publique; et tout ce qui échappe aux intérêts particuliers est livré aux passions collectives, lesquelles sont systématiquement, officiellement encouragées.

Sur la base de cet exposé préalable, Simone Weil démontre en quoi les partis politiques ne sont pas imparfaitement démocratiques, mais complètement totalitaires :

Pour apprécier les partis politiques selon le critère de la vérité, de la justice, du bien public, il convient de commencer par en discerner les caractères essentiels. On peut en énumérer trois :

  • Un parti politique est une machine à fabriquer de la passion collective.
  • Un parti politique est une organisation construite de manière à exercer une pression collective sur la pensée de chacun des êtres humains qui en sont membres.
  • La première fin, et, en dernière analyse, l’unique fin de tout parti politique est sa propre croissance, et cela sans aucune limite.

Par ce triple caractère, tout parti est totalitaire en germe et en aspiration. S’il ne l’est pas en fait, c’est seulement parce que ceux qui l’entourent ne le sont pas moins que lui.

Le reste de son texte évoque les modalités d’actions des partis politiques : l’endoctrinement, la propagande…

La pression collective est exercée sur le grand public par la propagande. Le but avoué de la propagande est de persuader et non pas de communiquer de la lumière […] Tous les partis font de la propagande. Celui qui n’en ferait pas disparaîtrait du fait que les autres en font.

Et d’illustrer son propos par des exemples :

Supposons un membre d’un parti — député, candidat à la députation, ou simplement militant — qui prenne en public l’engagement que voici : « Toutes les fois que j’examinerai n’importe quel problème politique ou social, je m’engage à oublier absolument le fait que je suis membre de tel groupe, et à me préoccuper exclusivement de discerner le bien public et la justice. »

Ce langage serait très mal accueilli. Les siens et même beaucoup d’autres l’accuseraient de trahison. Les moins hostiles diraient : « Pourquoi alors a-t-il adhéré à un parti ?» — avouant ainsi naïvement qu’en entrant dans un parti on renonce à chercher uniquement le bien public et la justice. Cet homme serait exclu de son parti, ou au moins en perdrait l’investiture ; il ne serait certainement pas élu.

Après ce portrait implacable, Simone Weil décrit l’inévitable arrangement qu’un individu membre d’un parti politique doit passer avec le mensonge, tant il est impossible d’être à chaque fois et à chaque moment en accord entre la position de son parti et sa conviction intime :

Si un homme, membre d’un parti, est absolument résolu à n’être fidèle en toutes ses pensées qu’à la lumière intérieure exclusivement et à rien d’autre, il ne peut pas faire connaître cette résolution à son parti. Il est alors vis-à-vis de lui en état de mensonge.

C’est une situation qui ne peut être acceptée qu’à cause de la nécessité qui contraint à se trouver dans un parti pour prendre part efficacement aux affaires publiques. Mais alors cette nécessité est un mal, et il faut y mettre fin en supprimant les partis.

Plus loin :

Il est impossible d’examiner les problèmes effroyablement complexes de la vie publique en étant attentif à la fois, d’une part à discerner la vérité, la justice, le bien public, d’autre part à conserver l’attitude qui convient à un membre de tel groupement. La faculté humaine d’attention n’est pas capable simultanément des deux soucis. En fait quiconque s’attache à l’un abandonne l’autre.

Mais aucune souffrance n’attend celui qui abandonne la justice et la vérité. Au lieu que le système des partis comporte les pénalités les plus douloureuses pour l’indocilité. Des pénalités qui atteignent presque tout — la carrière, les sentiments, l’amitié, la réputation, la partie extérieure de l’honneur, parfois même la vie de famille.

Et d’aboutir implacablement à la perverse évidence que ceux qui rejoignent un parti politique le font aussi pour l’attrait que constitue à leurs yeux ce que j’appelle le « prêt-à-penser » :

Si un homme disait, en demandant sa carte de membre : « Je suis d’accord avec le parti sur tel, tel, tel point; je n’ai pas étudié ses autres positions et je réserve entièrement mon opinion tant que je n’en aurai pas fait l’étude », on le prierait sans doute de repasser plus tard.

Mais en fait, sauf exceptions très rares, un homme qui entre dans un parti adopte docilement l’attitude d’esprit qu’il exprimera plus tard par les mots : « Comme monarchiste, comme socialiste, je pense que… » C’est tellement confortable ! Car c’est ne pas penser. Il n’y a rien de plus confortable que de ne pas penser.

Simone Weil conclut en décrivant ce que pourrait être un système sans parti politique :

La conclusion, c’est que l’institution des partis semble bien constituer du mal à peu près sans mélange. Ils sont mauvais dans leur principe, et pratiquement leurs effets sont mauvais.

La suppression des partis serait du bien presque pur. Elle est éminemment légitime en principe et ne paraît susceptible pratiquement que de bons effets.

Les candidats diront aux électeurs, non pas : « J’ai telle étiquette » — ce qui pratiquement n’apprend rigoureusement rien au public sur leur attitude concrète concernant les problèmes concrets — mais : « Je pense telle, telle et telle chose à l’égard de tel, tel, tel grand problème. »

On voit ainsi en quoi la disparition des partis politiques favoriserait le débat sur les idées (et non sur les personnes ou sur les « valeurs ») et permettrait de construire des propositions concrètes répondant aux problèmes concrets.

Les derniers mots de Simone Weil achèvent sa démonstration avec le regret que la logique partisane s’installe dans la société sur tous sujets et en toutes occasions, avec le risque induit que la libre pensée, l’esprit critique, le libre arbitre puissent être relégués au rang d’atrocités :

Presque partout — et même souvent pour des problèmes purement techniques — l’opération de prendre parti, de prendre position pour ou contre, s’est substituée à l’obligation de la pensée.

C’est là une lèpre qui a pris origine dans les milieux politiques, et s’est étendue, à travers tout le pays, presque à la totalité de la pensée.

Il est douteux qu’on puisse remédier à cette lèpre, qui nous tue, sans commencer par la suppression des partis politiques.

______________ [Edit du 13/05/12 à 18:00]

Merci à Étienne Chouard pour m’avoir indiquer sur son site le lien vers le document

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Simple citoyen du monde

35 responses to “Les partis politiques ou les fabriques du prêt-à-penser”

  1. Guillaume Castevert (@GCastevert) says :

    Super billet !!!

    J’étais déjà bien persuadé de la nuisance apportée à notre « démocratie » par la fameuse « ligne du parti », je trouve dans cet article plein d’arguments vraiment convaincants… En étant un peu pessimiste pour une fois, quand on pense que ces arguments ont été formulés par Simone Weil (qui n’était vraiment pas n’importe qui) il y a près de 70 ans, on voit que c’est vraiment difficile de convaincre les gens…. Espérons que les outils de communication modernes nous y aideront…

    En attendant, je diffuse largement (y compris sur Facebook, même si ça ne sert à rien…)

  2. Gérard Foucher (@GerardFoucher) says :

    Brillante démonstration Jeff, merci ! Je retiens en particulier la phrase : « Il n’y a rien de plus confortable que de ne pas penser. »
    Effectivement, l’école, l’université, les partis et les médias fabriquent des générations de robots tout juste assez compétents pour travailler et payer leur dette.
    Réapprendre à penser sera un processus multi-générationnel. C’est une longue rééducation qui exige de l’effort, du temps et du courage.

    • JeffRenault says :

      Merci Gérard. C’est le passage que je préfère aussi. Et en effet, cela nous montre où se situe la priorité. Cela me fait penser qu’il faut vraiment que je m’intéresse à l’éducation populaire…

    • toto says :

      mais mince, j’avais fait une super blague moi sur la citation (j’la remet, jsuis trop frustrée sinon) :
      “Il n’y a rien de plus confortable que de ne pas penser.”
      si, un lit douillet.
      (alors d’acc, c’est bas niveau, mais j’étais fiere de moi🙂 )
      (et la en plus, on part dans autre chose, parce qu’on peut faire plein de truc dans un lit douillet (mais c’est pas faux que du coup, on parle plus trop politique) (m’enfin))🙂 voila. toto est contente, con mais contente.

      (nan mais Weil elle est trop forte,j’ai rien a dire d’intelligent moi la dessus)

  3. unsimplecitoyen says :

    Un très bon article, merci.
    Je suis en train de lire le livre de Philippe Breton: l’incompétence démocratique, dans lequel il souligne que d’après le loi 1901, qui permet la libre association et de fonder des partis, un parti politique est sensé avoir une organisation entièrement démocratique. Au sens vrai du terme. C’est à dire que, dans les statuts, aucun membre de parti n’est sensé avoir plus de pouvoir politique que n’importe quel autre membre, et leur voix est sensé être égalitaire. En somme, démocratique.

    Or, on observe clairement un fonctionnement hiérarchisé ou la base du parti ne peut influencer sur le sommet.

    A partir de là et suivant l’article 4 de la constitution de la V°, ne pourrait on pas envisager une poursuite des partis politiques Français pour non respect de la constitution dans leur fonctionnement? En spécifiant le fait que l’élection est de nature oligarchique et non démocratique, poser éventuellement cette question sous forme de QPC?

    • JeffRenault says :

      Merci pour ta contribution.

      Il me semblerait difficile de vouloir démontrer que les partis politiques sont anticonstitutionnels. Je ne saurai d’ailleurs dire si les rôles définis dans les statuts (comme toute association) peuvent s’assimiler à une hiérarchie, et encore moins si on pourrait arguer via une QPC que la hiérarchie constitue une atteinte à la démocratie. Notre vision de la démocratie ne peut le concevoir ; mais le système en place (qu’ils appellent démocratie, ne l’oublions pas) s’en satisfait fort bien (cf. l’élection présidentielle, symbole suprême d’une organisation pyramidale oligarchique).

      La proposition est intéressante intellectuellement, mais elle a peu de chance d’aboutir. Ils devraient reconnaître qu’ils nous dupent depuis des lustres ! Bien entendu, je peux me tromper…

      • unsimplecitoyen says :

        Je crois qu’elle n’a aucune chance d’aboutir si on ne pose pas la question!🙂 Est ce que ça nous couterait vraiment d’essayer?

  4. JeffRenault says :

    @unsimplecitoyen > Certes, tu n’as pas tort. Celui qui ne demande rien n’obtient rien. Ça nous coûterait du temps, et peut-être aussi les services d’un spécialiste en droit constitutionnel. Lance-toi si tu penses que c’est pertinent.

  5. ouvrard says :

    unsimplecitoyen a raison! d’ailleurs ça fait un moment que je me demande si je ne vais pas porter plainte contre ces soi-disants représentants du peuple! si une majorité de français pouvait porter plainte il se passerait quoi?

  6. No Comment (@SansComm) says :

    Brillant, merci🙂

    Participant au festival Philosophia hier à St Émilion, je suis revenu avec Rousseau sous le bras (Contrat social et origine des inégalités) et 3 petits opuscules sur la philosophie pour les nuls ou les réfractaires.
    J’ai hâte d’entrer dans le vif du Contrat social, et j’ai déjà eu le temps de me nourrir de la dédicace à la Suisse de l’origine des inégalités.

    Hâte de lire ces choses que Simone Weill a reprises et que je percevais déjà depuis l’âge où j’ai pu m’interroger sur la politique, je dirais le lycée. Ses mots sont si justes.

    Il est vraiment temps d’en finir avec cette mascarade qui nous a menée certes sur la voie du développement mais qui finit par nous anéantir. Il est temps aussi d’en finir avec cette inclination cultivée du refus de penser, de la stigmatisation de la « prise de tête ».

    Encore merci🙂

  7. Florian Vasse says :

    Pourrais-je copier coller votre texte dans un article Facebook pour mon profil ? Bien sûr en respectant votre paternité🙂 C’est juste que le partage de lien ça coule dans la Timeline, les articles eux restent😉

    • JeffRenault says :

      Je ne suis pas sûr que FB soit le bon endroit pour une publication aussi longue, d’autant qu’il ne permet pas de différencier les citations du reste du texte, ce qui en l’occurrence nuirait à sa compréhension. Ce serait dommage il me semble.

      Je t’invite donc à peser le pour et le contre avant de choisir cette voie. Si toutefois tu continuais à la trouver pertinente, je ne m’y opposerai d’aucune façon dans le cadre que tu indiques (respect de la paternité) par l’indication de l’auteur et de la source (lien vers le billet).

      Merci en tout cas pour ton intérêt non dissimulé.

  8. Pepito Well says :

    Bien joué Jeff!
    Absolument d’accord avec toi et cette bonne vieille Simone (qui effectivement n’a rien à voir avec l’autre).

  9. BaRT says :

    La démocratie en France ?… C’est une dictature !
    La politique en France, sûrement comme en d’autres pays occidentaux, se résume à la lutte que se livrent entre eux les différents partis politiques pour l’accession au pouvoir, dont la victoire n’est jamais que la défaite du peuple et, ce faisant, de la démocratie véritable, dont ils se réclament tous, à tort.
    Car cette opposition, pacifiée de nos jours, n’aboutit à rien moins qu’une forme de dictature. La petite majorité du peuple, dont les représentants n’ont pas été élus, se retrouvent, en effet, par le jeu des urnes, gouvernés par celui qu’ils n’ont pas choisi et qui leur est donc imposé. La dictature du plus grand nombre, en somme et, par là, le déni de la démocratie ; les perdants n’ayant qu’à se taire en attendant la prochaine échéance électorale.
    Quand bien même ils auraient des représentants à l’assemblée parlementaire, ceux-ci ne font jamais leur jeu. L’Assemblée nationale comme le Sénat, et comme toutes les institutions de ce pays, ne sont jamais que des représentations trompeuses du peuple, sortes de substituts fallacieux au pouvoir du peuple sur, par et pour le peuple. Ce dernier est plus qu’absent de ces assemblées et il n’y participe en rien.
    Le député, comme le sénateur, n’est qu’intermédiaire trompeur entre le peuple et le pouvoir, intermédiaire qui monopolise l’exercice de celui-ci sans jamais tenir compte du peuple qu’il est pourtant censé représenter. Le seul pouvoir du peuple tient au choix de l’usurpateur, choix toujours plus restreint, par le passage aux urnes. Autant pisser dans un violon en espérant la note miraculeuse.
    On voudrait croire que l’assemblée des députés représente le peuple. Mais quel peuple ? A peine 500 personnes pour en représenter des dizaines de millions ! Autant dire que le lien entre chaque député et ses électeurs est plus que fragile : artificiel ! Résumé au bulletin, un nom ; dont on peut parier que la plupart l’ignore.
    Et voilà bien ce qui sépare chacun des citoyens du pouvoir. Les députés n’agissent jamais qu’à la place de leurs électeurs… en usurpateurs, nécessairement, de la souveraineté de ces derniers telle qu’elle est posée en principe dans la constitution.
    Et que dire de l’immunité qu’on leur accorde et qui les protège d’une fin en prison comme n’importe lequel d’entre nous, citoyens déchus de leur souveraineté. Les députés ont aujourd’hui le monopole du pouvoir.
    Il apparaît plus que nécessaire et urgent, au vu de la manière dont est géré le pays aujourd’hui, que les citoyens entrent en lutte afin de réduire à néant ces institués usurpateurs, et l’institution fallacieuse qui les abrite et les substitue au peuple dans l’exercice du pouvoir qui leur appartient légitimement.
    Nous pouvons aller plus loin et souligner que l’assemblée parlementaire n’est jamais plus, aujourd’hui, que l’assemblée des partis qui détiennent l’exécutif, celui de la présidence particulièrement : le Président et sa suite de ministres et autres secrétaires d’Etat. Quid alors du pouvoir du peuple ?
    Chaque député, comme chaque sénateur d’ailleurs, comme tout ministre, n’apparaît bien vite plus que comme le représentant de son seul parti. Qu’importe le peuple alors, qui n’est que sujet asservi aux bons désirs de ceux qui détiennent le pouvoir. Il n’y a aucune représentation du peuple dans ce système, ni de démocratie, donc.
    La politique, en tant que logique d’accession au pouvoir, se résume à la chasse aux voix pour garantir la pérennité du poste de chaque « élu » usurpateur. La démocratie est alors exercice de démagogie que d’aucuns se plaisent à appeler pédagogie, exclusivement ceux qui en ont les moyens ; les riches donc, invariables vainqueurs des urnes.
    Pourtant, le pouvoir ne devrait être que celui du peuple. En l’état, la démocratie n’est jamais qu’une forme de dictature, dont les partis politiques en sont l’expression la plus aboutie. Ces derniers sont parvenus tout récemment, suivant le modèle nord américain des Etats-Unis, à confisquer le pouvoir aux militants mêmes qui leur ont donné leur importance au long du XXème siècle.
    Les partis ne sont que l’apparence de l’exercice démocratique en tant qu’ils ne sont jamais davantage qu’un rassemblement d’individus ayant les mêmes intérêts et plus ou moins les mêmes vues sur la politique à mener, en accord avec leur appartenance de classe, leur habitus, intérêts qui commandent leur exercice du pouvoir, au détriment donc des intérêts de chacun et de tous, ce que prétendent pourtant incarner nos institutions. Les partis ne représentent que la minorité qui les compose et qui défend ses intérêts.
    Les partis n’apparaissent jamais que comme des appareils idéologiques ne visant qu’à permettre à quelques uns issus du même monde et avec une même vision de celui-ci de gouverner l’ensemble du peuple hors toutes distinctions (dont ils s’insurgeront pourtant qu’on leur dénie s’ils ne sont pas au pouvoir).
    Les partis politiques ne sont jamais que minorités aspirant au gouvernement du peuple de manière despotique, autoritaire. Chaque parti peut bien défendre l’idée que son accession au pouvoir permettrait de réaliser les objectifs du peuple, il n’en est rien en vérité. Les partis entre eux se font la guerre contre tout développement raisonnable et raisonné de la société dans son ensemble. Les salaires et indemnités perçues comme représentant du peuple sont tels qu’ils suffisent à justifier l’emploi de tous moyens, y compris les plus malhonnêtes, pour accéder au pouvoir.
    Parvenir au pouvoir passe par la critique systématique et le dénigrement de tout ce qu’entreprend le parti au pouvoir, quand bien même il s’agirait d’actions validées comme bonnes ou justes par l’ensemble du peuple. Ainsi, la lutte des partis n’est qu’un combat qui se déroule nécessairement aux dépens de tout le peuple, de la société. Le progrès social est rendu impossible par cette lutte permanente au détriment de toute réflexion. Le résultat apparaît comme une succession inlassable des mêmes aux mêmes. Contre le peuple, contre la démocratie.
    Une dictature, rien moins.
    Le parti du Président est souvent celui qui domine les assemblées, la fameuse majorité présidentielle. Ainsi pouvoir exécutif et législatif appartiennent de fait aux mêmes qui dominent le peuple, à commencer par ceux qui s’opposent à leur pouvoir et qui n’attendent rien d’autre que leur tour. Plus encore, le Président nommant aujourd’hui à tour de bras et en fonction des intérêts de sa classe, de sa caste même, parvient à s’arroger le pouvoir judiciaire. La réunion des trois pouvoirs dans les mains d’un seul définit le despote. Et le rôle de censeur des partis de l’opposition a par ailleurs disparu. Ils sont occupés à gagner des voix. Quant au parti majoritaire, il exécute envers et contre tout la politique d’un seul, élu mais dictateur qui ne dit pas son nom.
    Il n’y a plus aucune souveraineté du peuple. Il n’y a pas de représentation du peuple.
    C’est une classe unique, une secte presque, qui gouverne et ne défend que ses intérêts, intérêts communs liés à l’existence d’un groupe d’individus unis par différents liens, idéologiques, de classe, de culture, de croyance, de sang… complices contre la cause commune.
    Le parti au pouvoir actuellement, mais fort probablement comme son successeur, ne vise qu’à réaliser ses vues et défendre ses intérêts, ceux du groupe qu’il représente, petite minorité de privilégiés. Rien moins qu’un régime dictatorial. Injustifiable et, partant, illégitime. Contraire à la démocratie.
    Quelle possibilité alors pour contrer cette dictature et permettre l’expression d’une démocratie véritable ?
    Comment rendre le pouvoir au peuple, sans tomber dans l’illusoire démocratie participative telle que nous la proposent les partis, toujours à l’affut d’un moyen d’usurper le peuple, à l’instar des primaires qui investiraient le candidat du peuple parmi les candidats proposés par le parti ?
    Les primaires achèvent ni plus ni moins le processus de confiscation du pouvoir du peuple par des professionnels de la politique, énarques et autres experts, rigoureusement incompétents.
    La solution c’est une pratique politique fondée sur la participation populaire la plus élargie possible.
    La seule forme démocratique de gouvernement ne peut être que celle qui s’exprime sous la forme de regroupements populaires entendus comme aboutissement du mouvement du peuple vers la démocratie.
    Une démocratie directe, en pratique, qui permette à la population en son entier, toutes conditions confondues, de se rassembler pour échanger, réfléchir, chercher et décider des actions à mener.
    Ces regroupements seraient d’abord inscrits dans un niveau local, à la base, avant que de former, par délégation, des regroupements à un niveau plus large et ainsi de suite, de sorte qu’aucune réalité ne soit laissée pour compte.
    C’est sur la base des compétences des uns et des autres sur les problèmes soulevés que sont constitués alors des regroupements ayant une dimension proprement gouvernementale et appelés à agir sur la base des réflexions menées aux différents niveaux, en tenant compte des réalités locales prises dans un contexte global.
    Leur mandat ne durerait alors que le temps de l’exercice du pouvoir limité à un champ d’intervention. Les mandatés sur un problème économique n’ont aucune légitimité à intervenir sur d’autres problèmes. Leur action menée, ils retournent au niveau local. Ils sont défrayés et payés le temps de leur mission, mis en disponibilité de leur emploi avant d’être missionnés démocratiquement, emploi qu’ils retrouvent de plein droit en fin de mission.
    L’ensemble des regroupements à la base conservent le contrôle sur ceux qui mènent l’action, ces derniers étant responsables devant les regroupements à la base, devant le peuple qui les a missionnés.
    Enfin, tous les citoyens membres volontaires des regroupements à la base appartiennent, par leurs fonctions ou leurs professions, à des groupes ou des catégories différentes (ouvriers, paysans, étudiants, commerçants, artisans, fonctionnaires, etc.) et sont donc légitimes à l’exercice gouvernemental.

    http://www.tarba.wordpress.com

    • Hterzsen says :

      Bon commentaire ! Tout à fait d’accord sur le terme de dictature (même si camouflée aux yeux des citoyens lambdas). Je félicite également votre initiative de proposition de système alternatif à la représentation du peuple, car critiquer c’est bien, encore faut-il, pour convaincre, être capable de faire une autre proposition comme vous le faîtes.

      • BaRT says :

        J’avoue avoir été séduit du coup par l’idée d’abolition de la présidence défendue par le NPA et celle de cesser la professionnalisation du corps politique… Mais les Français ne sont visiblement pas encore prêts à s’occuper par eux-mêmes de ce qui les préoccupent, en dehors du détail quotidien… acheter le pain ou laisser le gamin à la nourrice…. Et pourtant, lorsque la boulangerie ferme parce qu’un élu accorde un droit d’exercice commercial à une grande surface qui offre un dépôt de pain moins cher, la boulangerie ferme et c’est tout le quotidien qui est bouleversé… il faut alors choisir entre allez acheter du pain plus loin et laisser le gamin à la nourrice… L’élu s’en fout lui, il a sa com’ en dessous de table… parfois même s’y trouve aussi sa secrétaire… Mais je m’égare…

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